Que ce soit avec un ballon classique, en caoutchouc, en mousse ou en plastique, on a toutes et tous déjà jonglé au moins une fois dans notre vie. Ou plutôt, on a toutes et tous déjà essayé de jongler. Et parce que la street a tendance à s’adapter à toutes les situations, quand il n’y a pas de balle, ça jongle avec ce qui traîne : une canette, une bouteille d’eau, des clés ou un bâton de bois. Vous connaissez « Foot 2 rue » ? Ce n’est pas pour rien qu’il s’agit d’une véritable référence en dessin animé dans nos quartiers.

Entre les talents qui en viennent, l’importance des clubs amateurs, des Five, des city-stades, des compétitions et cette passion pour le jeu FIFA, le lien entre foot et quartiers populaires n’est plus à prouver à personne. Ce lien est vieux comme le monde et dépasse bien évidemment les frontières.

Au milieu des années 60, en Algérie, il n’y a ni FIFA ni city-stade. Par contre, un objet dédié aux jongles y fait son apparition : le pitchak, soit un assemblage de matériaux aussi improbables soient-ils : des chambres à air de vélo, du plastique, du caoutchouc et des bouts de ficelles. Tout ça réuni a donné lieu à un petit objet qui permettait aux gamins de s’amuser à jongler. Parmi ces enfants, il y avait un des fondateurs du footshake qui a recyclé l’idée à la sauce 2020.

Au milieu de l’objet, une puce qui compte les jongles

Le footshake est présenté comme un objet compact et facilement transportable grâce à sa souplesse et son poids plume. Plus léger qu’un smartphone (120 grammes) et plus maniable qu’un ballon, il s’agit toujours d’un jeu dédié aux jongles qui ressemble à son ancêtre, le pitchak. Les bouts de ficelles en moins, une dimension digitale en plus.

Julien Piwowar fait partie de la start-up Footshake. Il a travaillé sur toute la partie informatique de ce produit qu’il décrit comme « phygital », c’est-à-dire qui mêle physique et digital. On vous explique : au centre du footshake, il y a une puce. Celle-ci donne la possibilité de connecter l’objet à un téléphone, via une application mobile. Cette fonctionnalité permet de comptabiliser le nombre de jongles en direct, de savoir combien de calories sont brûlées et surtout de faire partie de la communauté footshake, c’est-à-dire de jouer en ligne et défier des joueurs du monde entier.

« C’était vraiment important pour nous de lier physique et digital, explique Julien. C’est ce qui fait l’originalité du footshake. Il est important d’avoir une activité sportive et de sortir un peu de sa chambre et de sa Play. Mais d’un autre côté, le digital fait partie de nous aujourd’hui et il permet des choses géniales : surveiller son évolution physique en l’occurrence, se connecter avec d’autres joueurs… Alors, on a tout fait pour mêler les deux. »

Il y a quatre ans, lorsqu’on lui a parlé du footshake, Youness Bourimech raconte ne pas avoir hésité une seconde avant de s’y engager, il parle même d’un « véritable coup de foudre ». A Bondy, Youness est considéré comme une figure locale de l’entrepreneuriat. Dès l’âge de 21 ans, il ouvre sa première entreprise. Celle-ci s’inscrit dans le domaine du nettoyage, il investira ensuite dans le BTP, la restauration, la production musicale… Une sorte de serial entrepreneur local.

Renouer avec une tradition enfantine

« J’ai tout de suite trouvé ce projet très excitant pour plein de raisons, notamment parce que ça me faisait repousser mes limites, encore un peu plus. C’est la première fois que j’investis dans un projet digital, dans une start-up aussi. Bien que la start-up nation, je l’ai toujours incarnée finalement à travers mon travail et mon expérience mais sans forcément le formuler et l’assumer. »

Par ailleurs, Youness Bourimech rappelle que le sport est quelque chose qui lui parle et lui tient à coeur depuis toujours. En club et à l’école, il étudie le sport, joue et entraîne au handball. Au quartier, à Bondy, il joue aussi beaucoup au football. « Dans tous les cas, jongler faisait partie de notre quotidien ici, c’est un peu une base, on jonglait avec tout ce qu’on avait sous la main. C’est quelque chose que tu peux à fois faire en groupe et tout seul.

Je me souviens, quand tu étais petit et ponctuel, bah tu attendais tes potes pour jouer au foot, en attendant tu jonglais, quand ils arrivaient bah tu pouvais continuer avec des défis de jongle. C’est pareil pour le footshake d’ailleurs tu peux y jouer avec tes potes dans la vraie vie ou de loin, tu peux y jouer tout seul. Et puis jongler c’est l’histoire de notre vie aussi, on jongle entre les milieux professionnels et sociaux par exemple. »

Youness est très attaché à sa ville natale, Bondy. Alors, lorsqu’il a fallu tester le produit c’est naturellement qu’il l’a proposé, en exclusivité, ici : « On l’a mis entre les mains des petits au quartier, à l’ASB (le club de foot de Bondy, ndlr), et ça leur a tout de suite plu. Ça se défiait, ça se charriait ! » Julien complète : « Ce que je trouve génial aussi avec le footshake, c’est qu’on met tout le monde sur un pied d’égalité ! L’objet est nouveau, sa taille et sa forme sont spécifiques. C’est aussi nouveau pour un joueur pro, un freestyleur ou un jeune de Bondy de 13 ans. »

Dès son lancement, le footshake a été soutenu par le PSG, qui a commercialisé un footshake à ses couleurs en juin. Des collaborations avec d’autres clubs internationaux sont en cours de négociation. Le prochain objectif des entrepreneurs ? Faire entrer le footshake  dans les entreprises et faire de l’objet la prochaine table de ping-pong ou le prochain tapis de yoga des pauses déj’ et autres. D’ici là, le footshake est entre les mains, et surtout entre les pieds, des jeunes Bondynois. Et c’est aussi très bien comme ça.

Sarah ICHOU

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