L’humour pour briser la glace. J’arrive sur les lieux, un théâtre du 9e arrondissement de Paname. Il est 19 heures passé d’une vingtaine de minutes. La nuit se fond dans le froid parisien. Juste avant d’y être, je reçois un message d’un pote qui me demande « ça fout quoi ? » Je lui réponds : « J’vais au théâtre ». Retour immédiat : « Narvalo ». Qu’est-ce qu’il croit, lui ? Que pense-t-il que je vais regarder au théâtre ? Un arbre qui chante, comme dans Intouchables ?

J’ai moins d’appréhensions que lui mais je me demande quand même, moi qui suis assez réceptif à l’humour, si je vais avoir le rie facile en cette période bizarre. D’ailleurs, je me demande si je dois y aller avec un masque. L’actualité me foudroie de paranoïa.

J’entre dans le théâtre Mogador. Cocktail, petits fours et robe de soirée. On dirait qu’il y’a un peu de Cannes à Paris. Comme un soir de festival. J’y étais pas préparé mais ça va, je reste présentable. Je rejoins mon acolyte anonyme qui est là pour prendre des photos. Une compagnie précieuse dans ce dépaysement. Tapis rouge, chaussures vernies, chemise boutonnée jusqu’au dernier bouton. Il y a du gel à fond sur les cheveux !

LDC, le guide Michelin du halal

Ça brille et ça sent bon. Je fais le tour de la salle et je distribue des sourires, on me distribue des petits toasts, je dis merci. Maintenant que je me sens à l’aise, je remets ma casquette, je vais au bar comme un cow-boy dans un saloon et je commande un Coca, d’ailleurs j’en ai pris deux , l’autre pour mon collègue de fortune. Tout ça pour nous rincer du goût des petits fours au saumon et tarama.

Nous sommes aux LDC Stars, du nom du guide de L’Etoile du Cavalier, qui délivre chaque année ses étoiles aux meilleurs établissements de restauration d’Ile-de-France, de France et du monde. Avoir une étoile de la part de LDC Quality est un gage d’excellence… qui ne dure qu’un an, afin que les restaurateurs ne se reposent pas sur leurs lauriers. LDC Quality est devenue la référence d’excellence pour une cuisine soucieuse de son éthique : un guide composé de plus de 600 références, en France et dans le monde.

Pour l’occasion, c’est l’ambiance des grands soirs. On peut se faire bousculer par un dos nu ou par l’échancrure d’une robe. Des coupes, des robes et des smokings. Divers visages se confondent dans cette ambiance d’afterwork ou de vernissage. Je me sens comme un mec qui s’est invité là par ruse ou incruste. Y a toujours un mec dans un mariage qui connait personne mais qui est là et personne ne sait pourquoi car tout le monde s’en fout !

Ce n’était qu’une mise en bouche pour rassasier les plus gourmands. Avoir ainsi assez d’énergie pour se fendre la poire. La scène nous sera servie un peu comme un dessert glacé qu’on délecterait mais qu’on ne s’empresserait pas non plus de dévorer pour savourer un peu l’instant.

Des humoristes, des restaurateurs et du spectacle

On nous invite à prendre place. Nos strapontins sont pris et nous attendons impatiemment l’entrée des artistes. Une première partie mêlant chanson et art avec Koumba, accompagné sur scène par un artiste peintre qui déverse sur ses mannequins des litres de peinture au rythme de la musique. Le maître de cérémonie jaillit du noir avec le représentant de LDC, Dembo Camara. Il y a là aussi des Youtubeuses gastronomiques, la Belge Laure Fournier, Balsam, Kathy et Salima, diplômées de l’institut Paul-Bocuse…

A cette occasion, LDC annonce le lancement de son nouveau site Internet qui recense les bonnes adresses du coin. Un vrai répertoire à saveurs, où les jolis projets et les belles initiatives trouvent leur place. On y croise ainsi « Tiny-menu », qui propose des petits pots halal pour les bébés. Ratiba, sa jeune entrepreneuse, est là, la trentaine, un voile sur la tête et, surtout, une envie ardente d’entreprendre et de réussir.

Parmi les lauréats, des restaurants à l’international mais aussi quelques Franciliens, comme le Food Court à Nanterre, le « At Hom&S » dans le 17e arrondissement ou la chaîne « Afrik’n’Fusion ». Il y a quelques guests pour remettre les prix, à l’instar de Zoumana Camara, ancien footballeur et entraîneur-adjoint du PSG. Mais ce sont des humoristes qui animent le bal, à l’instar du duo Oth et Kal, qui nous font rire avec leur hypocrisie africaine – du nom de leur spectacle. Walid Sax, Ahmed Sparow et d’autres se succèdent aussi sur scène entre les remises des différents prix.

Le Harry’s Café, emblème bondynois

Mais on croise aussi et surtout nos voisins du Harry’s Café. Une institution locale, ouverte il y a seulement trois ans mais devenu une référence à Bondy et ailleurs. Autant se le dire franchement : pour prendre un petit brunch, manger un burger ou un plat maison en écrivant un article, le Harry’s est un peu notre cantine, au BB. Pour la deuxième année consécutive, le Harry’s a reçu le prix LDC Stars dans la catégorie « Fast Casual ». Fierté bondynoise.

Une de nos interviews réalisées au Harry’s Café, avec Luceny Fofana

Le lendemain, on y passe pour passer un peu de temps avec Tahar, le patron de la maison. Dans la grande salle, des écrans, du style et des jeux. Beaucoup viennent en famille. A l’entrée, un voiturier gère le flux des véhicules et le parking de l’enseigne. Un peu comme un critique gastronomique, j’entre, je commande, je m’installe en terrasse. Ce restaurant à l’humeur chaleureuse, à l’ambiance conviviale et au décor stylé et boisé se situe à l’entrée de Bondy, au pied d’une grande affiche à l’effigie de Kylian Mbappé, autre emblème local.

Avec Tahar, je me pose et je discute. C’est un personnage charismatique, au point qu’on jurerait que le logo de l’enseigne a été fait à son effigie. Tahar me régale tout autant que mon plat. On déconne, on discute, on se livre, on se rejoint. Il me raconte un peu sa vie et je m’aperçois que sa route a été longue, pas simple mais on dira que plus le défi est grand, plus la victoire est belle. Pour lui, les embûches ont été nombreuses, souvent administratives, comme des bâtons mis incessamment dans ses roues. Sa leçon de vie est simple : il faut t’accrocher à tes buts, à ton rêve, à ton objectif ou à ta détermination. On sait et on compatit à sa joie, à cette énergie et aussi à l’effort démesuré qu’il a dû investir. Je le résumerais par « les vrais savent ».

Samir BENGUENNOUNA

Crédit photo : Antoine BACHY

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