Tout a débuté dans l’archipel des petites Antilles et plus précisément en Guadeloupe. La contestation des prix élevés de l’essence est l’événement déclencheur. Les pionniers de ce mouvement sont un collectif d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles appelé le LKP (« Collectif contre l’exploitation outrancière »). Ce regroupement a pour objectif de « construire une société neuve afin de sortir de la domination et l’exploitation des capitalistes et des colonialistes ». Il a connu un succès retentissant pour son engagement et ses revendications allant de l’éducation à la culture, en passant par l’emploi et l’arrêt de la profitation (terme créole qui désigne l’excès ou le monopole) : les malversations financières, l’abus de pouvoir des classes aisées, le non respect des lois, du code du travail et l’application de la justice.

Ces appels ont créé dans la Caraïbe et jusque dans l’océan Indien un même élan de protestation en raison de problèmes similaires. Le LKP n’est pas un groupe d’indépendantistes, il se définit comme « une organisation de masse à caractère révolutionnaire visant à l’unification des forces politiques, économiques et sociales. »

L’historien, Raymond Gama qui est également responsable et secrétaire des relations extérieures du LKP, explique que « depuis le 15 décembre 2010, nous sommes dans une phase de construction, de création et de poursuite de la revendication. L’Etat ignore le LKP comme structure devant porter des revendications, alors nous entreprenons de construire avec le peuple une nouvelle façon de prendre la responsabilité de l’avenir, de notre avenir. Nous parcourons le pays, de quartier en quartier et expliquons le sens de la nouvelle étape de notre combat. Donnez de la voix autour de vous, autour de tous les Guadeloupéens quelque soit l’endroit où ils se trouvent et nous vaincrons. Vive le LKP ! »

L’avis et le constat de l’après grève de la population des Antilles sont assez pessimistes. Didier, 25 ans, informaticien, raconte « ça devient plus critique, c’est  négatif, ça n’évolue pas, tu n’as pas vraiment de vie sociale. Tout ce que LKP a signé, on s’en préoccupe plus. Néanmoins, cela nous a soulagé d’en parler un peu ». En effet, le climat social ne semble pas s’être amélioré. Certaines personnes espèrent tout de même un changement. Jean, entrepreneur en bâtiment, « des employés ont eu un peu plus sur leurs salaires, ça a changé légèrement mais il ne faut pas se leurrer les gros restent les gros : Hayot [Groupe Bernard Hayot, présent dans la grande distribution et les concessionnaires automobiles] et consœurs ».

Dans une telle atmosphère, le passé colonial et esclavagiste ressurgit, il dévoile ses traces et ses séquelles. Comme les discours et les déclarations qui déferlent sur notre pays. Anne, fonctionnaire « Ce sont les Békés [à l’origine, blancs créoles descendants des colons] qui dirigent l’économie, ils verrouillent tout. Les fonctionnaires sont formés et très qualifiés mais pourtant ce sont les blancs métropolitains qui dirigent tout et c’est eux qui ont accès aux postes de direction, malheureusement nos jeunes ne travaillent pas ».

En Guadeloupe, en Martinique, à Mayotte et à la Réunion, les témoignages convergent que les gens soient agriculteurs ou femmes au foyer. Les accords qui devaient prendre effet après les grèves se sont envolés avec les alizés « Les choses n’ont pas abouti, ils veulent relancer la grève en mobilisant, mais rien n’a changé, les gens ne veulent pas revivre ça. Ils ont signé, ils ont baissé les prix mais ils sont remontés. Les prix augmentent toujours, les bonbonnes de gaz, l’essence également, les récoltes sucrières sont en péril. Il y a plein de choses qui se passent et qui ne sont pas réglées mais allez bloquer Carrefour et c’est l’hécatombe. Le prix des produits de première nécessité n’ont pas diminué ». « Les patrons profitent des subventions de l’Etat pour améliorer le fonctionnement de leur entreprise et ne créent pas d’emploi. Dans l’hôtellerie c’est la même chose, ils rénovent leurs hôtels mais n’embauchent pas. La population ne se sent plus concernée. Nous avons repris nos habitudes et la jeunesse paye les pots cassés. Vous savez la lutte contre l’exploitation a servi de modèle à pas mal de pays ».

L’Etat français n’a pas respecté ses engagements. Les prix continuent d’augmenter notamment le carburant. Une partie de la population ne souhaite plus vouloir manifester. Cependant, nous ne sommes pas face à un dénouement dramatique car ceux qui ont porté haut et fort les revendications ne baissent et ne baisseront pas les bras car « ils ont permis à des gens pendant la période de protestation de revenir à leur identité antillaise en retournant vers les lolos [épiceries locales], la culture de la terre, l’entraide, le partage ».

Julien Trésor

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