D’habitude, Gihane dépose ses deux enfants à l’école et elle les récupère à 19 heures après le centre de loisirs. Sauf quand elle termine « beaucoup plus tard, ce qui arrive assez souvent ». Comme la maman de 42 ans, beaucoup de parents vivent en ce moment un grand chamboulement dans leur vie personnelle et se retrouvent à devoir gérer en même temps leur travail, leurs enfants, leur foyer…

Le papa des deux enfants devant toujours se déplacer sur son lieu de travail, Gihane gère à elle seule son télé-travail et la garde de ses deux bambins. Elle a théorisé quelques conseils pour bien vivre ce confinement. Des conseils pour tous les parents, et particulièrement pour toutes les mamans.

1. Faire le deuil de tout ce qu’on imaginait faire

Comme beaucoup d’entre nous, Gihane s’est imaginée rattraper toutes les choses qu’elle n’a pas le temps de faire toute l’année et qui lui tiennent à cœur : « Ecrire un blog », « accélérer le code (de la route, ndlr) », « prendre le temps de lire » ces livres qui s’entassent toute l’année… Et la jeune femme d’ajouter : « Moi qui n’aime pas le sport, j’ai une folle envie de faire du sport ».

Elle explique que la salle de sport serait surtout une raison pour être entourée d’adultes parce qu’« être avec des enfants tous les jours, avec leur spontanéité, ce n’est pas forcément reposant. » Sauf que pour l’instant, entre les enfants et le télétravail, tout ça est impossible.

Même si Gihane n’arrive pas à faire tout ce qu’elle aimerait, elle prend chaque jour quelques minutes pour raconter ses journées sur Facebook. Un moment « salvateur » pour elle et aussi pour « dédramatiser la situation » aux autres parents : « Quand on lit que toi aussi t’en as marre, et que toi aussi ça te saoule, on se sent moins seule ». Et la maman d’espérer se « dégager du temps » d’ici quelques semaines pour faire autre chose.

2. Ménager ses forces

Le confinement, ce n’est pas les vacances. « Le premier jour, j’étais très angoissée », raconte la maman, volontiers aussi « énervée » et « dépassée ». En cause, la longue liste de devoirs donnés à ses enfants par leurs instits.

Pour tenir sur le long terme, elle a décidé que « quelques semaines n’allaient pas mettre un bazar dans la scolarité de (ses) enfants », âgés de 6 et 9 ans. La scolarité, c’est important mais « à leur rythme et à notre rythme aussi », défend Gihane qui parle aussi de l’importance d’être « présente émotionnellement pour eux ».

Son secret pour tenir sur le long terme : lier apprentissage et plaisir et « faire des choses au maximum ludiques ». « Si ça nous fait plaisir, ça leur fait plaisir », soutient-elle. Les cours de maths de CP de la petite dernière se passent dans la cuisine : « Je lui fais compter les pâtes ». Et pour les cours de sport quotidien, « on a installé Just Dance ». Là, c’est maman qui gère la playlist : « Je vais mettre mes musiques, sourit-elle. Je ne vais pas mettre des choses qui vont me saouler, je mets Bruno Mars parce qu’ils aiment bien. »

3. Ne pas stresser

Entre la liste de devoirs et le rangement de la maison, entre autres, les parents peuvent vite se sentir débordés. Là-dessus, Gihane recommande de relativiser : « Il ne faut pas se stresser, concéder qu’on est avec des enfants. Si les parents angoissent, les enfants le ressentent et ils angoissent aussi. »

Par exemple, le ménage : « On est dans un espace qui évolue. Moi, c’est le bazar ! C’est un bazar sans nom » et ce n’est pas la fin du monde. Gihane a trouvé important de préciser que sur l’aide aux devoirs de ses enfants, elle est privilégiée car elle a eu « la chance d’avoir fait des études et de pouvoir les accompagner scolairement, ce n’est pas le cas de tous les parents ».

La mère de famille conseille de ne pas hésiter à « télécharger des jeux éducatifs, à solliciter des gens autour ». Pour elle, « notre grande chance aujourd’hui durant cet isolement, c’est bien les réseaux sociaux, toute la toile qui permet d’avoir pleins d’outils et pleins de gens pour être soutenu. »

4. S’aménager des temps pour soi

Pour le bien des enfants comme celui des parents, il faut parfois « accepter qu’on en a marre, accepter qu’on ne les supporte plus, défend Gihane. On n’est pas des super héros et des super héroïnes ».

La solution, c’est de se ménager « des espaces pour que ce ne soit pas explosif à la maison ». Là, il s’agira de « s’isoler un peu si c’est possible. Mettre un casque et écouter des chansons qui nous font plaisir, s’isoler au niveau auditif ».

Elle concède que cette organisation entre le télétravail et les enfants est « une sacrée gymnastique » mais qu’il ne faut pas oublier que « la bientraitance des enfants est essentielle et celle des parents aussi ».

A ce propos, le jour où on échange avec elle, Gihane fête son anniversaire. Alors, elle a décidé que c’était sa journée. Maman a demandé aux enfants de ne pas venir la voir avant 10 heures. « Ils ont respecté la règle, raconte-t-elle avec le sourire. Mais, à 10 heures pile, ils ont regardé l’horloge et ils sont arrivés en courant ! »

A la fin de notre discussion, on lui souhaite du courage pour la suite et Gihane s’amuse : « Je les entends hurler derrière la porte, là… Mais ça va aller ! C’était mes 30 minutes de pause ! »

Anissa RAMI

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