Il est 14 heures, le muezzin appelle à la prière. La grande, celle du vendredi. Hier. Les fidèles se pressent en nombre. Nous sommes à la mosquée Zeitouna, l’une des plus anciennes de Tunisie, située en plein souk de Tunis à quelques dizaines de mètres de la casbah où sont réunis les derniers opposants à l’actuel gouvernement. Pendant des siècles, la Zeitouna ne fut pas seulement un lieu de prière, ce fut aussi une université.

Par crainte d’une opposition incontrôlable, le premier président du pays, Habib Bourguiba, décida sa fermeture dès son arrivée au pouvoir juste après le départ de la France en 1958. A l’époque Ben Ali, ce lieu n’était ouvert que le temps de la prière. Aujourd’hui, c’est de l’histoire ancienne. « Quel bonheur de venir quelques heures avant la prière pour se recueillir, avant c’était impossible », se réjouit Ahmed, chirurgien à l’hôpital de Tunis. « De peur de me faire arrêter, je ne faisais même pas la prière du matin à la maison », confie le médecin.

Un vent de liberté arrive sur les épaules de l’imam. Sous l’ancien régime – si proche encore dans le temps – les prêches arrivaient directement du ministère des cultes. L’imam revêt les habits du moment : « Nous sommes libres, notre religion est en accord avec cette liberté. Nulle contrainte en religion comme le dit un verset. La liberté de pensée est un principe de l’islam. Regardez l’histoire, la civilisation islamique a donné des penseurs émérites. Et Dieu nous impose de réfléchir sur nos versets », s’époumone l’imam.

A la sortie de la prière, la plupart des fidèles rencontrés se réjouit de cette liberté comme miraculeuse : « Nous sommes enfin libres. Nous souhaitons que le gouvernement gouverne dans la justice et la droiture. Je ne voterai pas spécialement pour un parti islamique. Bien au contraire, l’islam ne se réduit pas à un parti », confie Hajj Faouzi, la cinquantaine. « D’ailleurs, faites le tour des fidèles, personne ne connaît Hannouchi, le leader d’Ennahda (parti religieux) », assure le pèlerin.

Personne ? Non. Certains connaissent ce leader mais n’adhéreront pas aveuglement, disent-ils, à ses idées. « Si son programme correspond à celui de l’AKP turc, je pourrai voter pour lui. Et a priori c’est le cas », croit savoir Mahmoud, un jeune étudiant en sciences politiques. « Et à ceux qui crient au péril vert, nous disons que la démocratie doit accepter les partis qui représentent une opinion, dès lors que les idées qu’ils propagent respectent la constitution. Et ne mélangeons pas les takfirites (extrémistes islamistes) avec les musulmans éclairés », conclut Fouad, un enseignant en économie.

Changement d’époque oblige, les fidèles, ce vendredi, ne quittent pas précipitamment la mosquée, beaucoup restent pour refaire le monde, jouer avec les enfants sur l’esplanade. Décidément, la Tunisie…

Chaker Nouri (Tunis)

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