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Il est presque 7h30 ce mercredi matin à Shanghai, et en attendant l’ouverture de la salle du petit déjeuner, je parle à Ketty, la fille de la réception. Elle était de garde toute la nuit et va bientôt pouvoir aller dormir. Pendant son service nocturne, elle a le droit de dormir, mais me dis qu’elle est restée éveillée. Je lui demande donc : « Qu’est-ce que t’as fait alors ? » Ketty m’explique qu’elle était sur Internet, qu’elle a regardé des informations sur le séisme et qu’elle s’est mise à pleurer toute seule une bonne partie de la nuit.

Elle ne connaît personne vivant dans le Sichuan, la région ravagée, mais se sent plus que concernée par les événements. J’ai demandé à tous les employés de l’hôtel s’ils avaient des proches parmi les victimes du séisme, aucun n’en a mais, comme Ketty, ils sont bouleversés et ne parlent que de ça.

Je me suis promené dans Shanghai pendant les trois jours de deuil national. Il y avait beaucoup moins de monde que d’habitude dans les rues, sauf aux endroits touristiques. De nombreux marchands ambulants se sont mis à vendre des drapeaux, des tee-shirts, des autocollants à l’effigie de la Chine, arguant que l’argent ira dans les caisses d’aides aux victimes. Certains parmi ces marchands ont l’air sérieux, d’autre moins, surtout lorsqu’ils proposent en même temps à la vente des produits dérivés des JO. Bien difficile de reconnaître les vrais des faux vendeurs humanitaires. On se croirait aux abords d’un match de foot !

Coïncidence, la flamme olympique devait justement passer à Shanghai les 20 et 21 mai, elle aussi s’est arrêtée trois jours. Dans le parc de People Square l’estrade aménagée pour accueillir la flamme est restée intacte, le plastique recouvre encore les marches en moquette rouge et les Shanghaïens passent devant, déçus qu’une partie du rêve soit devenu un cauchemar. Dans le parc juste à coté, qui est habituellement bien rempli, il n’y avait pas grand monde. Les quelques manèges et jeux pour enfants étaient fermés mais les adeptes des jeux de cartes sont présents à leurs tables.

Et le Zapatas, cette boîte de nuit, repère pour les expatriés, fermée aussi ? Je suis allé jeter un coup d’oeil sur place. Le Zapatas était certes ouvert, mais on n’y passait pas de musique ce soir-là. Les gens sont venus uniquement pour discuter. La musique, qu’on n’a plus entendue depuis le début du deuil. Je m’en suis rendu compte au bar de l’auberge qui d’habitude diffuse toujours du son. Je croyais au début qu’il s’agissait d’un oubli. Je me suis permis d’allumer la sono. La fille du bar accourt, m’expliquant que c’est fait exprès : « Pas de musique pendant les trois jours ! »

A l’auberge, les boîtes qui accueillent les dons pour les victimes du tremblement de terre se remplissent. Je le constate lorsque je les prends en main et les secoue. Lorsque quelqu’un met une pièce ou un billet dans celle posée à la réception, l’employé joint ses deux mains et fait un hochement de tête pour remercier le donateur. Touché par le comportement des employés, je leur ai acheté des petits autocollants du drapeau de la Chine en forme de cœur, et je leur en ai collé un à chacun au niveau de la poitrine. Ils ont été très contents du geste.

Les trois jours de deuil sont à présent terminés, la musique va revenir, toutes les boutiques vont rouvrir et Shanghai va reprendre une vie normale.

Chou Sin, Shanghai

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Chou Sin –

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