Lors de la matinée au CFPJ nous avons rencontré, perdue dans le nombre des étudiantes russes, une jeune israélienne. « Elle ! Une Israélienne ? » me suis-je dis en la voyant, Il y a un truc qui colle pas. Déjà elle ressemble à Pocahontas puis elle parle un français excellent ce qui m’amena à faire cette remarque toute conne : « C’est fort un Juif, en trois semaines ça parle français ». Sans vouloir retirer aux Israéliens leurs dons pour les langues, sa maîtrise du français trouve une explication toute simple : c’est qu’avant d’être citoyenne de l’État hébreu, Sophie avait toujours vécu en France. En fait. Elle vient juste de faire son alaya, son retour en Israël. Elle a bien voulu m’en parler autour d’un bon café. Elle m’arrête tout de suite : « je n’ai pas quitté la France à cause d’un quelconque acte antisémite. J’étais bien ici mais en Israël je suis mieux ». Elle m’explique qu’elle a suivi son père qui a décidé de changer de pays il y a un an. Sans renier son appartenance à la France, elle m’affirme qu’elle se sent avant tout Israélienne. « Les relations humaines y sont très riches. La pratique du judaïsme est libre là-bas, non pas qu’on nous empêche de le faire ici mais effectuer un shabbat complet est impossible dans les faits. C’est un retour aux sources, j’ai envie de faire ma vie là-bas, d’y fonder une famille voilà tout ».

Notre entretien continue sur l’image de notre pays en Israël : « La France est perçue comme un pays ou il y a trop d’arabes ». « Oui, continue-t-elle, sa politique extérieure est jugée comme trop passive trop pro-arabe. Quant à savoir si elle est perçue comme un pays antisémite, je pense que toute personne intelligente sait que c’est faux. En général les Israéliens ont trop à faire avec ce qu’il se passe chez eux pour s’intéresser à la France ». Elle décrit Israël comme un melting-pot incroyable : « Des Juifs de Russie, du Maghreb et même d’Éthiopie se côtoient. Les Arabes Israéliens représentent une communauté à part. Il y a une séparation, il faut le reconnaître ». Quant à la vie au quotidien, « elle est marquée par les fouilles à chaque endroit public. Et on fouille tout le monde », précise-t-elle. Pour ce qui est de l’image de nos banlieues, elle rétorque : « Ben c’est comme si tu demandais à un Allemand où est la Creuse ». Je l’interroge sur la présence d’une éventuelle communauté francophone en Israël : « Elle existe, ils travaillent entre-eux, beaucoup maitrisent mal l’Hébreu. Ça pose des problèmes d’intégration ».

En évoquant le conflit au Moyen-Orient, deux Libanaises attablées à côté s’invitèrent dans la conversation, au moment ou Sophie évoqua un quartier chrétien que les bombardements israéliens auraient épargné. « C’est faux, ce quartier a eu des pertes, j’y étais », affirme l’une d’elles. « Cet été, c’était le bazooka utilisé contre un moustique ». Nous voilà lancés dans une discussion un peu enflammée sur la dernière guerre au Liban. Personnellement ça ne me dérange pas, les bagarres de filles c’étaient les plus drôles au collège. Mais finalement rien de fâcheux ne se passe, elles nous ont quitté dans la cordialité « mais sans un regard pour moi », affirma Sophie . Je pris congé en lui souhaitant bonne chance pour sa nouvelle vie. Plus tard j’ai reçu un sms de mon ami Michael (dont j’ai décrit la pratique du judaïsme dans l’esprit pratique de Bondy). « J’ai garé mon merkava devant chez toi, descends de ta montagne salopard ». Ma réponse : « J’arrive. Signé Nasrallah ». Bondy, la ville où on peut encore rire de tout.

Idir HOCINI

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