Samedi 21 Octobre 2011, à l’heure du déjeuner, l’élection est au cœur de la conversation. Mes parents ne savent pas encore pour qui voter, et moi encore moins. Avant de sortir, j’allume la télévision sur TV7 euh, pardon la «Chaîne tunisienne» histoire d’avoir quelques infos. Je tombe sur une rediffusion d’une émission genre «le magazine de la santé» mais version arabe. En bas de l’écran défile une bande d’information sur les élections qui invite à se rendre sur le site www.votez.tn.

Je me rends alors sur la page qui répertorie l’ensemble des partis et leur programme mais il y en a de trop, je suis perdue, et il est temps d’y aller. 15 heures, arrivée à Pantin, rue Jean Lolive, la queue atteint le Leader Price. Les futurs électeurs patientent calmement. Dans la foule, une jeune femme se réchauffe avec un drapeau tunisien, d’autres avec une cigarette.

Les Tunisiens non inscrits étaient invités à se rendre dans un bureau de vote à Aubervilliers, ce qui en a déplu certains qui s’étaient déplacé jusqu’à Pantin. La discussion s’invite rapidement autour de moi, une dame me dit «qu’elle rentrera aussitôt après avoir voté blanc», ce qui pousse les autres à intervenir, notamment mon père. Une jeune dame me dit «qu’on va encore se faire avoir, mais on n’a pas le choix, il faut agir». Elle m’indique que le parti en vogue serait « le parti du travail tunisien ».

Puis, elle nous montre une photo circulant sur les réseaux sociaux sur laquelle on aperçoit Ben Ali en train de voter aux élections. Après quelques rires, la discussion reprend. Une autre femme me dit que «le plus important est de régler le problème du chômage qui touche un bon nombre de jeunes diplômés». Lorsque je lui demande quel parti choisir, elle me répond que les programmes des partis ont beaucoup en commun. Pour elle, «il serait bien de créer un lien entre les étudiants d’ici et de là-bas, créer un échange, quelque chose comme cela».

J’atteins une première tente où une bénévole vérifie sur son ordinateur si je suis bien inscrite. J’en profite pour lui demander si nous avions été nombreux à voter. Elle me répond qu’elle n’a aucun chiffre pour le moment mais qu’il y a eu beaucoup de votants, en tout cas aujourd’hui.

La queue reprend et la discussion aussi avec deux jeunes étudiants tunisiens qui m’indiquent qu’ils vont voter le CPR, le Congrès pour la République. Au bout d’une heure, on accède au bureau. A l’intérieur est affichée la liste des partis. J’ai à peine le temps d’y jeter un œil qu’on me demande ma carte d’identité et que l’on me dit d’entrer pour aller voter. «Emira Ben Khelil» (avec l’accent)? Je me lève, on me demande à nouveau ma carte d’identité puis ensuite d’enfoncer mon index gauche dans une petite bouteille remplie d’encre bleue, preuve que l’on a voté. Après avoir signé sur leur registre, je me dirige vers l’isoloir où je prendrai un petit moment à lire la liste des partis.

Bien qu’aléatoire, mon choix est fait. Je dépose mon bulletin format A3 dans l’urne. Ca y’est, j’ai voté. A ma sortie, une petite photo s’impose devant le Consulat l’index gauche pointé vers le ciel avec le drapeau tunisien en arrière-plan. La queue atteint toujours le Leader Price. C’est sûr, la participation a été massive.

Demain, 23 octobre 2011, les nationaux devront à leur tour voter pour l’assemblée constituante. A la suite des résultats, les élus auront la lourde tâche de rédiger la nouvelle Constitution Tunisienne, un espoir de renouveau suite au printemps arabe qui a bouleversé le pays.

Emira BK.

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