Voilà. Ça fait un mois que je suis en Inde. Un mois c’est court. Mais tellement intense. Chaque heure, chaque minute, du nouveau. Parcourir et découvrir. Rencontrer. Des gens, une culture. Explorer aussi. En sortant des sentiers battus bien sûr, mais aussi là haut, dans son esprit. Tristesse insoupçonnée, bonheur à en crever.

Un mois donc. Aussi largement le temps de se rendre compte que l’Inde offre deux visages. On ne peut pas nier l’existence d’une Inde pour touristes. Qui ne cache pas ses plaies pour autant. Et tout le monde semble y trouver son compte.

Visiteurs satisfaits : le sous continent, si atypique, dont on voit la pauvreté de manière éparse et qui donne l’impression de se dévoiler complètement. Indiens satisfaits aussi. Fiers de leur pays si coloré. Fiers de le montrer au monde. Enfin ce qu’ils veulent bien en montrer.

Alors oui, sans doute aucun, les mégalopoles comme Delhi ne peuvent qu’exposer leur apparence brute. Le touriste, à défaut d’être roi, n’est qu’un simple passant. Témoin privilégié d’une vie dont il n’est pas l’acteur. Mais ailleurs …

Manali. Petite ville de 5000 habitants, nichée au milieu des montagnes de l’Himachal Pradesh. Ici – comme dans de nombreuses autres communes indiennes, exode rural oblige- la ville est coupée en deux.

Old Manali d’abord. Havre de paix. Vieilles maisons de briques et échoppes « authentiques”. Il n y a pas à redire. C’est beau. Tout est orienté vers le tourisme. Réfléchi en ce sens. Et là encore, pas de doute, ça fonctionne. Les trois quarts des passants n’ont pas vraiment l’air d’autochtones.

New Manali. Changement de décor. Plus un touriste. La brique a cédé place à la tôle. Bidonville adossé à la montagne. La vie continue. Des petites filles jouent, une dizaine d’enfants étudient, un simple tapis en guise de salle de classe.

Dans cette partie de la ville, c’est auprès des Indiens que les vendeurs écoulent, un peu, leur marchandise. Mais tous sont surpris de me voir ici. Même les légions de hordes de chiens qui ont élu domicile sur le bitume aboient à mon passage – ce qui, pour qui me connaît n’est pas pour me rassurer. Je suis le bienvenu certes mais ici personne ne m’attend.

Et le scenario de se répéter. Encore et encore.

Je suis au Rajasthan maintenant. Pushkar précisément. Village touristique s’il en est. Lassé de la foule, je m’aventure sur la route qui quitte la ville.

Huit cent mètres tout au plus. Deux chaises en plastiques. Un homme qui prépare du chai (thé).Je m’assois, discute. La rengaine est la même. « What are you doing here? » Des occidentaux ? Pas ici. Chemin du retour. Un jeune, une dizaine d’années (de galère) au compteur, une boucle à chaque oreille et une dégaine de pirate, m’invite dans sa « maison ».C’est un gitan. La maison en question : une tente branlante, des vêtements usagés pour seul toit. Avec pour voisin dix habitations du même acabit.Ils n’ont presque rien – un peu de farine, une chèvre – mais me donnent tout.

Ils gardent le sourire aux lèvres. Ont le rire facile même. Pourtant, la misère leur a laissé le choix entre Lucifer et Belzébuth. Surtout en cette période de mousson.

S’il pleut, leur tente prend l’eau. Plus de toit. De presque rien à rien, il n’y a qu’une goutte. Mais s’il ne pleut pas, la sécheresse les empêchera de vendre le maïs qui leur rapporte les quelques rupees de la survie. Et tout cela se passe à quelques centaines de mètres du marché de Pushkar où les touristes défilent par centaines. Réalité cachée. Pourchassés. Les gitans me confient que la police est constamment à leurs trousses.

Pour eux demain, même objectif : rester en vie. Pour moi, c’en est fini. Il est temps de fermer ce carnet. Il me restera les souvenirs et les sentiments.

Un mois en Inde c’est court. Mais tellement intense.

A l’année prochaine.

Hugo Nazarenko-Sas, Inde

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