Les Hispaniques ne sont pas dupes. Ils savent que l’une des dernières sorties du président est un appel à leur mobilisation pour le scrutin de 2012. Déjà, en 2008, 70 % d’entre eux avaient voté pour le candidat démocrate, séduits par sa figure et ses prises de position en faveur de l’immigration. A la mi-juin, l’administration Obama a donc décidé d’accorder un sursis de deux ans à plus de 800 000 jeunes en situation irrégulière, diplômés ou scolarisés, arrivés aux États-Unis avant leurs 16 ans et n’ayant aucun antécédent judiciaire. Quelques jours plus tard, le président Obama publiait une tribune dans le magazine américain Time justifiant sa décision et misant sur l’esprit des États-Unis, « un pays où la Statue de la Liberté a été construite le visage tourné vers le monde ».

« Cette décision est clairement un appel du pied aux électeurs hispaniques. En 2008, beaucoup de mes amis latinos ont voté pour lui parce qu’il avait soutenu le Dream Act. Mais en trois ans de mandat, Obama n’a pas beaucoup avancé sur ce sujet , analyse Francisco Castro Junior, un étudiant d’origine mexicaine à l’université d’Austin. Les Latinos ont été déçus et le président commençait à perdre le soutien de beaucoup d’entre nous ».

Pas beaucoup avancé ? C’est un euphémisme. Initié il y a plus de 10 ans, le Dream Act est toujours en sommeil alors même que le candidat Obama en avait fait un de ses axes de campagne en 2008. Ce projet de loi propose de régulariser toutes les personnes arrivées jeunes aux États-Unis, ayant suivi des études sur le sol américain ou s’étant engagées dans l’US Army. En décembre 2010, il manquait 5 voix pour que le projet soit adopté par le Congrès. Cinq démocrates avaient voté contre.

Pablo Perez, un manager d’hôtel d’origine mexicaine qui vote démocrate, est dubitatif quant à la stratégie adoptée : « Obama devrait plutôt se concentrer sur le vote de la classe moyenne et des électeurs plus âgés qui le regardent avec suspicion. Les Américains d’origine immigrée et les jeunes lui sont déjà acquis », estime-t-il. Et de considérer qu’Obama fait fausse route sur la croyance en un vote latino homogène : « Les Latinos ne sont pas une masse de potentiels électeurs qui voteraient tous de la même façon. Il y a tout un tas de nationalités,  des Cubains, des Mexicains, des Porto-Ricains par exemple qui ont des comportements politiques différents ».

Une mesure qui n’est pas susceptible de faire tant bouger les lignes, explique Regina Lawrence, professeur de sciences politiques à l’Université du Texas : « Peu d’électeurs hispaniques sont inscrits sur les listes électorales, et seuls 50% d’entre eux votent. Pas sûr que cette seule mesure les convainc à aller s’enregistrer, encore moins à aller voter ».

Si le vote hispanique est plus ou moins acquis à la cause des Démocrates, les dernières intentions de vote mesurées avant le décret montrent une perte de vitesse du candidat Obama chez l’électorat hispanique. Un sondage du Pew Hispanic Center de décembre 2011 affichait un taux de satisfaction de seulement 49% des Hispaniques à l’égard du président sortant, la plus nette baisse enregistrée au sein d’une communauté. Un chiffre qui s’explique, en partie, par la politique d’immigration durant son mandat. Obama est le président américain qui a le plus expulsé d’immigrés : plus d’un million d’entre eux ont été reconduits à la frontière depuis son élection, soit 30 % de plus que lors du second mandat de Bush. Un record et une mauvaise image pour un candidat démocrate. Reste que selon ce même sondage, 68% des Hispaniques le préfèrent au candidat républicain Mitt Romney.

A quatre mois de l’élection présidentielle, Outre-Atlantique, le décret pris par Obama fait rage. Les Républicains l’accusent de piétiner le Congrès. Ses opposants lui reprochent également de faire diversion pour faire oublier ce qu’ils considèrent être un mauvais bilan économique. Mais la décision d’Obama oblige surtout les Républicains à se positionner sur les questions d’immigration. Mitt Romney a ainsi refusé de dire s’il supprimerait le décret en cas d’élection. En campagne électorale, mieux vaut ne pas trop en dire… quitte à prendre le risque de passer pour flou.

Nassira El Moaddem (Austin, Texas)

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Aux États-Unis, les jeunes sont de retour au bercail

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