Mon père n’appréciait que peu de choses à la télévision : le sacro-saint journal de 20heures, la “Dernière séance” d’Eddy Mitchell avec ses westerns, mais surtout Thalassa de Georges Pernoud. Chez moi, comme dans de nombreuses familles, Thalassa, c’était le rendez-vous familial du vendredi soir. Plus rien d’autre n’était important pour mon père.

Georges Pernoud était ce tonton qu’on voyait toutes les semaines, à la maison.

Je regardais la télé, fascinée et angoissée par le générique historique de l’émission, alors je me rapprochais de mon père pour me rassurer. Et puis la magie opérait. La mer, les découvertes, avec parfois une visite de l’autre côté de la Méditerranée. Thalassa, c’était une porte ouverte vers le monde, et un moment privilégié en famille. Georges Pernoud était ce tonton qu’on voyait toutes les semaines, à la maison. Il était toujours souriant, et avait l’air d’un vrai gentil. Et puis surtout, il était Nanterrien, comme nous. On était si fiers.

Les années passaient et même si Thalassa m’intéressait moins, l’émission restait le rendez-vous incontournable de mon père. Au lycée, sa fille Julie était dans ma classe. Elle n’en parlait pas trop pour ne pas attirer l’attention. Pourtant, dès qu’on l’a su, on lui a tous dit à quel point son père, « 3ami Georges » (tonton Georges, en arabe), était apprécié de tous.

Tout le monde avait la même histoire, ce rendez-vous familial, particulièrement attendu par son père, ou sa mère. Le père de Julie faisait partie de nos familles d’immigrés, séparées de leurs maisons par cette mer Méditerranée, star de l’émission. L’annonce de son décès m’a attristée, et aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser à Julie, et à Tonton Georges que mon père affectionnait tant…

Nadia Bouchenni, journaliste indépendante


Le 27 septembre 1975 était diffusée la première édition de Thalassa sur France 3. George Pernoud la présentera pendant 42 ans. 

Petite, j’avais peu le droit de regarder la télévision. Et généralement ce qui intéressait mes parents, excepté les westerns de mon père, ne m’intéressait pas. SAUF le vendredi soir! Thalassa c’était l’émission qu’on aimait tous les trois et surtout, comme mon père se levait tôt, il arrivait régulièrement qu’on termine la soirée toutes les deux allongées sur le canapé avec ma mère, en enchaînant Thalassa et Faut pas Rêver.

Georges Pernoud nous a ouvert le champ des possibles et je lui en serai toujours reconnaissante.

Grâce à Georges Pernoud, non contente de voyager aux quatre coins du monde et de découvrir le monde de la mer (bien éloigné de la campagne lyonnaise), je pouvais regarder la télé ET me coucher tard ! Plus sérieusement, il a fait partie des figures qui m’ont donné envie d’être documentariste : rester curieuse toute sa vie, aller à la rencontre des gens et faire partager ses passions au travers du cinéma ou de la télévision, existe-t-il de plus beau métier?  En nous permettant de nous évader régulièrement, Georges Pernoud nous a ouvert le champ des possibles et je lui en serai toujours reconnaissante. Qu’il repose en paix.

Amandine Gay, réalisatrice


L’évolution des génériques de Thalassa. Les bancs de poissons les plus célèbres de la Méditerranée. 

Le générique commençait alors que le dîner n’était pas encore tout à fait terminé. Sur le table, des miettes de couscous, vendredi oblige, et à l’écran le générique le plus marquant de ma vie. Le coquillage qui se transforme en banc de sardines, c’était mieux que n’importe quel Pixar. Depuis, je suis fascinée par les animaux qui se promènent en bande. Et par la mer, aussi, c’est ce qui me remet les idées en place. Puis le visage de Georges Pernoud qui présentait l’émission pas tout à fait assis mais pas tout à fait debout non plus. Une demi-fesse sur une table. C’était la classe.

Bien qu’issus d’une lignée d’habitants de zones arides et désertiques, mes parents avaient élus domicile au bord de la mer de la Manche alors Thalassa, ça leur parlait. Et ils avaient une tendresse de classe envers les pêcheurs qui se levaient au milieu de la nuit pour gagner leur vie, qu’ils soient de France ou de l’autre bout du monde. Georges Pernoud nous racontait tout ça et on avait l’impression qu’il était dans notre salon chaque vendredi, pour de vrai. C’est ce qui fait les grands présentateurs. Il est désormais dans nos mémoires, et c’est ce qui fait les grands hommes.

Latifa Oulkhouir, directrice du BB

« Thalassa » qui signifie « mer » en grec, est une divinité de la mythologie qui incarne les océans. C’est le père de Georges Pernoud qui a trouvé ce nom pour l’émission de son fils. 

Mon père allumait cérémonieusement FR3 le vendredi à 20h50. La magie commençait. Le générique de Thalassa, sous forme de morphing du monde marin (très novateur à l’époque!), m’hypnotisaient. Je plongeais dans un monde inconnu, fascinant et précieux pour la petite fille que j’étais. L’exception à la règle du « pas de télé le soir » disait l’importance du programme aux yeux de mon père. Incarnation de la résilience de son exil, la mer c’est mon père.

Et si je le sais, c’est grâce à Georges Pernoud : en disant les marins, les traversées, les poissons, les naufrages, les rives et la solidarité de la communauté marine, il a donné un moyen à ce père taiseux de me faire comprendre pourquoi il n’était viscéralement attaché à aucun pays sinon à la Méditerranée : el bahr, la mer, toutes les mers.


« La rencontre est aussi importante que le voyage » raconte Georges Pernoud à propos de ses émissions. 

Sarah Benichou, journaliste indépendante

Quand je pense à Thalassa, je n’ai pas que des bons souvenirs qui me reviennent. C’était l’émission préférée de mes parents. Le rendez-vous imposé du vendredi soir. Le générique m’angoissait, il était tellement austère !

On dit souvent que la télévision est une fenêtre sur le monde. Je crois que ça n’a jamais été aussi vrai qu’avec Pernoud.

Au fond de moi, je rêvais de changer de chaîne. Et puis, malgré moi, je finissais toujours par me laisser transporter. Le gamin des villes que j’étais se passionnait pour le quotidien de pêcheurs et pour la vie des fonds marins.

On dit souvent que la télévision est une fenêtre sur le monde. Je crois que ça n’a jamais été aussi vrai qu’avec Pernoud. Le vendredi soir, le téléviseur du salon me permettait d’approcher, le temps du programme, un univers qui m’est si lointain.

J’ai mis du temps à comprendre que Thalassa était à l’image des mers et de ses amis. Abrupte en apparence. Si poétique et profonde lorsqu’on s’y plonge.

Redwane Telha, rédacteur en chef, France Inter

 


Le dernier « Bon vent » de Georges Pernoud en 2017. 

Le goût de ma mère pour les génériques bizarres, c’était quand même quelque chose. Entre X-Files et le générique de Thalassa, les deux étaient particulièrement hypnotisants.

S’il y avait bien un jour de la semaine où l’on pouvait être sûr que ma mère ne nous entendrait pas nous disputer, c’était le vendredi. Georges Pernoud, c’était le “tonton du plaid”, celui des soirs où on était emmitouflés, parce qu’en plein hiver, à la mer, on s’y projetait aisément.

Ma mère se levait à la même heure que les pêcheurs. On savait le repos que l’émission lui procurait.

L’oncle Pernoud, c’était celui qui nous emmenait aux confins des mondes, qui nous faisait vivre avec ceux qui grandissent avec la mer. Il nous a présenté ses amis, le Commandant Cousteau et Eric Tabarly et ceux qu’on n’arrivait pas à côtoyer ou à croiser lorsqu’on allait prendre le bateau à Marseille pour rejoindre Tunis.

Chaque vendredi soir, lorsque l’émission passait on avait le sentiment que la paix était revenue sur Terre, et l’émission Faut pas Rêver, nous le confirmait. Ma mère se levait à la même heure que les pêcheurs. On savait le repos que l’émission lui procurait.

On savait que notre phare Georges Pernoud était toujours là pour nous souhaiter “Bon Vent”. Après avoir constamment éclairé nos soirées, lundi ce phare s’est éteint.

Arwa Barkallah

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