Une tête bien pleine et bien faite. L’actrice et danseuse Amira Chebli, une vingtaine d’années et un diplôme de beaux-arts en poche, a pris les destinées de sa jeune carrière. Elle mène un projet de fusion entre danse contemporaine et danse orientale, joue dans deux longs-métrages et deux courts-métrages. Durant ses études, elle siégeait au conseil scientifique de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET). Une assemblée considérée depuis Bourguiba comme opposition officielle.

« Le statut d’étudiant nous permettait de faire ce qui nous était interdit, comme l’écriture d’articles par exemple, raconte-t-elle. Par ce biais, on s’était créé tout un système d’opposition underground. Avec notre groupe et d’autres jeunes actifs sur Internet nous avons pris le rôle du journaliste. Aujourd’hui, ces internautes sont une source d’information plus crédible aux yeux des citoyens que les journalistes eux-mêmes. »

Plus engagée que jamais, elle a du mal à réaliser la victoire du peuple sur la dictature incarnée par Ben Ali mais reste lucide : le nouvel édifice est fragile. « Tout reste à faire, maintenant il faut qu’on arrête toutes ces manifs et qu’on reprenne notre pays en main. Quand tu es étouffé, le premier cri est efficace, tous les autres cris te font perdre la voix », dit Amira à propos des fréquents rassemblements dans les rues depuis la chute du régime. « Je pense qu’il faut trouver d’autres moyens de pression innovants et efficaces. Mais bon on ne peut pas reprocher aux manifestants cette réaction, quand on a été opprimé et réprimé tant de temps, on ne peut pas arriver à une forme politique satisfaisante du jour au lendemain. »

Texte et vidéos : Widad Kefti (Tunis)

« Il faut faire la différence entre le rêve et l’illusion »

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« Les islamistes ont toujours été un prétexte servant d’autres intérêts »

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