C’est ici, dans le cinéma Les Amphis de la rue Pierre Cot de Vaulx-en-Velin (69), à quelques pas de l’arrêt de bus du C3 et du C37, à quelques minutes du métro A et à quelques kilomètres de Villeurbanne et de Lyon que s’est joué, durant une semaine, la 15e édition du festival Un poing c’est court.

Un festival associatif engagé, percutant, convivial et surtout compétent, pour la qualité de sa sélection, l’organisation de séances à destination de 3500 élèves et la réunion de 55 membres de jurys amateurs et professionnels.

Au delà d’une carte blanche dédiée au cinéaste sénégalais Moussa Touré, de la mise à l’honneur du cinéma tunisien, d’une séance spéciale films animés et d’une nuit du Court où les cinéphiles pouvaient boire de la soupe et manger des croissants jusqu’au petit matin, Un poing c’est court s’est surtout fait connaître pour sa compétition, qui réunissait cette année 28 courts-métrages.

28 courts-métrages qui nous donnaient à voir le monde francophone d’aujourd’hui, de la France au Québec, du Maroc au Cameroun, de la Suisse à la Belgique. Si la majorité des thématiques abordées tournaient autour de la famille, la grossesse et la parentalité étaient les deux sujets les plus traités, suivis par l’adaptation de faits divers, Alzheimer, l’enfance, la relation de couple et la transmission.

Vainqueur de trois prix consécutifs (Prix des Lycéens, Prix du Jury Adultes et Prix ENTPE/ENSAL), Les frémissements du thé de Marc Fouchard est à l’image de la triste actualité de cette rentrée. Dans un quartier du Nord de la France, un jeune Skinhead venu acheter une bouteille de bière dans une épicerie, défie l’épicier en crachant un gros mollard sur son plancher. Musulman pratiquant, Malik l’épicier confronte alors le jeune homme autour… d’une tasse de thé. Inspiré d’un fait divers arrivé en Angleterre en 2013, Les frémissements du thé souligne la nécessité de l’ouverture à l’Autre et le refus de la violence pour mieux vivre ensemble.

Également adapté d’un fait divers arrivé en 2010 à l’aéroport Charles-de-Gaulle de Paris et relayé sur Rue89 (1), Au sol d’Alexis Michalik (Prix Jury Jeune) retrace l’impossibilité d’une jeune maman d’embarquer à bord d’un avion à défaut de pouvoir présenter son livret de famille. Acculée par le décès de sa mère, confrontée à l’obstination des employés à appliquer le règlement à la lettre, l’actrice (Evelyne El Garby Klaï) d’Au sol porte un court-métrage mettant lui aussi en avant l’entraide plutôt que l’indifférence.

Ancré dans la réalité de travailleurs d’Aix-en-Provence, le documentaire Parades de Claire Juge (Prix Presse), décortique avec humour et humanité les gestes répétitifs et quotidiens de deux éboueurs, utiles à la société mais que personne ne semble considérer. Mis en scène à la manière d’une chorégraphie, suivant le parcours de ces hommes de la nuit, Parades est à la fois un plaidoyer défendant le fait qu’il n’y a pas de sous-métier et un miroir sur le rejet et l’indifférence que nous leur témoignons chaque jour.

Prix du Jury francophone décerné par les apprenants de l’Alliance française de Lyon, Bernard Le Grand de Marie-Hélène Viens est un court-métrage canadien traitant avec humour du refus de grandir et du souhait d’un garçon de rester enfant à jamais pour ne jamais avoir à être comme ses parents – ou comme les adultes, tout simplement.

Utilisant les codes du film anthropologique pour mieux décortiquer la froideur médicale et l’aberration de la législation en matière d’immigrés, Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne (Prix du scénario) raconte comment des médecins français, mandatés par les Services d’immigration de notre pays, humilient chaque année des jeunes supposés mentir sur leur âge, par le biais de tests osseux – non sans rappeler les analyses qui, il n’y a pas si longtemps que cela, alimentaient les théories de hiérarchie des races (2).

S’appuyant sur un collectif d’apprenants du 19e arrondissement de Paris, Quand reviendras-tu de Sasha Wolff (Prix Spécial du Jury) s’intéresse quant à lui à la communauté chinoise de Paris. Revenant sur les amours perdus d’une grand-mère apprenant le français, ce court-métrage aborde la question de la transmission intergénérationnelle et de la difficulté à l’exprimer.

Enfin, Grand Prix du Jury à l’unanimité, Moul Lkelb de Lazraq Kamal (Maroc) illustre avec brio l’errance d’un jeune homme à la recherche de son chien dans une société qu’il semble mal connaître et où les animaux de compagnie ne semblent pas être une priorité. Alliant humour et suspense, absurde et sincérité, Moul Lkelb nous invite à une ballade dans les rues de Casablanca, à la rencontre de ses caïds, ses enfants de la rue, ses policiers, mais surtout d’un maître éperdument attaché à son canidé.

Claire Diao

(1) Lire le témoignage de Coralie Desbois

(2) Voir la pétition du Réseau éducation sans frontières contre les tests osseux

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