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TOUT AZIMUT 2/4. Minoritaire dans un pays bouddhiste, les fidèles d’Allah, à l’instar des Rohingya, ont longtemps été privé de droits et continuent à faire l’objet de persécutions. Les conflits interethniques et inter-religieux sont fréquents et se soldent dans le sang et la quasi indifférence du gouvernement en place.

Il est midi à Yangon. Entre deux averses, le soleil frappe de ses rayons la plus grande ville de Birmanie. Un homme d’âge mûr, élégant et bien vêtu, m’aborde : « Take care of Muslims ». Le voilà, m’expliquant que les musulmans en Birmanie sont l’incarnation même du diable. Toujours prêts à escroquer, avides et avares. Puis, me désignant un homme à califourchon sur son vélo, portant une longue barbe teinte au henné : « lui par exemple, il ne faut absolument pas lui faire confiance ». Paroles crues. Pigment du paysage birman actuel. Les musulmans au centre du tableau, pris pour cible.

carreBirmanie121 mars dernier. Meiktila, dans le nord du pays. Un marché. Une dispute éclate entre un vendeur d’or musulman et ses clients bouddhistes. Simple fait divers qui allume les flammes de l’enfer. Trois jours d’émeutes et la ville s’embrase. Le bilan officiel – pour beaucoup sous-estimé – rend les comptes : 44 morts, 27 mosquées et 14 madrasa, les écoles islamiques, incendiées. À feu et à sang.

Deux mois plus tard, le 21 mai, sept musulmans sont condamnés. Dans le même temps, sur les trente-huit bouddhistes qui ont été poursuivis, seuls deux d’entre eux ont écopé de peines de prison. Jusqu’alors, on savait les Rohingya, ethnie musulmane vivant dans le nord du pays, opprimés et privés de nationalité. Les plus persécutés au monde selon l’ONU. Tous les musulmans sont dans l’œil du viseur désormais. La haine se propage et prospère.

Retour a Meiktila. Le moine extrémiste Wirahatu fonde le mouvement « 969 », chiffres porteurs de paix dans le bouddhisme. L’homme aime lui même à s’appeler le « Ousama Ben Laden birman ». Le décor est planté. Sa doctrine tourne autour de deux idées : nationalisme fort et racisme forcené. Il appelle au boycott des magasins tenus par des musulmans. Le message est bien reçu, semble-t-il. Dans la plupart des villes traversées, les restaurants tenus par des fidèles d’Allah font salle vide.

Pour justifier le boycott, certains se cachent derrière des prétextes. A l’image de cet adolescent, rencontré sur les rives du Lac Inle, au nord-est du pays qui prétend prendre part au boycott avant tout parce que les musulmans pratiquent des prix déraisonnables. Le résultat est le même. Et apporte de l’eau au moulin de la haine. Et celle-ci devient aveugle.

Lac Inle toujours. Région où les musulmans ne sont pas légion. Je discute avec une restauratrice.  « Les musulmans je ne les aime pas. Ils m’effraient« . Pourquoi ?  » Je ne sais pas« . L’endoctrinement prend le pas sur la raison. Puis, me parlant d’un client occidental qu’elle avait reçu quelque temps auparavant : « Il était barbu et ressemblait à un musulman. J’étais méfiante ».

Birmanie3Méfiants, les musulmans le sont aussi. So Pyay est étudiant en ingénierie à Yangon. Brillant, il a un tort, il est musulman. Il raconte son dernier entretien d’embauche : « Les examinateurs prennent mon CV, y jettent un coup d’œil et me disent : ‘si tu étais bouddhiste c’était bon, on te prenait‘ ». La violence, il la vit au quotidien, trahi par sa barbe naissante dans les transports en commun.

« Chaque fois que je prends le bus, les gens me regardent d’un œil mauvais ». Pour lui, le gouvernement actuel attise le feu, tenant avec l’islam un bouc émissaire, camouflet idéal pour détourner le regard de ses propres actions. Et l’État qui cherche à assouvir sa faim pousse ses musulmans vers la fin. Et vers l’exil. So Pyay dit avoir « peur pour demain. Je voudrais quitter ce pays. »

Autre élément d’inquiétude, le quasi mutisme d’Aung San Suu Kyi. Coincée dans des calculs politiques en vue des élections législatives de 2015 où elle est candidate, la dame de Rangoon n’a pas condamné les violences de peur de se mettre une partie de son électorat bouddhiste à dos. Pour les 6 millions de musulmans que compte la Birmanie, l’espoir de voir de meilleurs lendemains est voilé.

Il est midi à Yangon et la pluie a repris.

Hugo Nazarenko-Sas

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