A l’occasion des 100 ans de la bataille de Neuve-Chapelle, une plaque commémorative a été posée à Bobigny pour honorer le sacrifice des sikhs tombés durant la Première Guerre mondiale.
Il y a 100 ans, le 13 mars 1915, dans la première année de la Grande Guerre, eut lieu la bataille de Neuve-Chapelle où se sont illustrées les troupes britanniques. Enfin les « Britanniques » entre guillemets… Les officiers étaient en effet tout roux et tout pâles, ils buvaient du vin cacheté et avaient le droit à du chocolat. Le troufion qui marchait dans la boue sous le shrapnel allemand, lui, était en turban, une peau tannée par 10.000 ans de soleil, et le regard de jais du peuple sikh, qui composait la majorité des 7e et 8e divisions indienne.
Durant trois jours de combats, plus de 20.000 soldats perdront la vie pour quelques kilomètres gagnés, un exploit à l’époque, guerre de position oblige. Même défait, le soldat prussien – cette plaie d’Égypte pour la France – ne meurt jamais seul : 11.000 soldats britanniques pour presque autant de Fridolins sont tombés au combat.
Pour honorer le sacrifice des sikhs tombés en France, une plaque commémorative a été inaugurée au Gurdwara (lieu de culte sikh) de Bobigny. « Les sikhs étaient recrutés dans les armées britanniques, car ils avaient une réputation de guerrier » raconte Ranjit Singh, membre de la communauté sikhe de Bobigny. Un pédigrée qu’ils ont gagné lors de la conquête de l’Inde. Le Pendjab, leur région d’origine, inexpugnable bastion, fut la dernière à tomber sous le joug de la couronne britannique.
Les liens entre les Sikhs et la France remontent bien avant la Première Guerre mondiale : » un roi sikh du XIXe siècle, amoureux de la France, a fait construire par des architectes français une réplique du château de Versailles qui est aujourd’hui une école militaire. Ces mêmes rois ont également donné à Cartier des émeraudes énormes. En retour ils recevaient des parures du bijoutier ».
Les armées des rois Sikhs du début du XIXe siècle étaient également formées par des officiers napoléoniens. Mais ce sont les étudiants sikhs en informatique venus dans les années 1970 en France qui ont formé l’avant-garde de la communauté en France.
Il existe une forte individualité Sikh au sein de la fédération indienne, particularité dont on n’a pas tenu compte à l’indépendance. Grenier à blé du Raja, le Pendjab fût divisé entre le Pakistan et l’Inde. « Les Pendjabis du Pakistan sont musulmans, mais nous partageons la même langue et la même culture, ça se passe très bien entre nous » affirme Ranjit Singh. Illustration parfaite de ces liens : le film Veer Zaara; un des meilleurs Bollywood de ces dix dernières années, qui narrent les amours chastes d’une Pakistanaise et d’un Indien sikh joué par Shahrukh Khan, à côté de lui Brad Pitt c’est de la chips. « L’histoire est romancée, mais elle est tirée d’une histoire vraie » raconte Monsieur Singh.
« La communauté sikhe : première victime de l’islamophobie en France »
Au passage, Monsieur Singh, ça ne veut rien dire pour un sikh. Société très égalitaire tous les sikhs s’appellent Singh. « Nous prônons une égalité parfaite entre les membres de la communauté ainsi qu’avec les membres de l’humanité entière. Pour résumer notre croyance, nous croyons en un dieu unique et les piliers de notre foi sont la méditation, le travail fait avec honnêteté et le partage ». Les sikhs sont également végétariens et croient à une forme de réincarnation.
« La communauté sikhe : première victime de l’islamophobie en France » affirme Ranjit Singh. « Du fait de notre apparence particulière, barbe, turban, on pense que nous sommes musulmans. Pas à Bobigny où les gens nous connaissent bien, mais dès qu’on sort de l’Ile-de-France certains d’entre nous ont des problèmes ». S’ajoute à cela l’interdiction du port de turban à l’école dans la foulée de l’interdiction des signes religieux dits ostentatoires.
La nécessité faisant force de loi, on peut verser son sang pour la France, enturbanné si l’envie nous chante, mais pour poser une équation au tableau, il faut avoir les cheveux au vent. Même un chignon trop serré peut poser problème s’il est associé à une robe trop longue et un nom avec deux H qui se termine en A. « Une loi que l’on accepte », mais que les sikhs trouvent injuste tant le turban qui protège leur chevelure, sacrée pour eux, fait partie de leur identité, ce qui crée également des difficultés pour leurs papiers d’identité.
L’ONU est d’accord avec le point de vue sikh. En 2012, le Comité des droits de l’Homme de l’institution a épinglé la France pour le cas de Bikramijt Singh, un jeune lycéen exclu de son établissement scolaire en 2004 pour avoir refusé de retirer son turban à l’école. L’ONU juge que « l’attachement légitime des autorités françaises au principe de laïcité n’autorise pas tout, et ne justifie nullement que des élèves soient renvoyés au motif de leur foi ». Allah est grand. Rien à voir avec les sikhs, mais j’en profite tant que c’est encore permis de l’écrire…
Idir Hocini

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