Ville Mont-Royal, municipalité de l’agglomération de Montréal, est un quartier cossu. La coquette affiche ses belles façades et ses jardins superbement entretenus, signe d’une aisance financière de ceux qui ont le bonheur d’habiter dans les superbes maisons s’étalant harmonieusement le long de somptueuses petites allées. Parc-Extension, un autre quartier de Montréal, cultive un certain exotisme. Ici domine le populaire, les petites échoppes pakistanaises, les restaurants libanais, les églises orthodoxes livrant leur office à la population grecque de ce petit coin de Péloponnèse ou de Penjab c’est selon. Nombre de façades délabrées et de ruelles peu avenantes témoignent qu’ici, l’habitant doit regarder à la dépense puisque le salaire minimum est touché par une grande partie des actifs de ce quartier populaire.

Ville Mont-Royal c’est les riches, Parc-Extensions c’est les « Pôvres » si on veut être simpliste à l’extrême et trancher vite dans le sujet. Ce qui tranche de façon concrète c’est le boulevard de l’Acadie qui sépare les deux ensembles d’habitations voisines. En vue satellite, le contraste est absolument édifiant entre le bleu des piscines, les verts pâturages de Mont Royal et la grisaille de Parc. « Voulez-vous dire ce mur de Berlin ? » reconnaît une passante du bon côté de la barrière, questionnée sur le boulevard. D’ailleurs il y a une barrière, une vraie, édifiée officiellement par la municipalité de Ville Mont-Royal pour protéger ses habitants du trafic important sur Acadie street. Mais cette clôture, dont les 5 portes sont à l’accoutumée ouvertes, fut fermée le jour d’Halloween en 2001, empêchant les petits basanés de Parc d’aller chercher des bonbons chez les riches.

Face à face se côtoient donc deux mondes : Ville Mont-Royal et sa population aisée de la communauté anglophone de Montréal, et Parc-Extensions, pied à terre des nouveaux immigrés du Québec qui ne demandent que quelques années pour faire leur beurre et émigrer vers un quartier moins gris. Entre les deux, un boulevard, une barrière. Et s’il convient de reconnaître ce droit sacré qu’ont les riches de vivre entre eux, le quartier de « Parc » saigné de ses classes moyennes, risque une belle paupérisation, un spleen général pas encore perceptible, mais qui peut s’installer à tout moment, tant en économie du bonheur, ont dit que ce dernier se perçoit par comparaison avec la situation du voisin.

Idir Hocini (Québec)

Articles liés

  • Bamako vu de Paris : le regard de la diaspora sur la junte au pouvoir

    Le Mali est au centre de l’actualité internationale. Accusations de crimes de guerre en lien avec les milices Wagner ; restrictions de la liberté de la presse ; fin de l’opération Barkhane, la junte militaire au pouvoir est largement décriée. Les injonctions de la communauté internationale afin que le pays organise des élections démocratiques se multiplient. Mais quel regard les Maliens de la diaspora, très présents en France, portent-ils sur les mutations politiques de leur pays ?

    Par Rémi Barbet
    Le 09/05/2022
  • Ukraine : la fuite des exilés africains à la marge

    Depuis le début de l'attaque de l'armée russe en Ukraine, étudiants étrangers et expatriés de longue date ont pris la route de l'exil, avalés par le basculement de l'invasion russe. Des ressortissants africains ont documenté et témoigné sur les réseaux sociaux de pratiques ségrégationnistes de la part des autorités ukrainiennes, dans un pays qu'ils chérissent pourtant. Témoignages.

    Par Meline Escrihuela
    Le 02/03/2022
  • Malgré le mépris européen, la CAN a bien lieu

    La 33ème édition de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2022 a débuté au Cameroun le 9 janvier dernier. Pendant des semaines, la CAN a été sujette à des rumeurs de report ou d’annulation. La FIFA et certains clubs européens ont souhaité jusqu’au bout gâcher la fête du football africain, en invoquant des arguments jugés méprisants voire racistes à l’encontre de l’Afrique. Décryptage.

    Par Mokrane Smaili
    Le 10/01/2022