« Ça a commencé comme cela : avec Myriam* et une autre copine, nous avons eu une grande discussion au sujet de notre envie d’être mamans… Finalement, on a décidé de faire les démarches à peu près en même temps… », se souvient Dalila*. L’autre copine ne voulant pas être enceinte, car « ça ne lui disait rien », elle a donc suivi la voie de l’adoption. Aujourd’hui, elle élève une fille d’origine russe, en provenance de Sibérie.

Dalila et Myriam se sont lancées dans la PMA, la Procréation médicalement assistée. Elles ont tout d’abord pris rendez-vous avec un gynécologue qui  leur a indiqué à quel endroit il fallait s’adresser. Dès le début, il les a dirigées vers un hôpital, leur indiquant dans quel  département et dans quel service elles trouveraient une banque de sperme.

« Myriam a commencé les démarches quelques mois avant moi. Elle avait 42 ans. Au début, on a suivi les mêmes procédures », précise Dalila. Lors de leur première visite, on ne leur a pas posé de questions personnelles, seulement des questions médicales concernant leur santé. Elles ont reçu une information concernant les procédures à suivre, les risques pour la santé et la possibilité de se retrouver enceinte de plusieurs enfants. « C’est pour ça qu’on n’implante jamais plus de 3 embryons », remarque Dalila.

Il existe deux procédures possibles : l’insémination artificielle et la fécondation in vitro. « La première procédure est imposée par la loi. Il faut obligatoirement commencer par  l’insémination artificielle, pendant quelques mois. Il faut la pratiquer 3 ou 4 fois. Ca n’a pas marché pour moi », explique Dalila.

«  Je suis passée à la Fécondation in vitro. Ça devient plus médical mais on est plus suivi. On prend des hormones pour avoir plus de chances de garder l’embryon. Il y a des injections à faire soi-même et d’autres injections faites par une infirmière. J’avais des contrôles pour voir quand les ovules sont dans leur meilleur état. La fécondation elle-même avait lieu sous anesthésie générale. Après 2 ou 3 jours, on observe si ça a marché. Puis on fait des analyses pour vérifier les résultats », se remémore Dalila. La fécondation in vitro a elle aussi échoué.

Dans cette situation, Dalila a dû « faire un extra,  faire une procédure supplémentaire qui n’est même pas très légale : recevoir un don d’ovules. J’ai dû aller à l’étranger pour cela, 2 fois de suite ». Au bout de 2 semaines, il fallait faire des analyses. Si le résultat était négatif, il fallait tout recommencer. « Heureusement, ça a réussi lors du 2ème essai, car ça coûte très cher. Je n’aurais pas pu me payer un troisième essai », reconnaît Dalila.

Dalila n’a pas rencontré d’obstacles pour réaliser son rêve. Elle n’a pas le souvenir de longues démarches administratives. Il fallait simplement s’inscrire à une banque de sperme, puis effectuer les différentes analyses. Elle s’est d’abord adressée à la médecine publique et elle a été remboursée de ses frais médicaux.  Puis on l’a dirigée vers la médecine privée, car les médecins prévoyaient une grossesse à risque, donc très suivie médicalement et coûtant cher. Dalila commente quelques pratiques médicales un peu ingrates : « La procédure médicale n’était pas très facile. La fatigue se faisait sentir à l’étape des injections d’hormones. Les piqures ne font pas mal mais ça n’est pas rigolo ».

Finalement,  les démarches ont abouti assez rapidement. Myriam s’est retrouvée enceinte 6 mois avant Dalila, mais elle avait débuté les traitements plus tôt. « Nous avons attendu environ 2 ans avant d’être enceintes. Tout a marché assez vite. C’est un bon résultat à nos âges, comparé à certaines femmes qui attendent plusieurs années pour un résultat positif », se réjouit Dalila.

Dans l’ensemble, les réactions familiales ont été positives. Toute sa famille maternelle la soutenait. « Seul mon frère a jugé que c’était « une chose un peu folle », parce que sur le plan financier je n’avais pas un salaire suffisant pour être maman. Il était dans un état de rage ! », se rappelle Dalila.

Une fois enceinte, Dalila n’a pas eu de problème particulier, malgré l’attente de jumeaux. Elle a seulement eu besoin d’un congé supplémentaire vers la fin de sa grossesse, sans motif pathologique, mais par nécessité de se reposer chez elle. Avant la naissance, elle devait faire des contrôles médicaux de plus en plus rapprochés, toutes les semaines, puis tous les 2 jours, ensuite chaque jour. Dalila fait le bilan : « Myriam a eu une fille. J’ai eu des jumeaux, un garçon et une fille ».

Aujourd’hui, Myriam élève sa fille qui a 5 ans. Les jumeaux ont 4 ans et demi… Ils se portent bien et ils s’entendent plutôt bien. « Après la naissance, j’ai suivi beaucoup de forums sur Internet, pour les conseils pratiques et l’entraide… Ca m’a vraiment aidée. Vers 4 ans, les jumeaux ont commencé à me poser des questions sur leur situation. Je leur ai déjà un peu expliqué la question du père, ce qu’ils peuvent comprendre à leur âge. Plus tard, j’aurai sûrement à leur donner beaucoup plus d’explications », prévoit Dalila.

Dalila constate également : « En Israël, c’est assez courant pour des femmes célibataires de pratiquer la PMA. Pour deux femmes vivant en couple, c’est aussi permis. Par contre, les religieux ne sont pas enchantés par les couples homosexuels ». Contrairement aux couples classiques, ceux-ci ne peuvent pas se marier religieusement. Ils sont donc pénalisés car en Israël le mariage est régulé essentiellement par les autorités des principales religions.

Mon ami Google m’a informé de l’existence de l’Institut Pouah, une organisation internationale créée en 1990 et destinée à aider les couples stériles ou peu fertiles. Une section francophone a même vu le jour en 1997. Dalila commente : « Cet institut touche les familles religieuses. Les familles laïques ne se sentent pas concernées. La section francophone peut se comprendre parce que nous avons une communauté de Français assez importante en IsraëlLes couples classiques peuvent commencer assez tôt leur demande de PMA s’ils ont un problème ». Dalila évoque ainsi la politique nataliste en Israël : « La religion juive incite beaucoup à procréer. Nous avons en moyenne 3 enfants par couple.  Les couples très orthodoxes ne prennent pas la pilule et ils ont souvent 8 à 9 enfants ».

Marie-Aimée Personne

* Prénoms modifiés

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