Fin janvier, la guerre au Mali s’est étendue jusqu’au sud de l’Algérie: prise d’otages à In Amenas. Iymen revient sur les faits, en apportant des témoignages d’Algériens. 

Depuis le début de l’intervention de l’armée française au Mali, nous sommes tous plus ou moins concernés par ce qui s’y passe. Peu de temps après l’intervention de nos soldats au Mali, le conflit s’est déplacé plus au Nord du Mali et au sud de l’Algérie. En effet, une prise d’otages de grande envergure a secoué le site gazier de Tiguentourine, à In Amenas. Depuis la décennie noire qu’a connue l’Algérie, c’est la première prise d’otages à échelle aussi importante. En effet, 37 otages étrangers dont des Occidentaux et des Asiatiques ont été tués. A cette liste de victimes, s’ajoutent un Algérien ainsi que 29 ravisseurs. Trois ravisseurs ont été capturés. On peut se demander comment ces ravisseurs ont pu s’introduire sur ce site aussi protégé, tout comme le sont tous les sites gaziers du pays.

Les Algériens en apprenant la prise d’otages, ont revécu pendant quatre jours dans l’angoisse qui les avait habités pendant la vague de terrorisme. La plupart des personnes interrogées sur le sujet nous disent : «  Nous ne voulons pas de ça ici. La France est responsable de tout ça ».  Il est aussi fait référence au fait que le président Algérien Abdelaziz Bouteflika ait autorisé le survol de l’espace aérien algérien par les avions de l’armée française.

En interrogeant Nacer, on comprend bien son état d’esprit : « Je pense que la France commet une grave erreur. Le gouvernement Algérien a essayé de les dissuader de ne pas se jeter dans ce conflit. Ce serait une erreur de notre part de penser, qu’en tant qu’Algérien, cela ne nous concerne pas, d’autant plus avec ce qui s’est passé. J’espère que cela ne va pas nous atteindre de nouveau et que seule la France poursuive sa guerre aux côtés de l’armée malienne. Mais ce qui est plus effrayant, c’est la suite : que va-t-il se passer ? »

Sabrina, fonctionnaire de 36 ans, a vécu son adolescence dans la peur du terrorisme. Elle dit «  yakhto rasna ! », qui veut dire «  qu’on nous foute la paix ! » Elle ajoute à cela « Nous, quand on était en difficulté, nous n’avons attendu personne. On s’est débrouillé tout seuls ! La France ne marche que par intérêts avec nous. De plus, en ce qui concerne le Mali, j’ai du mal à croire que la France fasse cela pour combattre le terrorisme… Je pense que c’est plus pour défendre ses intérêts. Et en plus, jamais la France n’a félicité le combat que nous menons depuis des années contre le terrorisme, on se passera donc des leçons de morale concernant le dénouement de la prise d’otages et la manière dont cela a été fait.»

Fin janvier, on a appris, par le premier ministre Algérien Abdelmalek Sellal, que les combattants de Mokhtar Bel-Mokhtar, l’un des fondateurs d’AQMI, voulait faire exploser le site gazier. Abdelmalek Sellal a aussi ajouté que parmi les 32 terroristes, il y avait 3 Maliens, 3 Algériens, 11 Tunisiens, ainsi que des canadiens, des Egyptiens et des Mauritaniens.

Lorsqu’on constate la diversité d’Aqmi, on peut se poser la question suivante : la France doit-elle intervenir partout où le terrorisme frappe ? Ou seulement là où ses intérêts se trouvent ?

 

Iymen Mani

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