1,79 mètres, la peau noire, le corps fin et les pommettes saillantes : Idriss est un beau garçon de 22 ans, bavard et plein d’assurance. Il vit à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), étudie le marketing à Paris, mais est surtout passionné de mode. Sur Instagram, son feed fait figure de lookbook professionnel avec ses dernières tenues. Sur sa chaîne Youtube, il montre ses derniers achats chez Asos et débat avec ses presque 20 000 abonnés si la paire de Fila Disruptor ou la veste en cuir sont encore tendance en 2022.

Mais pour provoquer la chance et faire enfin de sa passion son métier, Idriss a candidaté à Top Model Europe, un concours qui sélectionne chaque année de futurs mannequins et modèles parmi 25 000 candidatures venues de toute l’Europe. Un concours qu’il a découvert par hasard sur Instagram. « Je pensais que c’était un concours comme les autres où je vais mettre de l’argent et je n’aurais aucun retour. Mais en voyant un ancien gagnant de ce concours dans une publicité pour Jean-Paul Gaultier, je me suis dit que ce concours était vraiment sérieux ! Donc pourquoi pas essayer. »

 

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Le col roulé noir, le plat du pied efficace de la mode ? 

Mon intérêt pour la mode ? C’est grâce à ma mère ! Elle a toujours été coquette et attirée par la mode.

Aujourd’hui, il fait partie des 25 finalistes retenus dans la catégorie modèle photo. C’est à Bruxelles, le 29 mai prochain, qu’il tentera de remporter le premier prix. « J’appréhende parce que ça devient beaucoup plus réel, plus concret. C’est la dernière ligne droite et j’ai toujours du mal à y croire », explique le Tremblaysien.

À la clé, l’opportunité de travailler avec de grandes marques de mode et signer un contrat dans une grande agence de modèle. « C’est vraiment une opportunité en or. Si l’on gagne pas mais que l’on se trouve dans les cinq favoris de sa catégorie, on signe dans une grande agence aussi», assure Idris, confiant. Tout au long du concours, les candidats apprennent à s’exprimer en public, devant la caméra, à défiler et à poser.

Pour la finale, le jeune homme ne comptera pas uniquement sur sa plastique. Idriss doit également présenter une tenue selon un thème imposé, celui de la « non discrimination ». Ce sera une chemise en wax avec des symboles qui évoqueront la discrimination à  la fois le racisme, l’homophobie et le validisme. Il souligne : « Le message que l’on fait passer cette année rejoint mes idées.»

De youtubeur à modèle photo

Youtubeur depuis deux ans, le tremblaysien partage sur sa passion pour la mode, ses voyages et les bons plans avec sa communauté.  Malgré les difficultés à faire sa place, il gagne en visibilité et collabore avec quelques marques de prêt-à-porter. Jusqu’à effleurer son rêve de mannequinat. « J’ai déjà fait des photos pour certains partenariats. Mais en faire pour des magazines en tant que modèle photo, c’est tout nouveau pour moi ! »

Pour l’étape de sélection, Idriss s’est présenté avec la tenue simple de couleur noire requise.

Sujet aux remarques sur son physique, Idriss gagne en confiance avec Youtube et les réseaux sociaux. « On m’a souvent jugé sur mon apparence physique. Je suis assez fin, j’ai de gros traits: un gros nez, une grosse bouche, un appareil dentaire, et souvent je me disais que je ne pouvais me lancer dans le mannequinat. Même pour ce concours Top Model Europe j’hésitais à m’inscrire. Si je n’avais pas fait Youtube je n’aurais pas eu assez confiance en moi pour pouvoir faire ce casting. », confie-t-il.

Lorsque tu vis dans une banlieue ou une cité et que tu parles de “top model” “modeling”, on pense toujours que c’est une chose pour les femmes.

En participant à ce concours, le Tremblaysien veut encourager les jeunes hommes à faire du mannequinat peu importe d’où il viennent. « Lorsque tu vis dans une banlieue ou une cité et que tu parles de ‘top model’, ‘modeling’, on pense toujours que c’est une chose pour les femmes. Si tu veux être modèle photos, tu as le droit ! Peu importe d’où tu viens, c’est possible ! », lâche t-il.

La mode : une histoire de famille

Idriss découvre son goût pour la mode grâce à sa mère. « J’ai baigné dans la mode depuis tout petit puisque ma maman travaille dans le domaine. Elle a toujours été coquette et attirée par la mode. Elle nous a toujours bien habillés moi et mes sœurs, se souvient-il. Mon père est beaucoup plus sobre. Ce n’est pas trop son délire la mode. »

Sa mère possède sa propre boîte, H.A.W.A au Féminin, une initiative qui insert les femmes en situation de vulnérabilité dans la vie active. L’entreprise met en place #2ndeVie, une boutique en ligne éthique qui revalorise les invendus des grandes et moyennes marques. « L’entreprise a collaboré avec la marque Ysé. Elle reprend des maillots de bains usées ou invendues pour leur donner une seconde vie. », explique Idriss.

Le tremblaysien a toujours essayé de trouver son propre style, même en commettant «quelques erreurs». « Savoir m’habiller je n’ai pas su le faire dès le plus jeune âge… c’est vrai que j’ai fait ‘quelques fashion faux pas’ (rires). Quand je regarde mes anciennes photos je me dis: ‘Non vraiment je portais ça ? C’est pas possible !’ » De fil en aiguille, le jeune de Tremblay-en-France trouve son style vestimentaire. « J’aime tellement le style streetwear. Je suis beaucoup habillé en oversize, baggy, sneakers au pieds. Dans le streetwear on peut très bien être en jogging et être bien habillé. J’ai la chance de m’habiller comme je le souhaite pour créer mon propre style et toucher à tout. »

Intéressé par le streetwear, Idriss souhaite tout de même collaborer avec des marques éloignées de ce style. « Le fait de vivre en banlieue les gens nous associe directement au style sportswear. J’aime bien m’habiller en streetwear mais cela ne veut pas dire que je veux forcément travailler seulement avec des marques de ce style. Ce serait bien de retirer ces préjugés banlieue = streetwear. »

Le mannequinat sans se faire piéger

Bien qu’il soit passionné par le monde de la mode et du mannequinat, Idriss reste conscient des difficultés et de la pression de ce domaine. « C’est un monde assez vicieux, c’est difficile de ne pas s’y perdre. Les gens sont prêts à se marcher dessus les uns les autres. »

Pendant le concours Top Model Europe, le jeune homme a d’ailleurs remarqué que certains candidat·e·s faisaient attention à leur alimentation. « Les recruteurs du concours leur disaient de manger et de ne pas se mettre à mal pour un concours, assure Idriss. C’est vrai que c’est toujours gravé dans les mœurs “le fait d’être parfait, d’être comme ci, comme ça”. Il faut que l’on arrive à enlever ces idées-là. »

 Si moi, qui viens de banlieue, j’ai réussi à faire ce concours pourquoi pas les autre ! 

Le jeune homme de Tremblay-en France souligne la diversité qui ne cesse de croître dans la mode. « Il y a un changement qui se fait. La communauté africaine se fait de plus en plus connaître dans la mode. C’est une bonne chose que l’on fasse notre place partout, que l’on porte nos créations. »

Qu’il gagne ou non, Idriss est satisfait de son parcours jusqu’en finale de Top Model Europe. « J’ai quand même fait du chemin. Je suis arrivée en finale parmi les 25 de ma catégorie alors que l’on était 25 000 au début, ce n’est pas rien ! Si moi, qui viens de banlieue, j’ai réussi à faire ce concours pourquoi pas les autre. Si je gagne, c’est ce message que je veux faire passer. »

Emeline Odi.

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