Quatre mille soixante-treize kilomètres, cinq heures de vol, un Boeing 767 crache trente Blancs sur le tarmac de Ouagadougou Airport. Arrivés tout droit du 93 pour douze jours et onze nuits. Avec un but : l’attribution de vingt ordinateurs à un lycée et son millier d’élèves, la distribution de bodys, de paires de chaussettes, de vêtements par dizaines à une association de femmes séropositives. La classe 201 de lycée Louis-Auguste Blanqui de Saint-Ouen, est sur les lieux. Bonjour Madame l’Afrique, comment va le Burkina Faso ?

Le pouvoir d’achat en berne en France, et la vie chère qui culmine ici. C’est la première constatation. Eh oui, mesdames, messieurs, l’Afrique existe et se révolte actuellement. « Les quelques aliments et objets de première nécessité deviennent inaccessibles pour beaucoup de gens », confie Joseph, 18 ans, un jeune lycéen de Song Taaba, rencontré lors d’une visite dans un établissement scolaire. Les rues de Ouagadougou sont occupées de longs en large par les forces de l’ordre, « ne prenez aucune photo », nous avertit l’accompagnateur. Un flash, un déclic pourrait alerter le monde de la situation. On court à la catastrophe !

Un bronzier, au coin d’une rue, parle de « survie et non de vie ». Lui qui n’arrive plus à payer les kilos de matériaux de récupération pour bosser, « nourrir, habiller et soigner » ses enfants. 140% d’augmentation pour certains produits, voire plus. Une mama donne le sein à son bambin dans une ruelle. Le lait est naturel et gratuit. Beaucoup en veulent au président, élu démocratiquement depuis vingt et un ans, Blaise Compaoré. « Si je pouvais, je le tuerais, je le déteste, c’est à cause de lui tout ça », accuse un second lycéen, en parlant du successeur et « fier assassin » de Thomas Sankara, l’ex-révolutionnaire (surnommé Che Africain) et dirigeant du pays, jusqu’en 1987.

Les écoles closes, les banques closes, les commerces aussi. C’est la grève. Partout. Contrairement à nos grévistes du dimanche, ceux de Ouagadougou vont au bout de leur démarche. Mais si, nous assure-t-on, « on peut être fier d’une telle mobilisation », d’un autre côté, « il n’y a pas à exploser de joie ». Les résultats de cette mobilisation populaire se font attendre après deux mois de manifestations et d’échauffourées continues. Les femmes ne sont pas en reste, elles manifestent, casseroles ou autre marmites à la main pour faire du bruit. Ça cogne !

Devant les grands hôtels de la capitale, les képis restent impassibles. Les préposés locaux à la sécurité des quelques touristes de passage refusent d’évoquer le système burkinabé en presque faillite. Autre secteur touché : l’enseignement public. Dans les lycées privés, « on ne voit pas l’intérêt de se déplacer ou de manifester », alors que le public est carrément fermé. Pas de gosses, pas de cours, pas de profs. Hadja, future bachelière et rédactrice du journal du lycée Song Taaba, avoue qu’il y a « énormément d’altercations, de bagarres qui s’ajoutent aux revendications ». Saisissant mimétisme avec ce qui se passe actuellement en France. La cantine du lycée Song Taaba est fermée depuis depuis février, en raison d’une « hausse des denrées alimentaires ».

Le Burkina Faso va mal. Le nôtre aussi. L’Egypte va mal, la crise du pain persiste. Haïti va mal, on se bat pour bouffer tout comme ici. Les exemples à travers le monde sont légion. Nous pourrions être défaitistes et dire : « Ce monde est un monde de *****.» Non, impossible ! Gardons espoir, à l’image de nos frères burkinabés, « on va gagner ». On se croirait au foot, mais loin sont les 17 millions d’euros de salaire annuel de certains joueurs. Que de gros chiffres !

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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