Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis une Palestinienne de Jérusalem-Est, mère de cinq enfants, militante féministe et des droits de l’Homme. Je représente le parti du peuple palestinien et siège au bureau politique. Je suis aussi une des fondatrices de l’association « Sun flower » qui milite pour le respect de l’environnement et le respect des droits de l’Homme et je fais partie du conseil d’administration de plusieurs ONG bénévolement.
Qu’est-ce qu’être palestinien aujourd’hui ?
C’est comme vivre dans une grande prison. Ce n’est pas la première fois que je viens en France et je me déplace d’une région à une autre, d’une ville à une autre librement. Je ne passe par aucun obstacle, fermeture militaire, check point ou rien de la sorte. Je ne suis pas obligée de perdre plusieurs heures par jour pour aller chez moi, à l’hôpital, à l’école, voir ma mère et ma famille.
C’est un désastre, un désastre humain, et en particulier pour ceux qui vivent à coté de Jérusalem entouré de toutes ces colonies. Vous voyez d’un côté toutes ces colonies avec des maisons qui sont construites avec des parcs, des piscines, des jardins et tous ce qu’il faut pour les enfants, toutes les commodités pour vivre une vie saine. Et vous jetez un coup d’oeil à côté sur ces villages palestiniens qui manquent de tout, qui n’ont pas l’eau courante où les écoles sont délabrées. Même leur principale source de revenu qui est la culture des olives leur est confisquée. Les colons, sous protection des soldats israéliens, viennent récupérer ces olives. Les Palestiniens se retrouvent donc sans avenir.
Est-ce plus difficile pour la militante politique et féministe que vous êtes  ?
Aujourd’hui par exemple, si j’écris quelque chose sur mon Facebook, ils contrôlent ce que vais dire. De nombreux jeunes ont été emprisonné à cause de choses qu’ils ont écrit sur Facebook. En 2006, j’ai été arrêtée dans le cadre d’un meeting public pendant les élections législatives. Le gouvernement Israélien avait autorisé ces élections législatives mais les meetings publics étaient interdits.
Récemment, il y a eu un rassemblement pacifique du camp de réfugier de Kalandia pour protester contre la violation des droits de l’homme et de la femme. Ils manifestaient pacifiquement sans armes, on leur a tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogène. Chaque fois que les Palestiniens protestent, ils font face à des exactions de cette violence-là. À Sejarah (quartier de Jérusalem-Est) cinq familles se sont fait expulser de force pour installer des colons. Des femmes, des hommes, des personnes âgées se sont fait tabasser. Certains sont même allés en prison. Ils ont rassemblé toutes leurs affaires puis les ont jeté sur un terrain vague, ces familles sont restées pendant 1 an dans les rues sans abri. Imaginez-vous comment ces enfants peuvent grandir dans les rues comme ça sans rien. Imaginez-vous ce mode de vie sous pression, dès qu’ils essayent de protester ou de s’élever contre ces discriminations, ils sont réprimés.
Comment évolue la situation à Gaza depuis l’été dernier ?
Cet été il y a eu des destructions massives de maisons, d’écoles… Les gens se sont retrouvés dans des tentes en attendant que tout soit reconstruit. Cette année l’hiver a été très rude, il y avait du vent de la pluie, de la neige. Les systèmes d’évacuation des eaux lors du deuxième épisode neigeux ont été détruit. Il y a aussi des pluies et des inondations très importantes. L’eau est montée jusqu’à deux, voir trois mètres. Tout ce que ces pauvres gens pouvaient avoir a été détruit par l’inondation, les meubles, dans les bâtiments publics les médicaments…etc.
En plus de ces destructions il y a aussi eu un blocus, ce qui fait que les habitants ont encore difficilement accès aux médicaments, les jeunes ne peuvent pas sortir de Gaza pour continuer leurs études. De plus, il y a beaucoup d’habitants de Gaza qui ont développées des maladies de peaux dû aux attaques de cet été et de toutes ces bombes qui leur ont été envoyées. L’armée Israélienne a je pense, à ce moment-là, expérimenté toutes ses nouvelles substances qui sont normalement expérimentées en laboratoire.
Y-a-t-il des perspectives de reconstruction ?
Les autorités Israéliennes ont confisqué toutes les ressources naturelles ce qui fait qu’ils ne peuvent pas se développer correctement par les énergies renouvelables ou la création d’industries qui permettent de créer de l’emploi normalement. Il faut savoir qu’en zone C, il y a 85% des terres palestiniennes qui sont contrôlées par des israéliens. Cela crée un désordre considérable qui est difficile à vivre au quotidien.
J’ai entendu Ariel Sharon, l’ancien Premier Ministre Israélien, dire à la radio « pas de futur pour les Palestiniens sur cette terre« . Aujourd’hui Benyamin Netanyahou met en place exactement la même politique, ce qui paralyse complètement le processus de paix.
Qu’en est-il au niveau international ?
Nous somme allés à la Cour Internationale de Justice, mais le gouvernement Israélien ne veut pas qu’une autre voix s’élève pour dénoncer toutes ces discriminations et cette répression. Cela casserait l’image de ce pays alors soutenue par les Etats-Unis.
Un autre exemple, celui de l’UNESCO qui a reconnu la Palestine comme un Etat et s’est vu couper ses subventions par les Etats-Unis qui soutient officiellement la politique Israélienne. Leur objectif est, comme ils le disent, de ne pas faire la paix, et ceux qui payent cette situation ce sont les Palestiniens. Ils vivent dans la discrimination, sans travail, et sans futur. Ce que nous voulons juste c’est retrouver notre droit à l’autodétermination dans un État autogéré avec Jérusalem-Est comme capitale.
Propos recueillis par Giuseppe Aviges

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