J’étais une toute jeune adolescente lorsqu’un jour, en rentrant du marché accompagnée de ma mère et de ma tante, nous avons croisé, dans une rue de Rabat, un mendiant dont la maigreur m’a fait pâlir. Il avait aux pieds des chaussures tellement trouées qu’on ne pouvait plus distinguer s’il s’agissait de sandales ou de baskets et portait un k-way dans lequel il nageait. Ma tante lui a tendu quelques pièces et a récité une prière pour lui alors qu’il se dirigeait vers un autre homme pour demander l’aumône.

L’accueil qu’il reçut est l’une des scènes les plus choquantes qu’il m’ait été donné de voir. L’homme, plein de mépris, l’a insulté, a craché par terre et semblait prêt à le rouer de coups. Pourquoi ? Parce que ce mendiant était noir. L’homme lui a demandé comment il avait osé lui adresser lui parole. Le mendiant, honteux, ne maîtrisant pas l’arabe et les yeux peins de crainte, s’est éloigné en se protégeant avec les bras de coups éventuels.

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Des mendiants comme lui, venus d’Afrique subsaharienne, il y en avait plein au Maroc. Ils étaient là, coincés aux portes de leur rêve européen, entre leur vie d’hier et celle, fastueuse, qu’ils s’imaginaient  pour demain. Ils vivotaient pour la plupart, tentant de réunir l’argent nécessaire pour payer un passeur et traverser le détroit de Gibraltar. Et outre la misère, le travail, la faim, leur passage en Afrique du Nord est souvent marqué par le racisme des Marocains à leur égard. Sujet presque tabou, qui en rend certains mal à l’aise, d’autres moins lorsqu’on leur demande un avis sur la présence de ces Subsahariens au Maroc.

« Dieu nous a tous crée égaux tu sais, noirs ou blancs, d’autant plus que parmi eux, certains sont musulmans et sont nos frères ». Une autre exprime la même chose an ajoutant « oui mais ils ne sont pas comme nous quand même, ils ne sont pas très beaux et ils sont sales ». Beaucoup vous le diront et le reconnaissent : oui pas mal de Marocains sont racistes et se croient supérieurs aux personnes noires. Cela peut surprendre lorsque l’on sait que le Maroc est sûrement l’un des pays les plus chaleureux et accueillants.

Surement pour ne pas nuire à cette réputation et face à l’ampleur du problème et des maltraitances subies par ces Africains, une grande campagne de sensibilisation a été lancée il y a quelques semaines avec pour slogan « Je ne m’appelle pas Azzi ». « Azzi » étant un surnom péjoratif utilisé par les Marocains pour désigner toute personne noire. Campagne qui, d’ailleurs, en fait rire certains mais a le mérite de montrer l’action des autorités publiques.

Dans le même temps, le gouvernement marocain a opéré une campagne de régularisation des sans-papiers souhaitant finalement rester au Maroc au lieu de tenter la traversée pour l’Europe. Et pour cause, certains sont restés tellement longtemps au Maroc qu’ils s’y sont mariés et y ont eu des enfants. Toutes ces actions contribueront peut-être à faire évoluer les mentalités bien que le racisme demeure persistant et qu’on le retrouve même au sein de la communauté marocaine ayant immigrée en France.

Mais le plus choquant est encore ce racisme à l’égard de ceux qui sont nés au Maroc, qui y habitent depuis toujours. C’est le cas de cette amie de mes parents, qui habite toujours le village berbère qu’eux ont quitté pour la France et qui conclut toujours de cette manière quand la question du racisme des Marocains à l’égard des noirs est évoquée « nous, on est peut-être noirs mais notre cœur il est blanc, alors que vous, vous êtes peut-être blancs mais beaucoup d’entre vous ont le cœur noir ».

Latifa Oulkhouir

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