Autant que je me souvienne, je n’ai jamais vu mes parents être surpris par les courriers qu’ils recevaient. C’est vrai qu’avec le temps, et à défaut de savoir lire, ils ont appris à reconnaître les expéditeurs et à décoder l’objet de leur correspondance au logo sur l’enveloppe. Grosso modo : les factures, la banque, les services de l’Etat grâce à la Marianne et beaucoup de pub. C’est Dieu qui donne, c’est Leclerc et ses marques repères qui reprennent.

Quelques fois dans l’année, un faire-part de mariage se glisse dans le courrier. Si la perspective de partager un moment de bonheur avec les futurs mariés les enchante, l’effet de surprise à la réception de l’invitation est là aussi, souvent raté. Généralement la nouvelle a fuité des mois auparavant. La faute à l’excitation et à la fierté des parents des mariés ou à celle d’une conversation Whatsapp d’une relation de 3ème niveau de la famille. Force est de constater, qu’en terme de fake news et de mariage, les darons s’en sortent magistralement bien.

En avril 2020, ce sont 8 unions en moyenne par jour contre 518 en 2019

Selon l’Insee, la France n’a célébré en 2020 « que » 148 000 mariages civils soit 34% de moins qu’en 2019. En avril 2020, ce sont même 8 unions en moyenne par jour contre 518 en 2019. Le gros des cérémonies s’est tenu entre les deux confinements et on souhaite que la stratégie « grailler, danser, saper comme jamais » sourira davantage aux mariés et à leurs convives que le « tester, alerter, protéger » du gouvernement. A noter qu’à ce jour, légalement, les mariages civils peuvent avoir lieu sous réserve « d’un respect d’un protocole sanitaire et d’une organisation permettant de laisser libres deux sièges entre chaque personne ou entité familiale et de n’occuper qu’une rangée sur deux ».

L’optimisme oriental

Avec l’instauration du couvre-feu et la perspective d’éventuelles mesures sanitaires encore plus contraignantes, la tendance devrait se poursuivre. Plusieurs salons du mariage ont d’ores et déjà été annulés et certains couples qui avaient reporté leur union à cette année envisagent, de se séparer, à nouveau, de décaler à 2022. Il est vrai qu’à moins de braver les interdictions à la manière d’un.e teufeur.se rennais, les célébrations auraient davantage l’allure d’un goûter d’anniversaire que d’un mariage. Balancez à 17h00 « la pièce montée on va la démonter », je dois admettre que c’est moyen. Mais, il ne faut jamais sous-estimer l’optimisme oriental et à bien des égards fêter un mariage dans le contexte actuel présente des avantages non-négligeables. Laissez-vous convaincre.

Financièrement tout d’abord. Forcément, avec moins d’invités et en l’absence de réception du fait des contraintes sanitaires, le budget global est fortement réduit. Si vous y ajoutez le report du voyage de noces du fait des fermetures des frontières, c’est de belles économies de réalisées pour le couple. L’occasion pour eux ainsi de financer d’autres projets qui leur tiennent à cœur et, si ce n’est déjà pas le cas, de devenir membres du BB ou comment débuter la vie à deux de la plus belle des manières.

Fini les soirées de mariage à jouer à « qui est-ce ? »

A l’argument financier, s’ajoute celui tout aussi évident d’une célébration en QLF (« Que la Famille » ou « Que le Fric » selon les traditions). Là les convives sont triés sur le volet. La crème de la crème. Fini les soirées de mariage à jouer à « qui est-ce ? », à chercher le pedigree de chacun des invités et à subir le regard des autres car personne n’est à l’abri d’une faute de goût ou d’une faute tout court. Pressé par le couvre-feu, ce serait également l’occasion d’aller à l’essentiel. Au diable, l’interminable attente lors de la session shooting photo dans le parc communal et le cortège de voitures, trop dépendant des conditions de circulation. Les manifestations de joie, les drapeaux et autres signes d’appartenance séparatiste sont maintenus et fortement encouragés. A ce propos, je profite de ce billet pour exiger l’intégration d’un émoji « youyou » dans les bibliothèques d’icônes d’Androïd, d’Apple et Windows. Si cette suggestion vous parait farfelue, je vous rappelle qu’en France, on a proposé Zineb el Rhazoui comme prix Nobel de la paix.

Le mariage, un exutoire

Pour être honnête et au-delà des avantages cités plus haut, célébrer un mariage ou n’importe quelle festivité dans le contexte actuel, c’est surtout un prétexte pour assouvir un vrai besoin de lâcher prise après presque un an à vivre avec la pandémie. Les prochaines semaines ne s’annoncent pas radicalement différentes de celles que l’on a connu jusqu’à présent et pas besoin d’être psy pour ressentir un sentiment de lassitude généralisée. Mon choix s’est porté sur le mariage car il a le mérite de rassembler les générations et que nos aînés ont eux aussi besoin de se retrouver, renouer avec des moments de convivialité, se faire beaux et refaire le monde. Alors en attendant de pouvoir à nouveau de mouiller la chemise sur la piste de danse ou sous le poids de la amariya, il encore plus primordial de garder le lien avec les siens. Quant aux couples qui décident de s’unir malgré les restrictions, comme dit le dicton « Mariage sous couvre-feu, mariage heureux ».

Ahmed Ait Ben Daoud

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