Amsterdam, comme toute ville touristique qui se respecte, offre pléthore de souvenirs à consommer sur place ou à emporter. Ici, l’orange est la couleur officielle, celle de l’équipe de foot, mais aussi de la Reine, un musée lui est même dédié. Quoi de plus normal, alors, que d’habiller les boutiques de souvenirs du touristique Centrum aux couleurs nationales ? D’autant que jusqu’à hier, l’équipe de football a fait planer de nombreux hollandais, jusqu’à ce que les Russes décident qu’eux aussi avaient droit à un bout de rêve européen.

Je me promenais dans la ville, du marché aux fleurs à la place Dam, en attendant le coup d’envoi du match tant attendu, quand dans une ruelle au nom imprononçable, un de plus, un homme sort de nulle part et me demande ce que je fais. « J’écrivais juste le nom de la rue, répondais-je en lui montrant mon carnet de notes, un sujet sur le nom des rues d’Amsterdam intéressera peut-être les Bondylecteurs, lui expliquais-je. » « Tu es nouvelle à Amsterdam ? Tu es très chanceuse de m’avoir rencontré alors ! ». Bobby Rostov se présente comme étant l’un des hommes les plus influents de la ville. Il énumère quelques endroits où son entreprise fait du chiffre (qu’il ne dévoilera pas) : Barcelone, Dubaï, Charm El Cheikh, Miami, New York, Paris… Qu’ont donc toutes ces villes en commun, excepté que comme Amsterdam elles tirent un grand profit de leurs nombreux visiteurs ? Bingo ! L’homme est à la tête d’une grande marque (Robin Ruth) de produits vendus dans les boutiques de souvenirs, assortis d’un égo non moins important.

Bobby est d’origine grecque, issu d’un milieu très modeste. Voir ses produits portés partout dans le monde est une revanche qu’il a prise sur la vie. « En Grèce, quand tu viens d’un milieu pauvre, tu restes pauvre. C’est pour ça que je suis parti ! » Arrivé en 1983 aux Pays-Bas, il lance son entreprise il y a quinze ans, après avoir multiplié les petits boulots, ici et là, pour des salaires parfois très bas. « Aujourd’hui, je peux prendre l’hélicoptère pour sortir avec mes amis. L’argent est à mes pieds. » Il n’est pas peu fier de raconter sa réussite. Son coup de génie, c’est l’uniformisation des produits touristiques. À Amsterdam, les écharpes, les sacs et autres bibelots doivent rappeler la ville pour plaire au touriste, qui aura ainsi le sentiment de s’en approprier une toute petite partie. Il voudra acheter une paire de chaussettes estampillées « Paris » dans la capitale française ou « Miami » en Floride.

Et ça marche ! Les touristes en raffolent, à en juger les devantures des boutiques. Son entreprise fournit quelques deux à trois cents magasins de souvenirs et règne sur 70% du marché de la ville. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : un de ses collaborateurs, Jean-Pierre, m’explique que « Bobby est un génie. Il a énormément d’idées. La difficulté c’est de le suivre. » Il a déjà en tête les noms des prochaines villes qui vont illustrer ses produits, Casablanca par exemple.

Cet expert en relations publiques semble connaître tout le monde à Amsterdam. Un tour dans les échoppes où il écoule ses articles ressemblerait presque à un bain de foule. Comment faire pour que cet homme d’affaires réponde à mes questions, au lieu de m’inviter sans cesse à revenir demain ? « Mon taux horaire est très élevé. C’est ton jour de chance, se plaît-il à répéter, infatigable. » J’essaie de suivre, Jean-Pierre a raison, c’est lui qui mène la danse !

Après tout, je crois que c’est surtout le jour de chance des lecteurs du blog, qui ont échappé à un article sur l’étymologie des rues amstellodamoises. Merci Bobby !

Bouchra Zeroual

Bouchra Zeroual

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