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L’Inde aime le cinéma. Passionnément. Dimanche soir. Il est un peu plus de 19 heures. Le jour se couche sur Jaipur, situé au nord de l’Inde. Le cinéma Raj Mandir, lui, se réveille seulement. Ici c’est une institution. Une fierté locale. C’est le plus grand du pays quand même. Au programme ce soir, une superproduction bolywoodienne – Ek Tha Tiger – attendue comme le messie par des centaines de millions d’Indiens.

La séance est pour 21h30. Mais déjà des centaines de personnes se massent devant les guichets chauffés à blanc. Hommes et femmes ont chacun leur file. Celle des hommes semble être régie par une règle simple : la loi du plus fort. On se bouscule, ça joue des coudes, près d’une heure et demi avant l’ouverture des guichets, Mais une chose est déjà sûre : tous n’auront pas  leur place.

Un premier ordre semble s’établir. Un homme, qui compte parmi les premiers dans la file, jouit de son statut. Il se dresse sur les balustrades et lance une vanne, visiblement a l’attention de ceux de derrière. Et la foule de s’esclaffer. Une partie du moins. Dans l’autre, les esprits commencent à s’échauffer, rendant l’atmosphère, déjà lourde, quasi irrespirable.

Les plus chanceux sont venus accompagnés. Mon voisin, qui doit avoir une quinzaine d’années tout au plus, me présente sa femme avec une certaine émotion. Grace à elle, il aura une place. Ce a quoi chacun ici aspire. Du coup, bouillonnement perpétuel. Et plus encore. Deux énormes tracteurs ( !?) viennent fendre la foule, pressant les candidats aux billets contre les barrières, jusqu’à plus d’air. Un policier arrive. C’est lui qui vient inscrire le nombre de places disponibles sur le tableau – on ne s’étonne plus de rien maintenant. La mèche s’allume. Tout un chacun hurle, pousse. Le policier joue du bâton.

21 heures. Les guichets ouvrent. Les mal placés souffrent. Ceux qui ont leur ticket en poche soufflent. Ils vont pouvoir reprendre le leur pendant quelques minutes. Après il faudra redonner du sien. Très vite en fait. Tous sont installes maintenant. L’énorme écran s’allume et inonde de lumière l’immense salle – on doit être plus de cinq cent là dedans.

Salman Khan apparaît. Mon ignorance quant à la notion d’icône disparait. Chacun y va de son cri, bat des mains et cogne son siège. Brouhaha monstre. Pourtant, monsieur Khan n’est pas dans la salle. Juste sur l’écran. Un peu plus tard, revoilà notre héros, en pleine séance de séduction. Un homme se lève et braille quelque chose en Hindi. Au vu de l’enthousiasme de la salle, ça doit se rapprocher de près ou de loin d’un vibrant  » Pécho laaaaaaaaa ».

A chaque prouesse du dieu Khan, on n’entend plus rien.  Heureusement, les dialogues ne sont pas le principal point fort du héros. Ça donne deux heures et demi à plein régime.

Il est minuit. Devant le cinéma, les possesseurs de motos roulent des mécaniques et font vrombir leurs moteurs. Ceci explique cela. Dans la scène finale, Salman Khan parvient à échapper à ses ennemis … à moto.

Hugo Nazarenko-Sas, Jaipur ( Rajasthan)

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