Il y avait foule ce matin à l’Ambassade des États-Unis. Pour fêter l’élection de leur Président pour les quatre années à venir, l’ambassadeur Charles H. Rivkin a jugé bon d’inviter la presse et d’autres convives à participer à un petit-déjeuner très matinal, dès 6 heures. Parmi eux se trouvaient des politiques tels qu’Arnaud Montebourg, Jean-Pierre Raffarin ou Pierre Moscovici. Simone Veil était aussi de la partie. Le diplomate a aussi tenu à inviter des étudiants américains, et d’autres originaires de démocraties en évolution, comme des Tunisiens, des Syriens, des Iraniens ou des Egyptiens.

Philip Breedenn, le ministre conseiller aux affaires culturelles et à la communication de l’Ambassade explique que c’est une tradition d’organiser des événements autour des élections présidentielles. « En anglais, on a une expression : We put the party in political party ! On fête les évènements politiques. Et c’était l’occasion de faire quelque chose, pas que pour les médias, mais aussi pour nos partenaires et les groupes avec qui nous travaillons. » Mais pas de confusion à faire sur le motif de cette rencontre. Car ce n’est pas une fête en l’honneur de l’élection de Barack Obama. « A l’Ambassade, nous avons un droit de réserve. On soutient le gouvernement, le processus démocratique, mais ce n’est pas une fête de victoire pour le gagnant. C’est une fête pour la démocratie ». Ainsi étaient présents dans la salle des Démocrates et des Républicains. Même si l’événement se voulait impartial, on pouvait facilement deviner le candidat que les gens présents soutenaient. Une ambiance victorieuse régnait au 4 avenue Gabriel de la capitale où les invités faisaient la queue pour se prendre en photo avec les pancartes du Président.

« Merci Starbucks, McDonald et Disney »

Autour de ce petit-déjeuner typiquement américain, avec bagels, mini-snacks, mini-saucisses, muffins, cookies et cafés Starbucks (et la petite touche française avec les croissants), l’ambassadeur a fait un discours vers 8 heures, à la suite des résultats.

Non loin de son pupitre était posé le portrait du Président réélu Barack Obama où « Progress » était inscrit dessus. Rivkin a commencé, avec son accent prononcé, par saluer le Président Obama et sa famille, mais aussi Mitt Romney qui « a mené une campagne résolue et engagée». Une nouvelle période s’ouvre pour faire place au progrès et il souligne que « la puissance d’un pays comme celui des États-Unis n’a pas d’intérêt si elle n’est pas partagée ». Après les applaudissements, l’ambassadeur revient pour saluer les partenaires qu’il a failli oublier : The International Herald Tribune qui étaient à la disposition des passants, et RTL qui a fait sa matinale en duplex à l’Ambassade. Il rajoute : « mais aussi nos sponsors ! Starbucks, McDonald et Disney ! » Des sponsors « so » américains, qui suscitent une vague de rire dans la salle.

A la suite du discours, les invités avaient de quoi s’occuper. A l’entrée, on pouvait se prendre en photos avec Mitt Romney et surtout Barack Obama, en carton et grandeur nature. Tout près, le groupe Dixie Band jouait du jazz qui nous plongeait dans un film des années 1960. Un espace pédagogique expliquait toutes les étapes de la campagne présidentielle, de l’annonce de sa candidature, à l’élection du vainqueur, en passant par le débat. Une liste de tous les Etats était affichée, recensant ceux qu’Obama et Romney avaient remportés.

On pouvait aussi suivre CNN, Fox News, AFN TV diffusées dans plusieurs pièces de la résidence et iTélé s’était installée pour ses interviews dont celle d’Arnaud Montebourg. Plus fière de sa marinière que de l’élection de Barack, le ministre lance : « Et la marinière alors ? Quel succès ! Quel succès… ». Il a quand même ajouté que la réélection du Président était un bon message de solidarité et un exemple. Surtout pour lui qui a rappelé que son « Made in France » venait du « Made in America » d’Obama, qu’il qualifie d‘avant-gardiste de la réindustrialisation avec son slogan « Let’s bring our jobs back home ! (« Ramenons nos emplois à la maison ! »)

L’Obamania continue

Non loin de la parole des politiques, il y avait celle des invités sur Twitter. Le hashtag #USAFR permettait aux personnes présentes et aux autres, d’échanger sur l’événement et l’élection sur le réseau social. « On a posté des pancartes dans l’ambassade pour informer du hashtag et cela permet aussi de démocratiser l’événement pour les personnes qui ne pouvaient pas venir», nous informe une personne travaillant pour le secteur social media de l’Ambassade.

Une volonté de s’exprimer sur l’événement que seul le staff ne pouvait se permettre. S’ils avaient fait vœu de silence, ce n’était pas le cas de Laura, une américaine heureuse qui s’attendait au résultat. Elle avoue que « c’était prévu qu’il gagne ». Prévue ou non, sa réélection montre que les Américains ne se sont pas encore lassés de lui. Pour avoir partagé un petit-déjeuner avec eux, force est de constater que Barack Obama fait toujours rêver.

Assia Labbas (Master Journalisme Gennevilliers)

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