Départ matinal pour traverser une frontière assez bizarre. Quitter l’Afrique du Sud pour le Swaziland, ancienne colonie british, c’est comme franchir une douane. On passe d’abord par un bureau pour faire tamponner son passeport, autorisant la sortie du territoire ; on passe ensuite par un autre bureau pour un tampon d’entrée de territoire. Nous voici au Royaume de Swaziland, où le roi est comparé à Louis XIV tant son pouvoir est despotique, dit-on. De grandes vallées verdoyantes, d’où son surnom de « petite Suisse ».

Visite d’une usine de verrerie, la chaleur nous étouffe pourtant les travailleurs n’ont pas l’air de se plaindre. Ils entourent leurs mains de journaux trempés dans de l’eau en guise de protection des mains pour manier le verre. Quelques kilomètres plus loin, une fabrique de bougies traditionnelles Swazi. En sept minutes montre en main, l’artisan nous modèle un éléphant. Incredible !

Suit un repas en plein air préparé par des habitants au milieu de collines géantes, un déjeuner à base de maïs blanc émietté (mofu) avec sa sauce aux légumes et morceaux d’antilope, de guacamole, purée de potiron ainsi que de bananes de leurs plantations. A peine avons-nous avalé tout cela que nous faisons déjà route pour visiter un petit village local.

Nous arrivons sur place à bord de nos 4×4 arrangés. Ce sont en fait des camionnettes de transport de marchandise sur lesquelles on été monté des bancs avec une bâche sur le toit. Rencontre avec une famille polygame. Le mari est à un rassemblement des chefs de familles de la région, sa seconde épouse nous accueille avec son dernier fiston d’environ 9 mois dans ses bras. La grand-mère ne tarde pas à arriver et se précipite dans sa hutte pour faire un étalage de ses créations. Les hommes gardant, apprend-on, leurs salaires pour eux lorsqu’ils travaillent, les femmes confectionnent des paniers, dessous de plats, colliers, pendentifs, porte-clefs, etc., avec les matières qui les entourent : du bois, de la peau de bête ou encore des tiges d’herbes qu’elles font colorer pour rendre plus chatoyantes leurs créations qu’elles vendront aux touristes de passage dans leur vallée.

Si elles ne vendent rien, un organisme passe en fin de semaine dans tous les villages pour racheter leurs créations et les revendent ensuite dans des boutiques. Si bien que, quoi qu’il arrive, elles y gagnent quelque chose, mais c’est infime car faire colorer les tiges d’herbe à un coût.

Parlons foot : « Je ne supporte qu’une équipe en Afrique, c’est celle des Bafana Bafana bien sûr ! dit la seconde épouse. Pour regarder les matchs à la télévision, je vais un peu plus loin, chez une connaissance qui a une télé car moi je n’en ai pas. » Elle explique que malgré la distance qui la sépare du monde urbain et de l’Afrique du Sud, cette Coupe du monde a du bon : « Cela nous apporte des touristes. Du coup, on peut vendre nos objets et j’espère surtout que comme vous, ils viendront visiter le Swaziland. C’est important d’avoir des touristes afin de connaître d’autres cultures, de pouvoir parler ensemble et aussi de leur expliquer notre mode de vie. Qu’ils apprennent aussi notre culture swazi, nos traditions, qu’ils voient nos paysages. » Vrai qu’à la vue de ces immenses collines, vertes et jaunes, car l’hiver assèche la verdure, on se sent petit. Paris et ses quelques monts, à côté de ça, c’est si peu…

Dans tous les villages à côté desquels nous sommes passés, les premiers à hurler « Hi ! How are You ? » étaient les enfants entre 3 et 15 ans. Les plus petits criaient « sweety sweety ! », bonbons en français. Malheureusement je n’en avais pas mais notre guide, Jacques, nous déconseille d’en donner car d’autres enfants pourraient être jaloux et cela sèmerait la zizanie. On se contente donc de faire un signe de la main et de crier « hello » comme eux. Plus les gens sont pauvres, plus ils sont généreux et souriants. Voilà ce que je constate depuis mon arrivée en Afrique du Sud. Une sacrée leçon de vie.

Inès El Laboudy (royaume du Swaziland)

Précédents articles de la série :
Vuvuzelas-nous-voici
Whites-no-whites-au-musee-de-l-apartheid

Inès El laboudy

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