770 Eastern Parkway. C’est une ancienne bâtisse ombragée, dans ce quartier juif de Brooklyn, plantée au bord de la route. « C’est le QG de Habad Loubbavich (ndlr : branche de l’hassidisme un mouvement religieux juif), 500 élèves étudient ici », informe le rabbin Mikhael Cohen. Il porte une barbe blanche foisonnante, un chapeau et un costume sombre. « Depuis 1999, je vis à New York, avant j’habitais à Créteil ».

Vendredi matin, le ciel est d’un bleu resplendissant. « Aujourd’hui, on prépare le shabbat du samedi, prévient le rabbin. Le shabbat, c’est un jour de repos qui dure 25 heures ». Il serre la main à un homme. « Il y a 3 millions de juifs à New York. Cela représente un homme blanc sur deux ». Et de nous prévenir : « Là, on est dans le quartier général de Habad Loubavitch du monde entier ».

A l’angle de la rue, une voiture de police campe. Les flics veillent : « Depuis le 11 Septembre, dit-il en pointant la voiture à l’arrêt, nos libertés sont de plus en plus menacées. On est une cible, comme d’autres sont une cible ». Le 11 Septembre, il s’en souvient. Il l’a même vécu ici, « sur le toit de cette maison ». « J’ai vu les tours tomber depuis chez moi », fouille le rabbin dans sa mémoire.

« Ces extrémistes ont donné une mauvaise image de l’islam. D’ailleurs, la seule solution à l’extrémisme, c’est que les modérés s’opposent fermement. Mais malheureusement, les              modérés n’ont pas la parole chez les musulmans », affirme  Mikhael Cohen. Et de soutenir : « Chez nous, les extrémistes n’existent pas. Et si ça existait, on s’y opposerait très vite. C’est contre nos principes ». « Et puis, un juif ou un chrétien qui s’explose dans un bus, ça n’a jamais existé. C’est un fait », dit-t-il.

Il nous embarque dans le sous-sol de la maison. Il y a beaucoup de fidèles, les regards se braquent sur nous. Tous portent des chapeaux et costumes sombres. Quelques uns prient, la Torah entre les mains, en s’enroulant une lanière de cuir autour du bras et en fixant leurs tefillins (deux cubes noirs qui relient la tête et la poitrine « parce que les deux sont liés » et où sont inscrits des extraits de la Torah).

On ressort. Le quartier juif s’éveille doucement. Les femmes portent des tailleurs sombres et des perruques. « La femme doit montrer ses cheveux qu’à son mari. C’est une partie sacrée de son corps  », explique le rabbin. Un homme récolte quelques dollars, au coin d’une rue. « Il va se marier, on va l’aider. C’est la charité juive ».

Sur le trottoir, une autre voiture de police. Avec des inscriptions en hébreu. C’est une voiture de la shomrim, la police privée du quartier juif. « Ils constatent les délits, interviennent et font appel à la police d’Etat. D’ailleurs, pour moi, si on veut arranger les choses, il faudrait privatiser le social ». Dans le magasin face à la boulangerie, les kippas s’arrachent comme des petits pains. Les livres religieux tapissent la bibliothèque et les tableaux juifs se vendent quelques centaines de dollars.

Douze ans maintenant que le rabbin Mikhael Cohen a traversé la mer, qu’il a quitté la France, sans pour autant qu’elle lui manque tant. Il analyse : «Quand il n’y a plus eu l’Eglise en France, la laïcité est devenue la nouvelle religion d’Etat. Mais ici, on ne reconnaît aucune religion plus qu’une autre et la laïcité est la même pour tous. C’est ce qu’il y a de positif dans le communautarisme à l’américaine ».

On s’attable dans un café du quartier. «Vous êtes chez moi, je vous invite ». Il prend un café. Il nous raconte son passé, se souvient : « J’étais en Judée-Samarie (Cisjordanie) dans les années 70. A cette époque, on s’arrêtait et on discutait sans problème avec les Arabes. Parfois, ils m’invitaient à prendre un thé ». On évoque l’Etat palestinien qui compte justement être proclamé la semaine prochaine à l’ONU, à New York.

« Non » s’oppose le rabbin. « Ça permettra à des gens mal famés d’avoir des tanks et des missiles. Le Hamas, c’est une organisation terroriste. Et si les Palestiniens qui vivent autour d’Israël arrêtent d’envoyer des bombes je suis sûr que tout irait bien. On n’a pas besoin d’un Etat palestinien. ». Pour la proclamation , ce n’est pas gagné…

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

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