TOUR D’EUROPE 2014. Quatrième du voyage d’Anne-Cécile sur les routes d’Europe, Vienne, Autriche. Déambulations dans la capitale, côté carte postale et sur les grandes artères. Retrouvez le road-trip de nos blogueurs sur notre page spéciale.

Au départ de Bratislava, toujours sous la pluie, les grandes plaines vertes de la région sont plongées dans l’ombre. A ma droite, une multitude d’éoliennes se dressent les unes à côté des autres et le vent s’est levé pour de bon. A peine une heure de bus suffit pour rejoindre Vienne. Dans la capitale autrichienne, les rues sont plus grandes, plus froides, plus imposantes. Comme un retour à Budapest.

Mon hôte Johanness, 24 ans, étudiant en langues, me raconte « l’autre Vienne ». « Oui bien sûr, à première vue la ville paraît froide et l’ambiance un peu impersonnelle parce que tu vois des mamies marcher avec leur fourrure » me dit-il en rigolant. « Mais il y a une deuxième Vienne, sûrement le Vienne des plus jeunes, pleine d’énergie dans laquelle on garde cet esprit d’auto-dérision. » Il me raconte aussi son quartier, situé entre Favoriten et Meidling dans le 12e arrondissement : « pour moi c’est une ville à l’intérieur d’une ville, avec son propre centre, son quartier business, son propre réseau de transports. La mentalité est aussi un peu particulière ici. Les immigrés autour dans le quartier ont voté massivement pour FPÖ [le parti nationaliste autrichien, ndlr]. Ils ont été intégrés ici mais ils ne veulent pas que d’autres s’intègrent à leur tour, je ne trouve pas ça très normal et ça me choque un peu. »

20140518_16233820140518_162338L’Autriche est fière. Elle a été la grande gagnante de l’Eurovision, représentée par Conchita Wurst. « Je pense que c’est tout un symbole d’ouverture pour l’Autriche, on n’est pas forcément très réceptifs ici, et Conchita Wurst va peut-être pouvoir changer un peu les mentalités », dit Laura, 21 ans. Une chose est sûre, la personnalité est fascinante et le nom de Conchita Wurst se lit sur toutes les lèvres, chez les plus jeunes comme chez les plus âgés. « Même si évidemment, les partis de droite en ont profité pour ressortir les mêmes rengaines après l’Eurovision », déplore Laura.

Doux îlot de prospérité

La capitale de la musique est bien desservie. Un peu partout, des indications « Einbahn » pour situer les trams. Au fil des arrêts direction Stefan-Fadinger-Platz, près de la gare, des affiches se succèdent. « Ich werde wieder sehen » [Je vais voir à nouveau] dit une petite fille qui pose dans la savane. Et pour qu’elle puisse voir de nouveau, la photo s’accompagne d’un appel au don. Plus loin, une autre petite fille aux yeux bleus vif nous implore, « mon cœur a été ouvert trop souvent, ouvrez le vôtre ». Ici, les problèmes ne sont pas les mêmes. Chômage des jeunes au plus bas, revenu par tête élevé. Un îlot de croissance dans une Europe en crise.

Les touristes chinois s’amassent autour de la cathédrale en écoutant religieusement les explications du guide, un parapluie orange vif brandi au dessus de lui. Deux jeunes grimpent sur un muret et tentent de capturer l’instant magique en compagnie d’une statue d’art moderne aux influences douteuses, façon Jeff Koons. Les préoccupations ne sont pas les mêmes. Mille visages de l’Union européenne, doucement longée par un même fleuve.

20140518_163141Stephanplatz, dans le premier arrondissement, en fin d’après-midi. Rituel dans la capitale, des attelages de chevaux assaillis par les touristes s’arrêtent devant la cathédrale Saint-Stephan. Les sabots claquent sur le pavé au gré du vent, le soleil réchauffe doucement les murs ternis de la bâtisse centrale de style gothique. On retrouve aussi dans les grandes rues, de nombreux attelages avançant tranquillement entre les BMW.

Je rencontre Christian Stocker, 28 ans, contrebassiste venu s’installer dans la capitale il y a plusieurs années. Il fait partie de trois groupes de musique différents, dont Kinky Natalie. Avec ses groupes, ils organisent des concerts dans les bars. « On est souvent dans les rues Lerchenfelder et Döblinger Gürtel » précise-t-il. Ces rues font partie du Vienne plus populaire.

« C’est difficile de trouver un boulot dans la musique ici. C’est la ville par excellence, culturellement, mais il faut trouver sa place et ça  n’est pas donné à tout le monde. Le pays qui me fait rêver c’est l’Italie. En Europe, on a une culture musicale et notamment classique énorme. » Debussy, Vivaldi sont les compositeurs qu’il cite spontanément en guise de modèles de réussite à l’européenne. « Pour moi, l’Europe c’est une rencontre culturelle énorme et je suis fier d’en faire partie, alors bien sûr que j’irai voter. »

En remontant le Danube, j’aperçois des dizaines d’affiches du parti libéral NEOS. « Erasmus für alle » [Erasmus pour tous]. Interpellé, un jeune me répondra, une cigarette à la main et une casquette vissée sur la tête : « mais pour moi l’Europe, c’est surtout un enrichissement culturel, à part ça on n’aurait pas besoin de l’Europe ici ! »

Anne-Cécile Demulsant

 

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