La situation devient de plus en plus grave et angoissante pour la population sénégalaise alors que, clairement, le gouvernement ne met pas en œuvre les mesures nécessaires pour venir en aide à sa population. À l’échelle nationale, la pandémie due au coronavirus a fait au moins 177 morts, selon le bilan établi par l’Agence de presse sénégalaise (APS) à partir de sources gouvernementales, ce mercredi 22 juillet. La capitale et sa banlieue sont désormais les zones les plus touchées dans le pays mais les milliers et milliers de foyers dans le territoire qui n’ont pas accès à l’eau sont aussi directement menacés.

La situation est invivable selon Ndeye Binta, qui vit à Parcelle Assainie unité 2 depuis plus de 3 ans : « C’est vraiment infernal ce que nous vivons. Depuis quelques semaines, je me réveille à 2h du matin chaque jour pour espérer avoir l’eau qui coule du robinet, remplir au moins trois seaux de 20 litres et pouvoir faire le ménage, laver le linge et cuisiner ».

Dans ce quartier, l’eau n’a jamais coulé à flot. Mais, avec la crise, la situation a empiré. « Avant on pouvait aller dans les quartiers voisins pour chercher de l’eau. Mais avec la crise je dois limiter les échanges avec les gens donc je ne me vois pas débarquer chez eux », ajoute Ndeye Binta.

De quoi amplifier son stress. « Moi, je vais à la pompe à eau traditionnelle installée à l’entrée du quartier. Cela me prend des heures parce que la pression est basse et il y a toujours de la queue à faire, et puis cette eau est de mauvais qualité et souvent insuffisante pour les besoins : boire, faire à manger, se laver, nettoyer l’ensemble de la famille. Je rajoute souvent de l’eau de javel pour la désinfecter et pouvoir l’utiliser », explique Aminata Touré, une habitante du même quartier.

Comment respecter les gestes barrière dans ces conditions ?

Au Sénégal, les pénuries d’eau sont devenues fréquentes à Dakar et sa banlieue : Grand Yoff, Ouakam, Cité Avion, Parcelles Assainies, Yeumbeul ou Thiaroye. Ces derniers jours, les robinets ne coulent plus. Comment respecter les strictes mesures d’hygiène préconisées en période d’épidémie quand on n’a même pas de quoi boire ? Actuellement, la situation est devenue problématique avec les grosses chaleurs qui ont débuté il y a quelques semaines et à quelques jours de la fête de l’Aïd el-Kebir.

Chaque jour des camions citernes sillonnent les rues de la capitale et ses environs, générant de longues files d’attente d’usagers en colère, particulièrement dangereuses en plein période de pandémie. Loin des gestes barrières, on constate des scènes de bousculade pour pouvoir remplir les bassines, les seaux ou même parfois quelques bouteilles. Ces images ont fait le tour du monde grâce aux réseaux sociaux. Tout cela permet de voir l’exaspération et la vulnérabilité des populations soumises à cette épreuve.

La nouvelle société Sen’eau du groupe français Suez qui a repris la gestion de l’eau est mise en cause. De son côté, elle assure avoir pris des mesures pour un retour à la normale. Mais l’attente vaine de ce retour souvent promis est en train de prendre une tournure sociale et politique. Dans certains quartiers, on constate des actions des populations qui manifestent leur mécontentement en barrant les routes et en brûlant des pneus.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

Les personnes auxquelles j’ai parlé au téléphone répètent obsessionnellement leur épuisement. Pour eux, ces coupures sont le fruit d’une mauvaise gestion de l’hydraulique depuis des années, la même que celle qui sévit aussi dans d’autres secteurs. Elles considèrent la situation comme une injustice, car les factures deviennent de plus en plus chères.

Elles redisent leur soif et leur faim pendant que ceux qui sont censés les gouverner se rendent coupables de détournement des fonds public, sur fonds de scandale à coups de milliards de francs CFA. Pour eux, l’État a failli dans son rôle de bonne gouvernance et n’arrive pas à satisfaire les priorités élémentaires de la population.

Pour en finir, on peut considérer que cette énième pénurie est une goutte d’eau qui fait déborder le vase car la liste des problèmes sociaux économiques qui assaillent la population est longue. Le taux de chômage est de 15,7%, et d’après les chiffres 2017 de l’agence de la statistique, le taux de chômage des titulaires d’un bac+2 est supérieur à 27%. A l’approche de l’hivernage, la question qui taraude l’esprit des agriculteurs est de savoir comment assurer leur production. La saison des pluies commence à faire des dégâts dans les hôpitaux mais aussi dans les habitations. Tout cela affecte encore un peu plus le moral de Sénégalais déjà bien éprouvés.

Kab NIANG

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