« Everybody wanna be like you… » Comprenez : « Tout le monde veut être comme toi… » C’est sur ces notes de Kirk Franklin, célèbre chanteur de gospel outre-Atlantique, que s’ouvre le documentaire. Et pour cause : en l’espace d’une décennie, Michelle Obama aura totalement révolutionné le rôle de première dame des Etats-Unis.

Le style feutré et toute en retenu d’une Jackie Kennedy ou d’une Nancy Regan ont laissé place à celle qui manipule astucieusement les réseaux sociaux et n’hésite pas à s’afficher sur les plateaux de télé américains en dansant sur du Beyonce ou en charriant son président de mari. C’est ce que démontre avec succès « Becoming », le nouveau documentaire de Netflix. Sorti le 6 mai dernier, le film de Nadia Hallgren raconte la tournée de promotion du livre éponyme de Michelle Obama, sorti fin 2018.

Pour comprendre pourquoi la First Lady ne laisse personne indifférente, le documentaire nous ramène à l’époque où elle était encore Michelle Robinson. A travers le témoignage de son grand frère Craig et de sa mère, Michelle Obama raconte son enfance : « Je viens du sud de Chicago, cela en dit long sur moi… », glisse-t-elle. Et pour cause, le sud de la ville et ses quartiers afro-américains sont réputés pour leur fort taux de criminalité et de pauvreté.

Un cursus académique de haut-niveau

Les Robinson eux, sont modestes : le père travaille à l’usine tandis que la mère est secrétaire en magasin. Les parents ont eu pour leur enfant énormément d’ambition comme le raconte son frère, ce qui la poussera à exceller dans tout ce qu’elle entreprendra. Elève brillante Michelle rêve d’intégrer la prestigieuse fac de Princeton pour y étudier le droit, elle racontera au cours d’une conférence : « J’étais déléguée de ma classe en terminale. Ma conseillère d’orientation a décidé que mon souhait d’aller à Princeton était trop ambitieux. Je visais trop haut et à ce moment-là, elle m’a dit ‘Je ne pense pas que tu aies le profil pour Princeton’. »

On connaît la suite : Michelle intègre finalement Princeton dont elle sort diplômée sans grande difficulté. En revenant dans son ancien lycée, le proviseur lui dit même en plaisantant : « La conseillère d’orientation ne travaille plus ici, rassurez-vous ! » Ce à quoi elle rétorque : « J’espère bien qu’elle n’est plus ici, j’espère pour vos élèves qu’elle n’est plus là ».

Michelle aborde également ses premières années auprès de Barack et sa maternité : « Lorsque mes filles sont venues au monde, j’ai dû revoir mes aspirations à la baisse et me consacrer entièrement à Sasha et Malia. ». Les intervenants sont nombreux : de sa directrice de cabinet à son mari en passant par son chef de sécurité, tous nous en apprennent un peu plus sur cette femme charismatique.

La question raciale est là mais quid des violences policières ?

Au cours du documentaire, la question raciale n’est pas éludée. Bien au contraire : tout montre à quel point le racisme l’aura poursuivi toute sa vie. Une fois à la fac, elle s’offusque de servir de porte-étendard visant à montrer les bienfaits de la discrimination positive opérée dans tout le pays. Elle raconte également : « Lorsque je suis rentrée de cours j’ai appris que ma colocataire avait démangé. Sa mère ne voulait pas qu’elle partage sa chambre avec une noire, elle avait peur pour elle. »

Le documentaire raconte aussi la violence des critiques subies depuis que son mari est au premier plan, dès la campagne présidentielle de 2008. On la compare à une « Black Panther », on la dit froide, hautaine… Et Michelle Obama raconte, avec le recul, comment elle a perçu ces critiques et cette surexposition médiatique.

Des stades remplis pour accueillir la First Lady

On peut regretter que le documentaire n’évoque que très les violences policières subis par les Afro-Américains, tant elles ont marqué et terni la présidence Obama. Michelle cite bien les victimes emblématiques (Eric Garner, Trayvon Martin, Michael Brown) mais ne donne pas son ressenti sur la question.

A l’arrivée, « Becoming » est un joli documentaire qui redonne de l’espoir dans l’Amérique de Trump. Le film cherche à toucher la jeunesse avec son autobiographie et ce film d’une heure et demie, où l’on voit des stades pleins acclamer Michelle Obama comme une rockstar. Dans chacune des villes où elle donne une conférence, la protagoniste passe aussi du temps avec les jeunes, répondant à leurs questions et leurs doutes sur l’avenir.

Elle n’hésite pas à s’ouvrir auprès d’eux : « J’ai envie de partager de longs moments avec les jeunes (…). J’en attends énormément d’eux, de la même manière que ma famille avait de grandes attentes pour moi. » Son parcours est détonnant et sa volonté de vouloir changer le monde l’est tout autant. « Becoming » nous laisse penser que chacun de nous a la possibilité de changer le monde.

Félix MUBENGA

Articles liés

  • #SaintDenisSouthSide, ép. 1 : Ici ou là-bas, la vie est plus courte pour certains

    Les inégalités face à l’épidémie de Covid-19, les violences policières, la colère des oppressé(e)s… Peut-on vraiment comparer la France et les Etats-Unis ? C’est l’objet de notre nouvelle série d’éclairages, #SaintDenisSouthSide, imaginée et écrite par deux chercheurs : Chayma Drira, originaire de La Courneuve et doctorante à New York, et Henry Shah, diplômé de Harvard, aujourd’hui basé à Chicago.

    Par Chayma Drira, Henry Shah
    Le 03/06/2020
  • George Floyd, la mort qui nous rappelle ce que vivent les Noirs

    Une semaine après, le décès de George Floyd, tué par une intervention policière, continue d'embraser les Etats-Unis. Et il continue de faire pleurer Miguel, qui y voit la réminiscence du racisme systémique et de la violence que subissent les Noirs, en France comme ailleurs. Billet.

    Par Miguel Shema
    Le 01/06/2020
  • Annuler la dette africaine : le leurre insuffisant de Macron

    Le 13 avril, Emmanuel Macron a évoqué une « annulation » de la dette africaine. Finalement, il s’agit plutôt d’une suspension temporaire… Quand bien même ce serait le cas, écrit Kab, ce ne serait pas suffisant face à l’urgence d’une action profonde de la France pour soulager et libérer l’économie africaine. Billet.

    Par Kab Niang
    Le 21/05/2020