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Ce weekend, la Gaîté lyrique ouvre ses portes au Sahab festival. Un rendez-vous consacré à la scène artistique palestinienne. Porté par le collectif Hawaf, ce festival représente une incarnation d’un projet plus vaste, le Sahab Imaginary Museum. Ce musée virtuel couvre trois temporalités par la préservation du patrimoine culturel, l’exposition d’œuvres contemporaines et le soutien à la création d’artistes palestiniens.

Un espace pensé pour permettre « à nos rêves de prendre forme, malgré le poids du quotidien violent de Gaza », revendique le collectif Hawaf. Il s’agit ici d’explorer « comment l’art, l’imagination et les outils numériques peuvent contribuer à la construction d’infrastructures culturelles au-delà des frontières et de l’isolement ». 

Tout commence en 2021. « Mohamed Bourouissa [artiste franco-algérien et cofondateur du collectif Hawad] avait contacté l’Institut français de Gaza pour rencontrer des jeunes artistes, discuter de projets et en faire un film », se souvient Mohamed Abusal, artiste gazaoui qui figure lui aussi parmi les membres fondateurs du collectif. Ce projet de film va prendre une ampleur inattendue. Au fil des discussions, l’idée du Sahab Imaginary Museum émerge. « Mes collègues ont aimé l’idée alors on a essayé de développer le projet via Zoom », retrace Salman Nawati, artiste palestinien originaire de Gaza.

L’art en temps de crise

« J’ai voulu créer un musée que je pouvais protéger, cela aurait été impossible à Gaza », précise Salman Nawati. « Les outils numériques sont une plateforme, mais toute la collection est réelle, on scanne l’œuvre et on l’importe dans le musée. L’espace est virtuel mais les matériaux et les œuvres sont réels. » Un espace dématérialisé qui, ils l’espèrent, pourrait un jour donner lieu «  à la création d’une institution dans la vie réelle à Gaza ». 

C’était une opportunité pour donner de la visibilité aux artistes palestiniens et montrer comment l’art se construit en temps de crise

Le collectif a également mis en place des programmes de recherche, des ateliers et des bourses. « Nous avons établi un programme, comme une petite académie, où on donnait des cours. Nous avons invité des créateurs et des artistes du monde entier. Grâce à Zoom, en ligne, ils ont pu contacter Gaza. C’était une opportunité pour donner de la visibilité aux artistes palestiniens et montrer comment l’art se construit en temps de crise », précise l’artiste plasticien Mohamed Abusal.

À Gaza, le génocide est aussi culturel

Ce projet, depuis octobre 2023, revêt une importance particulière. Dans sa folie meurtrière, l’État israélien n’épargne pas le patrimoine culturel palestinien. Ce sont des artistes, des intellectuel·les qui sont tué·es. Ce sont des monuments historiques, des institutions culturelles qui sont réduits en poussière. « Israël a fait disparaître toute une communauté artistique, une génération de poètes, de plasticien·nes, d’écrivain·es », rappelle l’historienne et anthropologue Marion Slitine dans un article publié dans La revue du crieur.

« Ce qui se passe en Palestine – et à Gaza en particulier – est un acte qui va au-delà de la destruction physique et qui s’apparente bel et bien à un génocide culturel », explicite l’universitaire, elle aussi membre du collectif Hawaf. Cette dernière insiste sur le fait que cette politique « d’effacement de l’histoire et d’anéantissement culturel » ne démarre pas le 7 octobre 2023.

« Un avenir meilleur par la pratique de l’imagination »

« Cet espace défendra le passé de Gaza, le protégera de la perte, et s’attachera à envisager un avenir meilleur par la pratique de l’imagination », écrit le collectif. « L’art est une responsabilité, ce n’est pas du divertissement ou de la décoration », souligne Mohamed Abusal qui officie au MUCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), à Marseille, depuis un an et demi.

J’utilise les matériaux locaux de Gaza pour illustrer le couvre-feu, le blocus, la guerre, la perte…

Cette démarche irrigue son œuvre. « En tant qu’artiste, j’utilise la recherche comme méthodologie, je me concentre sur les crises, mon quotidien. Je fais de la photo, des installations, des maquettes, des performances et des peintures. J’utilise les matériaux locaux de Gaza pour illustrer le couvre-feu, le blocus, la guerre, la perte… Mon art croise la politique et les droits humains. »

Un engagement et une passion partagés par Salman Nawati qu’il a rencontré sur les bancs de la fac. Un artiste dont la créativité affleure dès qu’on évoque son parcours. En 2005, Salman Nawati étudie les Beaux-Arts et se passionne pour la peinture et l’histoire, à l’université d’Al-Aqsa. « J’ai essayé différents matériaux, développé mon expérience et tenté de trouver mon chemin en tant qu’artiste. » 

La puissance de la création

Son désir de connaissance le mène à tenter différentes formes artistiques contemporaines telles que l’art vidéo, l’installation sonore, mais il revient toujours à ses premiers amours, la peinture. L’élève curieux devient un professeur révolutionnaire. « J’avais beaucoup d’idées, j’ai voulu changer toutes les méthodes. C’était un défi : l’université a sa structure, son fonctionnement, sa manière d’enseigner. J’ai fait du mieux que je pouvais pour être ouvert, certaines choses ont porté leurs fruits, d’autres non », se souvient-il.

Cette ambition iconoclaste s’illustre aujourd’hui sous nos yeux. Ce week-end, les artistes ouvrent leurs ateliers. Mohamed propose un moment de partage à travers la création de Hasaka. « Ce sont de magnifiques petits bateaux de pêche bleu, vert et jaune, en forme d’œil. Ils sont célèbres à Gaza. Il permet de se déplacer dans la zone de pêche car les gros bateaux ne sont pas autorisés. Ces bateaux symbolisent la vie à Gaza, mais aussi le blocus », explique Mohamed Abusal.

Le Sahab festival est à l’image de ce foisonnement artistique avec des concerts, des courts-métrages, des installations immersives, de la réalité virtuelle et des conférences.

Farah Rhimi

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