Devant l’université Paris 8, plus d’une trentaine d’étudiants se sont regroupés. Les yeux s’ouvrent avec difficulté quand les bouches, elles, ne cessent de s’étirer. Les bâillements s’enchaînent. Les marques de l’oreiller se lisent encore sur certains visages. Ils sont nombreux ce matin là mais ce n’est pas encore la rentrée universitaire. Il est 7h30 sur les écrans des téléphones portables qui sortent des poches toutes les deux minutes. Ils sont déjà tous là, dans le bus, à trépigner d’impatience pour rejoindre la côte normande et sa mer.

« J’ai regardé la météo hier soir. Je sais qu’il y aura beaucoup de vent, mais on aura du soleil. Donc je vais me bronzer, visiter la ville, passer du temps avec les autres,  faire de nouvelles connaissances » explique Abdel 20 ans étudiant en deuxième année de géographie.

Une mission traditionnelle du Secours Populaire

Comme tous les ans, l’une des grandes missions de la Fédération du Secours Populaire de la Seine-Saint-Denis est de faire partir un maximum de personnes en vacances durant l’été. Cette année et pour tout le monde, l’épidémie de Covid-19 rend les vacances particulières. Une particularité exacerbée par le besoin de quitter la ville notamment pour les plus précaires qui ont vécu le confinement dans des appartements exigus, ou pour ceux qui ont été privés de vacances dans leurs pays d’origine. Plusieurs sorties ont été proposées aux étudiants durant l’été, le parc Saint-Paul à Beauvais, le château de Versailles, Marseille… Ce jour-là, c’est direction Dieppe et sa plage.

J’oublie mes tracas quotidiens

Dans le bus, l’ambiance est bon enfant. Pour certains, ce sont les retrouvailles après plus de  trois mois d’absence, et pour d’autres c’est l’occasion de faire des nouvelles rencontres. Cette sortie permet aux étudiants de vivre au moins une inoubliable journée de vacances loin de chez eux, avant la rentrée universitaire. Ils ont le besoin d’aller respirer. Sur la route, pas de pause café ou pipi. Trop hâte d’arriver à la plage.  Après 2 heures et 45 minutes de trajet, c’est l’arrivée à Dieppe, enfin. Le soleil est au rendez-vous, le ciel est bleu et un vent fort nous accueille. Tout le monde a envie de se jeter dans l’eau qui roule ses vagues à quelques mètres de là. Au programme : visite de la ville et d’un château fort datant du XIVe siècle, pique-nique collectif, et activités sportives, avec des matchs de foot et de hand-ball…

Une mission rendue d’autant plus nécessaire par la crise sanitaire

Au bord de la plage, Laura pose sa serviette et s’allonge pour prendre un bain de soleil. Elle lève les yeux au ciel. « Ça fait du bien. C’est la première fois que je pars depuis le déconfinement. Ce matin, je suis allée visiter la ville. Elle est merveilleuse. Et là je profite. Le vent est très agréable. Mais la température de l’eau nous inquiète, elle est froide… Je suis très contente de cette journée. J’ai fait de nouvelles rencontres qui m’aideront sûrement dans l’avenir », poursuit la jeune étudiante en lettres de 21 ans.

Une peu plus loin, Ibrahima, 23 ans, étudiant en science de l’éducation, vient de sortir de l’eau. « Je suis obligé de me baigner. Ça fait très longtemps que je n’ai pas mis les pieds à la plage donc autant profiter. J’apprécie beaucoup de me retrouver autre part que dans mon 9 mètres carré. Là j’ai l’impression que je suis en vacances. Je bouquine. Je profite du soleil. Je suis allé visiter le musée. J’oublie mes tracas quotidiens. », explique-t-il. A voir ces jeunes étudiants profiter des ces quelques heures de détente au grand air, on comprend à quel point les vacances sont essentielles à leur équilibre.

J’apprécie de me retrouver autre part que dans mon 9 mètres carré

Les activités continuent dans l’après-midi, D’un côté, ambiance foot sur le terrain,  de l’autre, selfies sur la plage, visite du château, rigolades et baignade dans l’eau fraîche. Chacun y trouve son compte. Mama Diop, 25 ans, étudiante en master 2 de sciences politiques, préfère jouer au foot. Pour elle, cette journée est d’abord une bouffée d’oxygène. Elle est enthousiaste. «  Grâce à l’association du Secours Populaire, nous avons passé un moment d’évasion qui nous a permis de découvrir la ville et de profiter de la nature avec son air pur et un soleil d’une chaleur douce », dit-elle avec le sourire. Elle poursuit « C’est génial ce que nous vivons en ce moment. On a fait des jeux collectifs, puis on a visité le Château de Dieppe avec une vue extraordinaire sur la ville. J’avais ce besoin de prendre l’air » confie-t-elle, avant de poursuivre son match.

L’épidémie et ses conséquences ont durement éprouvé les étudiants et les familles précaires. Alors rien de tel que la plage pour oublier cet « été Covid », et ces deux mois de confinement passés dans leurs logements exigus. De quoi recharger les batteries et le moral avant la rentrée.

Kab Niang

Articles liés

  • La pièce montée, qui va la démonter ?

    Se marier en temps de Covid ? Très peu pour certains. Et pourtant, Ahmed Ait Ben Daoud a trouvé quelques avantages à le faire.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 04/03/2021
  • Le naan à toutes les sauces : le blues du cuisiner Khan Malik

    Le naan s'est imposé comme un incontournable de la culture culinaire fast-food. Associé à toutes les garnitures possibles, la galette de pain fait le bonheur de certains restaurateurs en manque de variété. Pour autant, d'autres voient dans cette évolution, la perte d'un savoir-faire traditionnel. C'est le cas de Khan Malik, restaurateur de Clichy-sous-Bois qui veut redonner au naan ses lettres de noblesses. Entretien.

    Par Ryan Baruchel
    Le 27/01/2021
  • Capitaine Georges, Tonton Pernoud

    Georges Pernoud a été emporté par une longue maladie le 10 janvier 2021. Pendant 42 ans, il a officié en bon capitaine de l'émission Thalassa sur France 3. Souvent forcés à regarder par les parents le vendredi soir, beaucoup ont fini par être pris, le flot des vagues et les histoires de pêcheurs. Des banlieues à la campagne, l’univers de Georges Pernoud et le monde qu’il rencontrait, finissait être le nôtre, celui de toute la famille. Le BB lui rend hommage.

    Par Arwa Barkallah
    Le 15/01/2021