23h. Après un véritable parcours du combattant et quelques sueurs froides, j’atteins ma terre promise du jour : le tennis couvert du 42 avenue du général de Gaulle. Je paye ma cotisation de 10€ à l’entrée pour accéder à l’arène. Au programme : débats et animations culturelles, un grand écran est également de la partie pour suivre les résultats en direct. Plusieurs personnalités ont fait le déplacement : Jack Lang, Harlem désir, Claudy Siar, Yasmina Benguigui, pour ne citer qu’eux.

Le modérateur connaît mal ses invités, il bute sur chaque nom. Qu’importe le public est acquis à la cause. Le maire socialiste du lieu harangue la foule en rappelant toutes ses initiatives pour faire connaître les grandes figures de la « diversité » dans sa ville, depuis Martin Luther King jusqu’à Obama en passant par Césaire. Une fois la parole donnée au public, une question fuse tel un boomerang : « Que compte faire Parti socialiste pour faire émerger un Obama français ? »

02h. Les premières estimations tombent : à première vue Obama est mené. L’animateur rassure la salle, tout cela était prévu ! Il s’agit d’Etats traditionnellement républicains, pas de surprise, donc. Le public est anxieux, les yeux rivés sur le compteur, il attend comme un seul homme le rééquilibrage promis. Le show est organisé à l’américaine, la salle scande des « yes we can », des « alléluia ». La « nuit Obama » tient ses promesses…

03h. Deux cents grands électeurs estimés pour le candidat démocrate, la salle est en liesse. La Compagnie Créole qui lui a récemment dédié une chanson intitulée «O ! Oh ! Obama» ! entonne « C’est bon pour le moral » pour ouvrir le bal.

04h. Personne ne semble vouloir dormir, vacances de Toussaint obligent certains sont venus en famille, les jeunes sont nombreux et tous s’impatientent des résultats définitifs. L’Ohio est tombé aux mains des démocrates mais l’incertitude plane sur le reste des « swing states ». Chacun se sent proche de la victoire mais personne n’ose y croire. Plusieurs chaînes câblées retranscrivent la soirée de l’Haÿ, ce qui ne manque pas d’exciter le public à chaque passage en direct.

05h. Plus de café au bar, la salle semble endormie, l’animateur le comprend vite et tente de raviver la flamme lorsque… la femme assise à mes côtés bondit de joie en hurlant. Le reste du public a compris : Barack Hussein Obama est le 44e président des Etats-Unis d’Amérique. La réaction de ma voisine tombe comme un couperet : « Maintenant on nous [les Noirs] respectera un peu dans ce monde. » S’en suit un véritable moment d’hystérie collective, la France Black-Blanc-Beur recommence à s’embrasser ; certains allument un cierge en pour remercier cette « lumière qui est donné au monde » ; d’autres fondent en larmes sans pouvoir s’arrêter ; un homme agenouillé semble ne pas vouloir se relever ; l’animateur de la radio afro-antillaise « Tropiques FM » tente de s’exprimer, l’émotion est trop forte, la voix ne suit plus, les journalistes s’en donnent à cœur joie.

Séverine Chantalou

Crédit photo : Florian Guillot.

Séverine Chantalou

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