Les deux places les plus célèbres de la capitale catalane ont été le théâtre, dimanche 26 juin, de deux rassemblements, celui du mouvement des Indignés sur sa fameuse Plaça Catalunya et celui de la Gay pride de la Méditerrannée sur la Plaça d’Espanya. Sit-in alternatif autogéré contre méga concert ultra populaire de la fierté gay : Pourquoi choisir ? La Plaça Catalunya de Barcelone n’est plus ce qu’elle était. Une nuée de touristes, de passants et de pigeons disséminés autour de petits points de vente ambulants délivrant boissons fraîches et friandises.

Désormais, les Indignés cernent la place. Les tentes de camping ont poussé comme des champignons. Quant aux stands d’information sur tous les combats de los Indignados, ils font face aux grands immeubles alentours des banques et des multinationales, symboles honnis du Grand capital. Même les arbres ont été investis : ces jeunes squatteurs d’un genre nouveau ont hissé leur maison de fortune à plusieurs mètres du sol contemplant placidement ce nouveau rassemblement…

Le mouvement des indignés avait lui pris son envol le 15 mai dernier avec des rassemblements dans toute l’Espagne, inspiré par la révolte grecque de 2008 et les récentes révolutions en Tunisie et en Egypte. Les auteurs du manifeste Movimiento 15M – ¡ Democracia Real YA ! [Pour une vraie démocratie, maintenant ! ] se déclaraient indignés notamment par le panorama politique, économique et social espagnol qu’ils disent marqué par la corruption et par un manque de démocratie. Les indignés dénonçaient aussi le système et les banques qui ont mené à la crise financière de 2008, crise qui impose désormais des coupes budgétaires importantes dans de nombreux secteurs publics.

Depuis quelques jours, une grande marche populaire trace sa route dans tout le pays. Et le 23 juillet prochain, tous ces marcheurs et pèlerins convergeront vers Madrid. Ce dimanche, donc, sur la Plaça Catalunya, plusieurs centaines d’entre eux, n’ayant pas enfilé leurs chaussures de rando, s’adonnent à un sit-in, très discipliné.

Assis pendant plus de trois heures sur les escaliers menant à la place, els indignats comme ils s’appellent en catalan, écoutent attentivement toutes les interventions minutées, qui se succèdent. Ils agitent les mains en signe d’approbation à une proposition ou miment un moulin à vent quand un orateur les ennuie ou monopolise la parole.

Des commissions de quartiers ont été créés et chaque représentant vient annoncer les actions prévues dans le sien. Manifestation contre la fermeture d’un service dans tel hôpital, manifestation devant une banque à l’heure où tous ses cadres dirigeants arrivent, recensement des grèves par quartier, performance artistique, action de solidarité avec les immigrés… Les propositions et les prochains rendez-vous sont légions. Malgré les difficultés inhérentes à l’autogestion et le manque de communication dont se plaignent certains, le mouvement  ne s’essouffle pas à Barcelone, bien au contraire, il s’organise. Et une indignée d’appeler la foule, toute acquise à sa cause, à la patience. Car selon elle une Révolution ne se fait pas en un jour et que celle qu’ils sont en train de vivre mettra peut-être 50 ans pour toucher au but.

Au moment où se termine le rassemblement des Indignés, débute sur la Plaça d’ Espanya, un autre point névralgique de la cuitat condal, un mega concert pour clôturer les 10 jours de fête et d’événements culturels autour des fiertés LGTB (Lesbienne, Gay, Transgenre et Bisexuel) de la Méditerrannée. Cette fiesta géante est sponsorisée par une célèbre marque de bière, une compagnie aérienne espagnole, mais surtout par toutes les collectivités locales (Région autonome de Catalogne, Ville de Barcelone…) et les tranports publics barcelonais. Et elles ont mis le paquet !

Dans le cadre majestueux aux fontaines lumineuses du centre de foire et d’exposition de Barcelone, au pied de la célèbre colline de Montjuic, un public très nombreux exhulte sur les tubes de Fangoria, groupe de l’icone gay espagnole Alaska, ou, sautillent au son du DJ de Vancouver Marc Tattoo… La gay pride barcelonaise n’a plus rien d’alternatif comme le mouvement citoyen des Indignés quitté quelques stations de métros plus tôt. La Pride Barcelona est devenue au fil des années un événement tourisitique majeur drainant une foule de gays ou de fêtards hétéros, locaux, ou venus du monde entier.

Pour tous ceux-là, nul besoin d’autogestion ou de révolution dans 50 ans : les pouvoirs locaux, dans ce pays où le mariage gay est légalisé depuis 2005, contribuent à toute l’organisation. En octobre prochain, Barcelone sera candidate pour devenir la capitale européenne de l’EuroPride en 2015 et espère bien remporter la partie grâce cette démonstration de force. Ne reste plus qu’aux fétards de faire le plus de bruit possible et de danser jusqu’à plus soif.

Sandrine Dionys (de Barcelone)

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