Dur dur pour Leila et Abdel de m’accorder un moment. Dans trois jours, ce couple et leur garçon de 2 ans partent pour un mois et demi en Algérie. Entre les emplettes – que Leila fait au marché comme la plupart de ses voisines -, et le remplissage au plus serré des valises, le Jour J approche à grande vitesse. La petite famille fera 1 600 km en voiture jusqu’à Alicante, en Espagne, puis prendra le bateau pour Oran, une ville de l’ouest algérien. Cela fait presque 10 ans qu’Abdel effectue le même trajet, à l’origine pour une question de budget.  Le voyage en bateau lui a coûté 600 euros pour les trois personnes. En plus des frais de la voiture, qu’il partage avec un ami qui les accompagne, Abdel débourse au total environ 1 000 euros. Une bonne affaire sachant qu’un seul billet d’avion pour Oran coûte au moins 500 euros l’été. Et un vrai plaisir : « On prend le goût des vacances avec la musique raï dans la voiture, les estivants qu’on rencontre dans les aires de repos et le climat méditerranéen qui s’approche. Sur le bateau, quand j’aperçois au loin la côte oranaise, je me sens comblé », raconte le père de famille qui n’y voit donc que des avantages. Leila aussi apprécie l’ambiance du trajet mais elle ne pense qu’à une chose : « retrouver nos proches ». Leur fils n’étant pas scolarisé, le couple pourrait partir à d’autres moments de l’année, mais août « est le seul moment où on se retrouve tous en famille ; ceux de là-bas et ceux d’ici », explique Abdel. A deux heures du grand départ, la voiture est si pleine de cabas qu’on ne sait où caser la glacière. Et « pas question de mettre un porte-bagage ! Je refuse que la voiture ne se transforme en scarabée », lance Abdel. Departs_001_1 Tandis qu’il va s’allonger pour être en forme avant de prendre le volant, Leila exploite le moindre centimètre carré pour y insérer un dernier sac ou objet. Une destination de joies et de peines « En Algérie, dans une même journée, on peut passer de la joie à la peine », raconte Leila autour d’un dernier café. De la joie parce qu’elle retrouve sa ville natale, passe des moments d’échanges inégalables avec ses parents et ses cousins, parce qu’elle fait la fête, retrouve plein de gens dans les mariages et profite des après-midi entiers de la plage. De la peine parce qu’il suffit d’un « pépin » pour que cette joie dégringole : « L’année dernière, mon fils est tombé malade », se rappelle Leila. Son enfant a été emmené au dispensaire ; paradoxalement, c’est là que la tâche s’est compliquée. « Les médecins manquaient cruellement de matériel. Ils n’ont pas soigné le bébé dans les bonnes conditions, malgré leur attitude fraternelle », explique-t-elle. Autrement dit, les médecins ont été d’une grande gentillesse et ont su la rassurer. A elle de constater que « là bas, dans tous les domaines, la dure réalité n’efface pas la chaleur humaine. C’est ce qui fait tout le charme du séjour en Algérie ».

Par Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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