L’indignation sénégalaise a un nom, une date : Mouvement du 23 juin. Pourquoi le 23 juin ? Ce mouvement fait suite à un projet de loi constitutionnel instituant le vice-président. Il pourrait remplacer le Président en cours de mandat. Pour Babacar Gaye, Professeur en droit constitutionnel contacté par RFI à cette période : « Si Wade est élu, avec son âge, il ne restera pas sept ans au pouvoir et il désignera son vice-président ». Et pourquoi pas son fils Karim, déjà super ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Énergie.

Opposition, société civile et mouvements citoyens se rassemblent alors sous le Mouvement du 23 juin (M23). Leur combat : invalider la candidature de Wade. Ils accusent celui qui a instauré la limite à deux mandats, d’avoir malicieusement jonglé avec la Constitution pour en faire trois.

Paris, direction le Consulat. Je pars à la rencontre de « sénégaulois ». A l’angle de la rue Hamelin, j’aperçois des mains jaillirent d’une foule désorganisée. J’accélère et comprends : la salle d’attente est dans la rue. Ils viennent chercher passeport, carte d’identité et surtout le sésame pour le scrutin du 26 février. En face, une poignée d’hommes. Les menaces fusent : « Il n’y aura pas d’élection s’il ne se retire pas. WADE DEGAGE ! ».

Le DEGAGE des révolutions arabes résonne sur le nez de l’Afrique : le printemps sénégalais a commencé. Mohamed, doctorant en sociologie, est en contact permanent avec le pays : « La manifestation du 31 janvier Place de l’Obélisque se voulait pacifique. Sauf qu’à la fin, un petit groupe a décidé d’avancer vers le palais présidentiel ».

La foule est enrôlée. Jet de pierres sur la police. Réponse : lacrymo. Un camion fou heurte la foule : mort d’un étudiant. La mobilisation peut surprendre quand on regarde les résultats de la réélection de Wade en 2007 : 55.90% des suffrages dès le premier tour, selon le Conseil constitutionnel. Pourquoi ne pas laisser parler les urnes ? « En 2007,  j’étais sur place. Pas de liesse populaire à sa victoire. On ne sait pas qui a voté pour ce vieillard » me rapporte Mohamed.

Je croise ensuite Khalifa, 29 ans, membre du M23 à Paris. « J’étais présent à l’occupation du consulat ce 31 janvier, pour soutenir pacifiquement mes compatriotes. Le portrait de Wade fut symboliquement arraché. Le gardien de la constitution qui viole la constitution n’est plus notre président ».

Je retrouve ensuite Mady, 37 ans, journaliste, bassiste et barman. Pour la franco-sénégalaise que je suis, c’est un peu mon livre d’Histoire de l’Afrique. Dans un café de Ménilmontant, les tubes de Mickael Jackson électrisent notre échange. Il n’est pas acteur de la révolte. Les nouvelles de Paris lui proviennent du Sénégal. « Il faut que tout se décide du Sénégal. Que les jeunes se battent pour leur carte d’électeur. Que tout se passe dans les urnes. Mais n’oublions pas la Côte d’Ivoire où le Conseil constitutionnel a validé la victoire de Gbagbo ».

Il poursuit sur l’image de stabilité qui émane du Sénégal : « ce n’est pas un véritable modèle démocratique. C’est une des premières démocraties africaines et elle n’a connu que trois présidents depuis son indépendance en 1960. Y’en a marre ! Il n’y a jamais vraiment eu d’alternance. La plupart des acteurs politiques sont issus de ce vieux parti socialiste ».

Pendant ce temps-là à Dakar, les Sénégalais pleurent la 4ème victime : Mamadou Diop, l’étudiant écrasé par le camion « dragon fou ». On l’appelle déjà « notre Mohamed Bouazizi »

Rouguyata Sall

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