La famille de Moussa, détenu dans les geôles bangladaises depuis 6 jours, reste sans nouvelles. Ce lundi 28, deux émissaires dépêchés par l’ambassade France doivent lui rendre visite à la prison centrale de Cox’s Bazar.

L’hebdomadaire L’Express a titré l’information de la détention de Moussa au conditionnel. Pourtant, le jeune homme est bien derrière les barreaux à mille lieues d’ici. Dans une prison miteuse du Bangladesh. Son grand frère Kamdem nous le confirme, « j’étais régulièrement en contact avec lui, la dernière fois que je l’ai eu c’était le weekend précédant son arrestation. » Depuis, plus aucune nouvelle directe. D’ailleurs, Kamdem a appris la mauvaise nouvelle sur les réseaux sociaux.

Arrêté lors d’un contrôle à un barrage policier près de Teknaf au sud-est du Bangladesh le 22 décembre au matin, Moussa, 28 ans, essuie une série d’interrogatoires. Les autorités bangladaises lui reprochent d’être entré sur le territoire avec un passeport falsifié. Sur ce dernier figure son véritable nom, Puemo Tchantchuing, Moussa Ibn Yacoub étant son prénom de conversion. Une arrestation d’abord discrète dont on a peu entendu parler, à l’image de la cause Rohingya, pour laquelle Moussa s’adonne corps et âme.

Très investi dans la cause des Rohingya, cette minorité musulmane persécutée en Birmanie et non-reconnue au Bangladesh, Moussa s’est rendu coupable de leur venir en aide, « on ne peut rien lui reprocher d’autre. Ce n’est pas la première fois que mon frère se rend là-bas. Il connaît des gens sur place dont il est très proche » assure Kamdem, qui parle de son petit frère comme d’une personne « qui pense toujours aux autres avant lui-même, il a toujours été comme ça, que ce soit avec moi, son propre frère, ou une personne au bout du monde. Il a décidé de dédier sa vie à l’humanitaire. »

Originaire de Montreuil-sous-Bois (93), la famille de Moussa a alerté le député de la circonscription Razzy Hammadi, « il m’a dit qu’il écrirait un courrier au Quai d’Orsay. Écrire un courrier alors que la situation est urgente ? » interroge, dépité, le grand frère de Moussa en pointant du doigt une fanfaronnade politique, « à aucun moment nous n’avons été contactés par le ministère des Affaires étrangères, précise Kamdem, nous sommes seulement tenus au courant par BarakaCity », l’organisation humanitaire pour laquelle Moussa s’est rendue en mission.

Une réaction gouvernementale longue à la détente ?

Actuellement en détention provisoire et en attendant de passer devant un juge, Moussa est accusé de mener des « activités suspectes ». Un grief fourre-tout derrière lequel les autorités bangladaises se nichent pour punir toute aide apportée à la minorité Rohingya, et passible de dix années d’emprisonnement. D’après les dernières nouvelles reçues par l’ONG BarakaCity, Moussa est enfermé « avec 50 co-détenus dans une cellule, ce qui l’empêche de dormir allongé. Il doit parfois rester debout pour laisser la place aux autres. Il n’est pas bien alimenté, et a donc fait le choix de jeûner. Les articles locaux faisant état de la prison, expliquent que cette prison est censée accueillir 500 détenus, mais en compte 1 900, et que les gardiens de prison eux-même se plaignent. » Demain, lundi 28 décembre, à la première heure, Moussa devrait subir nouvel interrogatoire policier.

Une situation qui inquiète ses proches. D’autant que, dans le contexte post-attentat de novembre, « le fait que l’ONG pour laquelle Moussa travaille soit dans le viseur des autorités françaises a pu ralentir l’action du Quai d’Orsay. On a vu réaction plus rapide du Ministère des Affaires étrangères par le passé » souligne Kamdem. Les locaux de BarakaCity situé à Courcouronnes (Essonne) avaient effectivement fait l’objet d’une perquisition le 26 novembre dernier dans le cadre de l’état d’urgence. « Je ne suis ni confiant ni inquiet pour la suite, c’est le flou total. Nous sommes une famille très soudée et nous recevons beaucoup de soutiens. Des amis, voisins viennent rendre visite à notre mère, nous attendons impatiemment la libération de notre frère » explique le grand frère de Moussa.

Après une mobilisation sur les réseaux sociaux et une pétition en ligne lancée par BarakaCity, la machine diplomatique semble en marche, sept jours après le placement en détention de Moussa. L’ONG assure que sur place, Sophie Aubert, Ambassade de France au Bangladesh va dépêcher dès le 28 décembre deux émissaires qui rendront visite à Moussa dans la prison centrale de Cox’s Bazar.  En attendant que tout revienne en ordre.

Hanane Kaddour

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