A Bondy, pour Halloween, plus on va au nord de la ville, plus on tape dans de la gaufrette de chez LIDL pour les gourmandises aux enfants. Récit (avec supplément barres de rire ! ).

Il y a deux façons de fêter Halloween dans notre cité. On peut sonner aux portes des pavillons de Bondy Sud, disséminés autour de la verdoyance du Parc de la Mare à la Veuf. Ici, les petites Chica Vampiro et les louveteaux garou aux costumes impeccables croulent sous le poids des bonbons Haribo. Bondy Sud c’est bon la vie, c’est l’Amérique. Des mains bienveillantes dispensent la réglisse au même rythme que Bud Spencer et Terrence Hill distribuaient leurs tartes aux doigts. A Halloween, le sucre d’orge jaillit des maisons du Parc comme le pétrole sort du Sahara.

Bien évidement, il y a l’autre façon de faire, la nôtre, celle des rats de la casse. Sonner à une maison au nord de la voie ferrée et avec un peu de chance, tout ce que vous aurez les chiards, c’est un morceau de quatre-quarts et des makrouts aux dattes coupées en dés. Plus on va au nord de la ville, plus on tape dans de la gaufrette de chez LIDL.

Il y a bien des années que les petits Bondynois ne sonnent plus chez mes parents. L’adresse est trop connue. Plutôt défavorablement. La grande spécialité de maman, c’était de sortir sur le pas de la porte, deux baguettes sous le bras, et de faire des tartines à la confiture. Elle aurait mis un gros coup de tête au Père Noel devant les enfants, c’était pareil. Jamais vu autant de tristesse chez les moins de dix ans depuis qu’ils ont canné la mère de Bambi.

J’ai envie de dire, dans la vie, on a ce qu’on mérite. Dans les charmantes ruelles de Bondy Sud, à Halloween, on croise le sosie de la reine des neiges, Dark Vador format junior, des petits enfants bouclés déguisés en Frodon Sacquet. Eux, ils méritent de manger ce qui passe à la télé. Dans le reste de la ville, les enfants se foutent de notre gueule! Aucun effort, sale, nul, redoublement conseillé. Ils nous crachent dessus et ils osent demander des bombecs. Je passe rapidement sur tous les gamins déguisés en drapeau de l’Algérie, le classico bondynois. Ceux qui ont voulu faire dans l’original doivent comprendre que deux kilos de PQ enroulé autour de soi n’ont jamais fait une momie. Pas plus que trois trous dans un sac poubelle permettent d’imiter convenablement la silhouette d’un fantôme.

Le dernier que j’ai vu avant de rentrer taper ce papier, c’était une épée, un cador, faut que je parle à son père. Je crois que c’est puni par la DDASS de déguiser son fils en Kebab. Il était enroulé dans une sorte de costume tout en aluminium, avec de la mousse bizarre qui dépassait pour mimer la sauce samouraï. Du papier Crépon digne du bal des pompiers imitait les couleurs de la salade, des tomates, et des oignons, le tout complétait sa belle mise. Il était à croquer.

Les plus grands aussi se mettent à la fête, dans des soirées déguisées. Et là, même constat. Au sud ça s’ambiance joyeusement avec des filles costumées avec tout ce qui leur tombe sous la main du moment que c’est court. C’est aussi ça la magie d’Halloween. Au nord, des groupes de huit loups des bois, autour d’une bouteille de Pepsi achetée à la pompe Esso du coin, tous déguisés en gros boutons d’acné. Novembre est arrivé, on est tout palot, on tousse, les nez coulent, on n’ose même pas se regarder dans les yeux tellement on est laid. Avec les gueules qu’elle nous a faites, Dame Nature a décidé que Bondy c’était la place to be pour fêter Halloween.

Idir HOCINI

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