Cher Papa, j’ai appris que cet été tu viendrais avec nous en vacances au bled. C’est super cool, on va pouvoir faire plein, plein de choses. Mes dernières vacances avec toi remontent à 2006 précisément. En général, quand je pars avec toi, tu aimes bien nous emmener dans de la famille que je ne connais même pas, mais bon… Le bon coté des choses c’est que l’on va pouvoir aller à Alger, une ville que je n’ai jamais vue, cela me changera de du train-train de Tlemcen (photo).

Mais je te le dis, cet été au bled sera le dernier pour moi, car l’année prochaine je compte bien travailler et changer de destination pour mes grandes vacances. Jusqu’à maintenant, j’étais la petite fille sage qui écoutait papa et maman et qui n’osait pas trop ouvrir sa bouche de peur de vous blesser. Cet été en Algérie sera donc le dernier, je vous en fais la promesse.

A vrai dire, je ne comprends pas toutes ces personnes qui payent 500 euros un billet d’avion pour aller dans un pays où il y a mille et une contraintes, un pays où tantes et voisines voyant quelle belle et jeune mariée je ferais pour leur cher « beau » et « gentil » petit « blédard » de fils, me harcèlent avec douceur. Comme si, à 16 ans j’allais me marier.

Amariya 

Partir avec mes amies, sans adultes

Le soleil, le sable, les palmiers, la chaleur, une destination de rêve… Enfin pour mes parents. Pour moi, c’est plutôt mes amies, le soleil et surtout un autre pays que le bled. Une autre destination de rêve, quoi ! Ce que veulent mes parents, c’est voir leur famille, se reposer, retrouver leur culture. Mais ce que moi je veux, c’est m’évader, rencontrer de nouvelles personnes et surtout m’amuser ! C’est même devenu une menace, ces vacances en Tunisie, car si je ne suis pas sage ou fais des conneries, eh bien je risque d’y aller direct !

Mes vacances idéales, ce serait plutôt avec mes amies, dans un endroit magnifique et sans adultes. Alors que là, je suis obligée d’aller au bled, obligée de voir la famille, obligée de m’adapter. En fait, je ne suis plus trop libre. Je ne pense pas non plus que tout le monde soit comme moi. Il y’en a bien sûr qui « kiffent » aller au bled l’été. Moi, j’en ai marre…

D’autres se reconnaîtront peut-être dans ma description. En tout cas, ce que je sais, c’est que pour tous ceux et celles qui ont l’habitude de passer deux mois au bled, avec une chaleur épouvantable qui nous plaque au lit et nous force à ne rien faire, l’envie est forte de vivre autre chose. Quelque chose de nouveau, une nouvelle destination de rêve, quoi…

Sophia

Avec la collaboration de l’association Zy’va

Amariya et Sophia

Articles liés

  • Bamako vu de Paris : le regard de la diaspora sur la junte au pouvoir

    Le Mali est au centre de l’actualité internationale. Accusations de crimes de guerre en lien avec les milices Wagner ; restrictions de la liberté de la presse ; fin de l’opération Barkhane, la junte militaire au pouvoir est largement décriée. Les injonctions de la communauté internationale afin que le pays organise des élections démocratiques se multiplient. Mais quel regard les Maliens de la diaspora, très présents en France, portent-ils sur les mutations politiques de leur pays ?

    Par Rémi Barbet
    Le 09/05/2022
  • Ukraine : la fuite des exilés africains à la marge

    Depuis le début de l'attaque de l'armée russe en Ukraine, étudiants étrangers et expatriés de longue date ont pris la route de l'exil, avalés par le basculement de l'invasion russe. Des ressortissants africains ont documenté et témoigné sur les réseaux sociaux de pratiques ségrégationnistes de la part des autorités ukrainiennes, dans un pays qu'ils chérissent pourtant. Témoignages.

    Par Meline Escrihuela
    Le 02/03/2022
  • Malgré le mépris européen, la CAN a bien lieu

    La 33ème édition de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2022 a débuté au Cameroun le 9 janvier dernier. Pendant des semaines, la CAN a été sujette à des rumeurs de report ou d’annulation. La FIFA et certains clubs européens ont souhaité jusqu’au bout gâcher la fête du football africain, en invoquant des arguments jugés méprisants voire racistes à l’encontre de l’Afrique. Décryptage.

    Par Mokrane Smaili
    Le 10/01/2022