« On est tremblant. Personne n’est en sécurité », s’inquiète ce journaliste burundais dont on préfère taire le nom pour des questions de sécurité. « Impossible de faire du reportage, les journalistes sont les cibles premières », explique-t-il. Au Burundi, alors que Pierre Nkurunziza semble avoir repris les rênes du pouvoir après une tentative de putsch, les manifestants sont toujours dans les rues et ne semblent pas prêts à laisser le président se représenter à un troisième mandat, raison du début du soulèvement populaire à la fin du mois d’avril.
Sur place, la situation oscille entre confusion et violences. Une situation particulièrement difficile pour les journalistes locaux qui se voient limités dans l’exercice de leur profession. Classé 145e par Reporter sans Frontières, le retour à Bujumbura de Pierre Nkurunziza fait craindre que de nouveaux verrous oppriment la presse. Si certains tentent encore tant bien que mal de pratiquer leur activité, la plupart sont contraints de déposer leurs crayons et leurs micros. Une autre journaliste explique qu’elle reçoit des menaces, messages sur les réseaux sociaux, appels masqués et répétés le soir. « Sûrement que mon travail dérange pas mal de gens, explique-t-elle. Je me dis que ce sont les gens qui sont pour le troisième mandat qui veulent me dérouter. »
Les radios privées ont été saccagées et brûlées dans la capitale, le célèbre patron de la RPA, Bob Rugurika qui avait été enfermé il y a quelques semaines est parti « se mettre à l’abri à l’étranger ». Le principal journal du pays, Iwacu a préféré arrêter ses activités quelque temps. Pendant cinq jours sur le site un message : « Pour des raisons de sécurité, le Groupe de Presse Iwacu n’est pas en mesure de travailler librement. Iwacu est donc contraint d’arrêter provisoirement ses activités. » Le groupe a tenu une conférence de presse ce mardi, assurant qu’ils reprendraient leurs activités dès aujourd’hui. Une initiative que beaucoup ont félicitée.
Une guerre de communication
Une reprise qui risque néanmoins de ne pas être simple. La liberté des journalistes est très limitée soit pour des questions de sécurité, soit à cause des pressions et des accès limités par les autorités. Mardi, le directeur de la Radio Renaissance se serait vu refuser l’accès à ses locaux, « il faut une autorisation du ministre de la sécurité publique », lui auraient rétorqué les policiers à l’entrée de sa propre radio.
Les réseaux sociaux sont devenus le lieu où circulent le plus les informations. Les Burundais partagent ce qu’ils ont vu, entendu et commentent sans relâche la situation dans leur pays. Les manifestants font état de la situation dans les quartiers, les porte-paroles de l’armée, du président font leurs annonces sur Facebook… Une véritable guerre de communication est en train de se jouer. Peut-être a-t-elle fait échouer la tentative de putsch. C’est en tout cas ce que croit un journaliste. Il dénonce durement les médias occidentaux qui donneraient majoritairement la parole aux autorités et au porte-parole de Pierre Nkurunziza.
Une prééminence qui laisserait aussi selon lui peu de place aux revendications des Burundais dans la rue depuis plusieurs semaines. « Cela joue contre les manifestants, souligne-t-il bien qu’il comprenne la nécessité de laisser parler les différentes parties du conflit. Il n’y a plus de médias, ici… Je pense que tu comprends ce que ca veut dire dans une situation ou la communication est très importante. »
Charlotte Cosset

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