Une sonnerie reconnaissable entre mille jaillit de l’ordinateur. C’est ma grande sœur, l’aînée de la fratrie, qui appelle sur Skype un jour d’automne de l’année 2012. Elle est à Bejaïa en Algérie et nous à Paris. Ce jour-là, elle s’apprête à nous annoncer une grande nouvelle : elle attend son premier enfant ! A 11 ans, j’apprends que je vais bientôt devenir tata. Un souvenir gravé.
Aujourd’hui, c’est la fin d’une ère. La mélodie iconique de la sonnerie d’appel ne peut plus retentir. Après 21 ans d’existence, la plateforme pionnière des appels vidéo a définitivement raccroché lundi 5 mai. Son propriétaire, Microsoft, avait annoncé la triste nouvelle le 28 février dernier.
Skype a fait partie de ma vie
« Skype a fait partie de ma vie », raconte avec nostalgie Rhilès, technicien data center. D’origine algérienne, la plateforme d’appel vidéo lui permettait notamment de parler à ses oncles, ses tantes et ses cousins qui habitent de l’autre côté de la Méditerranée. « Un de mes cousins m’a fait découvrir la partie vidéo », se souvient-il.
Rhilès est encore un enfant quand il commence à utiliser Skype. Il se souvient de ses premiers pas laborieux sur l’application. « C’était une galère au début. Mon cousin essayait de m’expliquer comment allumer la caméra », sourit-il. Mais passé les brouilles numériques, la satisfaction est immense. « C’était fou de voir sa famille en vidéo alors qu’elle est à des kilomètres de chez soi », lance-t-il.
Une application révolutionnaire pour l’époque
Créé en 2003 par des entrepreneurs scandinaves, la première version de Skype permettait seulement de passer des appels audio. C’est en 2005 que la vidéo apparaît. Gratuite, l’application est révolutionnaire à l’époque. En conséquence, le nombre d’inscrits ne cesse d’augmenter. Ils étaient 11 millions en 2004, 54 millions en 2005, 100 millions en 2006, 405 millions en 2008.
J’y accompagnais ma mère entre deux courses pour qu’elle appelle l’Algérie
Skype devient une alternative idéale aux forfaits mobiles internationaux qui coûtent un bras et au passage quasi obligatoire au taxiphone. Pour les profanes, les taxiphones sont de petites boutiques souvent exiguës qui laissent peu de place à l’intimité, mais où les ordinateurs et téléphones permettent de faire le lien avec la famille.
« J’y accompagnais ma mère entre deux courses pour qu’elle appelle l’Algérie », se souvient Rhilès. La fameuse escale imprévue qui avait un goût de punition. Debout, dans la cabine en bois, mon daron téléphonait au bled. Posée à côté, je devais attendre qu’il termine. Les minutes me paraissaient interminables.
Ma mère a troqué Skype contre Viber
Mais l’effervescence autour du logiciel culte, propriété de Microsoft depuis 2011, s’estompe avec l’arrivée des fonctions audio et vidéo sur les plateformes de messagerie comme Facebook, Whatsapp ou Viber.
Viber était plus populaire en Algérie
Ma mère a troqué Skype contre Viber pour rester en contact avec la famille en Algérie. Même si whatsapp existait déjà, les échanges vidéo et téléphonique se faisaient plus via l’application au logo violet dont l’ergonomie laissait à désirer. Même constat pour Rhilès : « Viber était plus populaire en Algérie. »
Pour de nombreux internautes, Skype n’est plus qu’un simple souvenir familial. Aujourd’hui ma nièce a bien grandi, elle a 11 ans. L’âge que j’avais quand elle est née. Et elle ne connaît même pas l’existence de la plateforme.
Marie-Mène Mekaoui