Au nombre des tentations les plus irrésistibles pour quelques irréductibles parisiens intramuros en cette période triste et sombre où la taxe d’habitation sévit, on pourrait peut-être trouver en bonne place celle qui consiste à imaginer l’ambiance aux alentours d’une gare RER, quelque part derrière le périph. La pire des versions. Une fin de journée d’automne, à la nuit tombée. Devant la gare, il y a le flot régulier de ceux qui rentrent chez eux après une longue journée de réunions qu’on imagine bien sûr pas très gratifiantes. Et puis aussi, cette pluie fine bien caractéristique du mois de novembre. Et juste assez d’éclairage public pour distinguer entre les gouttes la déprime profonde du RER, reconnaissable entre toutes, sur le visage des autres piétons.

Si cette tentation existe quelque part, envoyons ces mêmes quelques Parisiens à deux ou trois rues de la gare RER d’Epinay-sur-Seine. Au détour d’une avenue principale, il y a cette petite boutique, là tout de suite sur la droite, qui attire le regard. Presque importée directement du village Disney. Visible de loin, lumineuse, toute en rose et en blanc. Cette boutique, c’est 3D Confiseries, et c’est la marque qui a remporté très récemment le statut de… fournisseur officiel de bonbons du PSG. Peut-être plus surprenant encore, le sachet de bonbon du PSG, produit pour l’occasion est 100% vegan, sans gluten et sans lactose. Pour le reste, toujours 100% vegan, la marque propose aussi des chocolats, des nougats… Le tout labellisé et certifié. Il faut compter entre 2,50€ pour les sachets de bonbons classiques par exemple et 5,50€ pour le paquet PSG qui est un assortiment de cinq sachets à partager. Vendus au même prix sur le site et en boutique.

3D Confiseries, c’est l’histoire d’une maison et d’une famille d’entrepreneurs créée il y a sept ans. L’histoire aussi d’un projet précurseur sur son marché, lancé bien avant que le mot vegan soit aussi entendu qu’aujourd’hui. Il y a le père, Rachid, la cinquantaine, toute une vie d’entrepreneuriat derrière lui, dans le secteur du tourisme. Issu d’une fratrie de six enfants, il a lui-même eu six enfants, un garçon et cinq filles, à qui il a transmis la philosophie et la volonté « d’entreprendre sous toutes ses formes ». Et il y a Sami, le fils, presque 26 ans, qui a lancé l’entreprise. Il y a même deux des sœurs de Sami qui ont investi de leur temps pour appuyer la communication, le marketing, les études de marché….

Le père, le fils et les sucreries

Dans la boutique, en fin de journée, quelques clients se pavanent mais c’est plutôt tranquille. Alors au milieu de ce décor et de toute cette délicatesse, Sami et son père rembobinent le film à deux voix. Sami, c’est le genre calme créatif et réservé, timide presque, avec ce petit fond de provocation douce : « L’aventure, elle a commencé il y a sept ans… quand j’étais plus jeune je n’avais pas forcément le droit de manger de bonbons. C’est un peu parti de là. J’étais dans la cuisine et je me suis spécialisé en confiserie ». A 17 ans donc, il quitte l’école pour le début d’une aventure aussi porteuse qu’exigeante.

Sami le reconnaît lui-même : « C’est énormément de sacrifices, quand on ne part pas en vacances pendant trois ans et qu’on voit tous ses potes partir, poster des photos… » Il ne semble regretter aucun de ces sacrifices. Son père, « son mentor », il apprend tout de lui : «  Moi, j’ai pas les connaissances, j’ai pas les mots alors je bois toutes ses paroles, comme une éponge », avoue-t-il en souriant quand on lui parle et que son père n’est pas à côté. Lui, il révise les recettes d’antan, il teste, il imagine. Pendant qu’il travaille sur la prochaine création, des marshmallows si tout va bien, son père lui remet l’aventure en mots.

Rachid retrace dans les grandes lignes le fil qui les a conduit jusqu’aux portes du PSG : « Nous on s’est présenté avec notre offre et ils ont été séduits immédiatement. En fait, le PSG a une certaine politique, ils commencent à être plutôt éco-responsables, avec des véhicules électriques par exemple. Donc chez nous, les emballages écologiques, les confiseries végétales, une entreprise locale, familiale, jeune, c’est tout ça qui les a séduits. Il y avait même d’autres fabricants de bonbons qui étaient déjà dans la place mais aujourd’hui il n’y en a plus qu’un, c’est nous. Ils ont supprimé tous les bonbons, et n’ont gardé que les nôtres. »

Aujourd’hui, quasiment tout le monde nous ferme la porte…

Pour gagner cet appel d’offres, point de combat long avec les concurrents donc. En revanche, beaucoup d’énergie dépensée pour se passer du soutien financier des banques : « L’aventure, elle est financée uniquement par la famille, aucune banque n’a jamais aidé. En 2013, apporter une offre vegan c’était ahurissant. A la limite, on nous disait ‘ça sert à quoi ? ça sert à rien !’ Au départ, c’était une boutique en ligne, on nous avait dit : ’N’attendez pas dix ventes par jour avant au moins deux ans’. Et résultat, ça a décollé beaucoup plus vite, et on a ouvert cette boutique ici. Aujourd’hui, on est aussi sur Amazon, Cdiscount et plein d’autres de marketplaces. »

Dans sa lancée, le cap maintenu sur la croissance, 3D Confiseries a fait son bout de chemin et est donc devenue fournisseur officiel de bonbon du PSG. La comme ça, à force de symbole, on s’attendrait à un sacré retour sur investissement. Pourtant, malgré la croissance des ventes très satisfaisantes ces dernières années, Rachid se désole d’être très loin du compte avec ce projet qui « représente 100 000 euros d’investissement. On a produit plusieurs dizaines de tonnes de confiseries pour le PSG et la situation aujourd’hui c’est que quasiment tout le monde nous ferme la porte, par exemple la grande distribution… C’est un stress qui est permanent. On était prêts à offrir plusieurs centaines de sachets au club de foot de Bondy parce que c’est le club qui a vu s’épanouir Kylian Mbappé mais voilà, on n’a pas eu de réponses… »

Quand on l’interroge sur la réaction dans le quartier face à cette boutique qui détonne un peu il faut bien le dire, Sami évoque un accueil à double tranchant  : « Les gens disent souvent ‘c’est beau, on se croirait dans Paris !’ Et souvent, ils s’arrêtent là, on nous prend parfois pour une secte, ils croient que les vegans c’est une secte ! » Au-delà de l’accueil de la grande distribution encore très frileuse, il y a donc encore du chemin pour que le grand public s’approprie pleinement la marque et son concept.

Malgré les portes qui ne s’ouvrent pas, ou du moins pas encore, Sami et Rachid ont décidé de s’accrocher. Avant de refermer boutique et d’affronter la pluie, Rachid reste confiant et affirme en rigolant : « Moi je dis qu’on a un mur à escalader, là ça fait sept ans alors c’est un mur à escalader, Sami lui il dit qu’il faut le détruire le mur, carrément ! » Dans quelques mois, ils comptent ouvrir une boutique à Paris intramuros, dans le triangle d’or peut-être. D’ici-là, tout le mal qu’on leur souhaite, ce serait de recevoir un coup de fil de Bondy, là comme ça, au hasard.

Anne-Cécile DEMULSANT

 

 

 

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