Un billet Paris-Lausanne : 72 euros. Une nuit à l’hôtel : 60 francs suisses. Se former au métier de journaliste  en Suisse parce qu’aucune rédaction française ne veut de vous : ça n’a pas de prix. La boucle est bouclée, retour aux sources de notre blog bien aimé, L’Hebdo. Cette terra incognita d’où Serge Michel Colomb est parti pour dévoiler au monde l’exotique banlieue française, terre où on n’était pas loin de penser qu’elle était plate, notre banlieue, vu la façon dont certains médias la décrivaient lors des événements de 2005. A propos, je suis pris en stage à « L’Hebdo » pour un mois (photo: la rédaction se trouve en contrebas du pont, côté cathédrale). Je me serais bien initié en France, mais on ne veut pas de moi. Rien à voir avec une quelconque discrimination : la presse française, c’est Battle Royal, et comme dans le film de Fukasaku, ça se tape couteau entre les dents, même pour un stage. On ne prend que les gens sortis des grandes écoles de journalisme. De l’aveu d’un directeur de programmation d’une radio importante, qui m’a reçu en entretien, c’est une sorte de corporatisme.

 

J’arrête de pleurer, revenons à nos moutons. Je débarque à la gare de Lausanne à l’ancienne, sans chichis, laissant libre cours à toute ma fantaisie. Je ne sais même pas où je vais passer ma première nuit. Dieu merci, les Suisses m’ont filé quelques adresses d’hôtels pas trop chers. « Pas trop chers » en Suisse, ça me fait peur.  Avant de me mettre en quête d’un toit, je change quelques euros. Tant mieux, il est fort en ce moment.  Au bout du dixième coup de fil et de deux litres de sueurs froides versés, je déniche enfin une auberge de libre. Sens de l’orientation d’huître aidant, je demande mon chemin au premier chaland que je croise, une dame âgée, qui me répond gentiment. Après m’avoir indiqué avec précision le lieu où se trouve ma couche, elle me demande si je suis français. L’accent, les bagages, mon faciès de nos vieux terroirs …. Trois éléments tout aussi flagrants qu’un bandeau bleu blanc rouge qui m’aurait fièrement ceint le front. Après lui avoir énoncé non sans un certain contentement ma nationalité tricolore, cette vénérable dame me donne mon premier conseil afin de pouvoir profiter pleinement de mon séjour en Suisse : « Faites attention à vos bagages ici. Gardez tout sur vous, bien caché. Il y a  des Bulgares et des Tsiganes, des Suisses aussi, remarquez, mais c’est des drogués (…) Je sais qu’en France aussi il y a des  risques.  Il y en avait pas ici avant, maintenant c’est un peu différent  ».  Je résiste à l’envie de lui dire qu’en France, je suis justement considéré par beaucoup comme un de ces risques et continue mon chemin tout me disant que décidément, le Tsigane reste une norme internationale du cliché. Pour le Bulgare, je ne savais pas.

 

J’arrive à mon hôtel, la chance et mon efficacité veulent qu’il se trouve prêt de « L’Hebdo », et qu’il y ait du wifi en plus. J’aime le luxe.  J’allais partir en repérage dans la ville, quitte à affronter l’armé de Bulgare et de Tsiganes embusqués dans les ruelles afin de me voler mes caleçons rideaux du marché, mais un gros orage m’a mis au lit. Une dernière pensée pour Bondy et dodo, demain il y a  charbon à 9h00.

 

Idir Hocini

Idir Hocini

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