Barack Obama affrontera à partir de janvier prochain Hillary Clinton lors de primaires qui désigneront le futur candidat démocrate à la présidentielle américaine de novembre 2008. François Durpaire, directeur de l’Institut des diasporas noires, agrégé et professeur d’histoire à Paris I, publie aux éditions Démopolis « L’Amérique de Barack Obama ». Un livre où il nous présente ce candidat hors normes, sénateur de l’Illinois, considéré comme le nouveau Kennedy qui a su, en à peine quatre ans, devenir l’un des favoris de l’élection la plus importante du monde. Interview.

Qui est Barack Obama ?

C’est un jeune homme politique de 47 ans. C’est le troisième Noir depuis la reconstruction à avoir été élu sénateur à la chambre haute. C’est un avocat qui a fait deux des plus prestigieuses universités du pays, Columbia et Harvard. Il est né d’un père kenyan, étudiant, et d’une mère blanche, originaire du Kansas. Sa mère s’est remariée avec un Indonésien et Barack Obama a grandi jusqu’à l’age de 10 ans en Indonésie. A son retour aux États-Unis, il est avant tout considéré comme un Noir et commence à se poser des questions sur son identité. Il ira chercher des réponses dans son engagement social et politique. A sa sortie de Columbia, il s’engage dans le réseau des églises afro-américaines de Chicago pour travailler dans les quartiers du Southside à majorité noire. C’est à ce moment qu’il découvre l’engagement politique.

Est-ce qu’un candidat noir dont le père est d’origine kényane, qui a grandi en Indonésie, peut envisager sérieusement d’être élu président des États-Unis ?

C’est ce que je résume dans la phrase : « Est ce que l’homme qui symbolise l’Amérique de demain peut être élu par l’Amérique d’aujourd’hui ? » Il est évident que pour l’Amérique profonde Obama a un triple handicap. Il s’appelle Barack, ça rime avec Irak, son deuxième prénom est Hussein et les républicains insistent là-dessus; enfin, Obama, pour les Américains ça ressemble à Oussama. Ce n’est pas de la haute politique, mais symboliquement, cela rappelle qu’il a une famille paternelle musulmane. Cela dit, au moment de son élection au sénat il y a trois ans, il gagne certes dans les quartiers noirs de Chicago, mais il gagne surtout dans le sud de l’Etat de l’Illinois, où on trouve une grande majorité de fermiers blancs. Obama fait le lien entre les deux, il parle à la communauté noire mais aussi à tous les Américains.

L’ « électorat noir », comme vous le désignez dans votre livre, lui est-il acquis ?

L’électorat noir n’est pas gagné d’emblée, la société américaine n’est pas si communautariste qu’on le pense et un Noir ne va pas voter pour un candidat sous prétexte que son taux de mélanine fait de lui un Noir. D’abord, pour les primaires démocrates, les Clinton ont aussi un réseau très rodé chez les élites afro-américaines. Second point, Barack Obama est métis. Aux États-Unis, il y a des sortes d’« acquis raciaux ». Les Noirs ont conquis des droits et certains peuvent considérer le métissage comme une dilution de leurs droits. Troisièmement, Obama est un fils d’immigrant africain et n’est pas comme la grande majorité des Noirs américains un descendant d’esclave. Cependant, il a réussi à force d’argumentation à retourner la tendance et est devenu le candidat favori des Afro-Américains.

Obama est-il considéré comme le meilleur candidat pour battre les républicains ?

L’Amérique réserve des surprises extraordinaires. On pourrait dire qu’Obama a déjà perdu les primaires, mais on avait déjà dit cela avant son élection au sénat. Il a écrasé tous les autres candidats lors de son investiture et a gagné facilement face aux républicains. Derrière son sourire, son regard franc, Obama est un politique redoutable, il a montré une habileté pour retourner à son avantage les coups que ses adversaires lui portaient.

Pensez-vous qu’il soit possible de voir en France des personnes issues de l’immigration accéder, comme Obama, aux plus hautes fonctions de l’État ?

Si vous voulez me demander s’il est possible aujourd’hui qu’un enfant de Sénégalais puisse accéder aux portes de l’Élysée, sérieusement non. La réponse est non ! En France, on est capable de nommer des gens comme Rachida Dati, à des postes importants mais il y une différence entre être nommé et être élu. Obama, lui, ne doit rien à une nomination. Il a gagné des élections. Sénateur de l’Etat de l’Illinois, d’abord, puis au sénateur des États-Unis. Cela montre qu’il n’y a pas que l’Amérique de Bush. L’Illinois, à large majorité blanche, a élu un sénateur noir. Il faut que les Français se rendent compte que toutes les grandes villes américaines, Washington, Los Angeles, Chicago, ont eu des maires noirs. Ni Lyon, ni Paris, ni Bordeaux n’ont eu de maire noir. En France, il n’y a eu qu’un cas et c’était une toute petite commune de Bretagne.

Les Etats Unis n’ont pas une bonne image dans les quartiers en France, encore moins depuis le début de la guerre en Irak. Pensez-vous que Barack Obama, s’il est élu, pourrait réconcilier les jeunes de ces quartiers avec l’Amérique ?

Obama est issu d’une famille plutôt modeste. Une partie de sa famille est musulmane (ndlr : ses demis-frères et sœurs africains). Il peut marquer une réconciliation de l’Amérique avec les pays musulmans. Il a une vraie connaissance des problèmes des pays du Sud. Il a grandi en Indonésie jusqu’à l’age de 10 ans. Il a de vrais liens avec le Kenya où il va souvent voir sa famille paternelle. Il n’a pas une vision extérieure des problèmes de l’immigration puisqu’il est lui-même fils d’immigré.

Rama Yade dans votre livre dit qu’Obama représente le rêve américain, non pas celui qui rend possible la réussite économique mais celui qui permet l’accès aux plus hautes fonctions à une personne issue des minorités. Pensez vous qu’Obama puisse être un modèle pour le minorités visibles en France ?

Dans ses mémoires, Obama assume son rôle de modèle. Il raconte son enfance, ses origines plutôt populaires. Il a fini de rembourser ses emprunts d’étudiant il y a seulement quatre ans. En France, les quatre principaux candidats à la présidentielle payaient l’ISF ! Ce qu’il veut montrer, c’est qu’il est possible de réussir en politique quand on vient d’un milieu populaire. Il ne dit pas que c’est facile, il dit que le système américain le permet. Pour l’instant, en France, on ne sait pas si quelqu’un qui ne paie pas l’ISF est capable de gagner l’élection présidentielle.

Propos recueillis par Mohamed Hamidi

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