La question de la politique française en Afrique demeure marginale dans la campagne présidentielle hexagonale. Or, cette thématique mérite de l’attention, notamment au niveau monétaire avec le Franc CFA. L’économiste togolais Kako Nubukpo a co-écrit un ouvrage sur le sujet, « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le Franc CFA ? ». Il a accordé un long entretien au Bondy Blog sur la place du Franc CFA dans le débat public et sur la Françafrique. Interview.

Bondy Blog : Pour quelles raisons le Franc CFA doit-il être abandonné ?

Kako Nubukpo : Le Franc CFA est le Franc de la Communauté Financière Africaine mais au départ, c’était le Franc des Colonies Françaises d’Afrique. Cette monnaie n’est pas aujourd’hui au service de la croissance et du développement car étant arrimée à l’euro, elle sert beaucoup plus les intérêts des rentiers que ceux des petits entrepreneurs, notamment ruraux, qui ont besoin de créer de l’activité, de créer des emplois, de créer de la richesse. Donc, c’est moins son abandon que nous prônons que sa mise au service de la croissance et du développement des nations qui l’utilisent.

Bondy Blog : Peut-on dire que le Franc CFA est une application de la ce qu’on appelle la « Françafrique » au niveau monétaire ?

Kako Nubukpo : C’est beaucoup plus subtil que ça ! Dans la mesure où, au moment des indépendances, les pays avaient le choix entre garder le Franc CFA ou l’abandonner. Quand vous prenez les pays du Mékong francophone, le Laos, le Cambodge et le Vietnam, dès 1950, il y a eu la conférence de Pau qui a mis en place les bases d’une sortie de la zone Franc de ces pays. Et en 1954, il y a eu la conférence de Paris, au cours de laquelle il a été acté que le Laos, le Cambodge et le Vietnam allaient quitter la zone Franc. Quand vous prenez la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, vous avez eu le même processus : dès 1956 avec la Tunisie, en 1959 avec le Maroc et après les accords d’Évian en 1962 avec l’Algérie. Les pays que je viens de citer ont gardé de bonnes relations commerciales avec la France. Ça veut dire qu’on peut ne pas être dans la zone Franc et être de bons partenaires commerciaux avec la France. Et c’est pour cette raison que, s’agissant des pays subsahariens francophones, qui ont décidé de garder le Franc CFA, je parle de servitude volontaire. Ce sont nos chefs d’État qui ont décidé de rester dans la zone Franc. Et c’est pour ça que vous ne me verrez jamais parler d’un complot de la France vis-à-vis de l’Afrique, s’agissant de la monnaie CFA. Je pense fondamentalement que la responsabilité est africaine. C’est peut-être par peur d’assumer les implications économiques de l’indépendance que certains de nos chefs d’État voulaient créer la monnaie togolaise. Malheureusement, au Togo, on a eu un coup d’État militaire, ce qui fait que la monnaie togolaise n’a jamais pu entrer en vigueur. Mais la Guinée de Sékou Touré a créé son syli. Modibo Keïta, qui a signé les accords de l’Union monétaire ouest-africaine en 1962, est sorti quelques mois après de la zone Franc et le Mali a réintégré la zone Franc en 1984. C’est peut-être la question de la capacité à assumer les implications des indépendances qui est ici en jeu, s’agissant du CFA.

Bondy Blog : Une sortie du Franc CFA est-elle suffisante pour le développement économique des pays d’Afrique francophone utilisant cette devise ?

Kako Nubukpo : Bien sûr que non ! J’appartiens à l’école de la non-neutralité de la monnaie, c’est-à-dire que je pense que la monnaie joue un rôle dans le secteur réel de l’économie. De fait, vous avez beaucoup de pans de l’économie qui ne sont pas monétaires et qui jouent aussi un rôle, comme la gouvernance économique, la capacité à rendre des comptes, à gérer sérieusement les affaires, l’éducation, la formation, tout ce qu’on peut qualifier d’éléments structurels pour le développement. Tout ça n’est pas directement lié au fait monétaire. Le lien peut être indirect parce que si vous avez la capacité à générer du crédit dans votre économie, vous pouvez augmenter les capacités d’offre, et donc, la capacité de votre économie, à long terme, à avoir de bonnes incitations productives. Toute la question est de savoir : où est-ce qu’on met le curseur ? Parce que nous ne voulons pas, comme la RDC ou le Zimbabwe ont pu le connaitre, avoir des régimes hyper-inflationnistes. Parce que ces régimes détruisent la confiance vis-à-vis du fait monétaire. Mais en contrepartie, nous ne voulons pas que nos pays aient la même politique monétaire que l’Allemagne, parce qu’un Franc CFA arrimé à l’euro, ça veut dire que les fluctuations du Franc CFA ne proviennent pas des évolutions conjoncturelles au sein de la zone Franc, mais des évolutions conjoncturelles au sein de la zone euro. C’est ça l’enjeu ! Comment désarrimer le CFA de l’euro pour en faire un instrument de développement et non pas un outil de facilité pour des dirigeants qui, eux-mêmes, n’ont pas été capables ou n’arrivent pas à nous montrer qu’ils sont dignes de gérer le destin des populations. C’est ça, tout l’intérêt du débat autour du CFA.

Bondy Blog : Estimez-vous que la problématique du Franc CFA est marginalisée par la classe politique française à l’heure de l’élection présidentielle ?

Kako Nubukpo : Oui. C’est ce qu’on appelle le « kilomètre sentimental ». Plus les choses sont loin de vous, moins elles vous touchent. Même si leur impact, au final, peut être très grand sur ce que vous vivez. Durant les élections présidentielles, on s’intéresse beaucoup à la vie quotidienne des populations, notamment celles qui votent. Du coup, le CFA peut être perçu comme une question « exotique » et dont la réponse est d’autant moins urgente que ceux qui sont impactés en premier lieu. Les populations africaines, ne semblaient pas, jusqu’à une période récente, particulièrement intéressées par cette question. Il y a une sorte de consensus implicite pour que, finalement, une question aussi importante que celle de la monnaie pour presque 300 millions de personnes ne soit jamais portée au cœur du débat. Pas seulement en France, mais même lors des scrutins présidentiel en Afrique.

Bondy Blog : Dans une conférence à la fondation Jean Jaurès, le 14 décembre 2016, vous avez évoqué l’édification d’une monnaie unique ou commune sur l’ensemble du continent africain à l’horizon 2063. Pourquoi cette date-là ? Quelles en seraient les étapes ?

Kako Nubukpo : L’horizon 2063 est l’horizon de la prospective qui a été faite par l’Union africaine. En 2013, l’Union africaine a adopté un document intitulé : « Les 50 prochaines années : l’Afrique que nous voulons ». Ce document, qui est issu de la prospective de l’Union africaine, est le document de référence de toutes les politiques publiques mises en œuvre sur le long terme. C’est pour ça qu’à mon avis, ça peut être également l’horizon de la mise en place de cette monnaie africaine. Pour les étapes, vous avez deux écoles de pensée. La question se pose pour l’Afrique de l’Ouest. Les 15 pays de la CÉDÉAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, n’utilisent pas tous le CFA. Huit d’entre eux sont francophones et utilisent le CFA, et sept ont chacun leur monnaie. Il est prévu qu’à l’horizon 2020, il y ait une monnaie unique pour l’ensemble de la CÉDÉAO. La difficulté que nous avons, relayée par la première école de pensée, c’est que nos économies ne sont jamais dans la même phase du cycle économique, c’est-à-dire que les pays francophones d’Afrique de l’Ouest sont des pays importateurs de pétrole. Or, vous avez un pays comme le Nigéria, qui est un pays exportateur de pétrole. Ce qui fait que quand le prix du pétrole monte, le Nigéria va plutôt bien parce que ça lui fait des recettes et les pays francophones vont plutôt mal parce que ça fait une facture pétrolière très importante, et vice-versa. Ça veut dire qu’avoir la même monnaie pour des pays qui ne sont jamais dans la même phase du cycle économique rend difficile la mise en œuvre d’une politique monétaire. La politique monétaire, par nature, est contra-cyclique. Elle va contre le cycle naturel de l’économie. Donc, quand ça va bien chez le Nigéria, ça va mal chez nous, et vice-versa. On ne saurait pas quelle serait l’allure de la politique monétaire pour l’ensemble de la CÉDÉAO. C’est pour ça que le FMI a toujours pensé qu’il était absurde de vouloir faire une monnaie pour l’ensemble de la CÉDÉAO.

Il y a une deuxième école de pensée qui dit qu’au contraire, c’est parce qu’on est différent qu’il faut faire justement la monnaie parce qu’elle créé les éléments de la convergence. Parce que la monnaie va susciter des spécialisations, de part et d’autre, qui vont créer de nouveaux cycles économiques. Ce qu’on peut tirer de ces deux lectures, c’est que la première est très économiciste et la seconde est peut-être plus politique, fondée sur l’idée que par le volontarisme, on pourrait y arriver. Ce que je dis par rapport à l’Union africaine, c’est que les cinq régions économiques qu’elle a définies pourraient, dans un premier temps, se doter d’une monnaie. Et ensuite, ces monnaies fusionneraient à l’horizon 2063 pour justement créer la monnaie africaine.

Bondy Blog : Au cas où cette monnaie serait effectivement en place, comment éviter à l’Afrique les travers que connait l’Europe avec l’euro ?

Kako Nubukpo : En fait, il y a deux questions qui sont complémentaires. La première : est-ce que ça peut faire sens de créer une monnaie pour l’Afrique ? Oui, car ça donnerait un élément d’unité, d’homogénéité en plus. Non, parce que les pays africains échangent très peu. Moins de 15% ! Ça n’aurait pas d’intérêt en termes de transactions commerciales. C’est pour ça que nous mettons l’horizon à 50 ans puisqu’on se dit que durant toute cette période, il y aura, bien évidemment, les infrastructures qui vont continuer à être mises en place en matière de communication, d’énergie, de transports, et donc il y aurait une convergence du secteur réel et la monnaie viendrait parachever cette construction.

Et l’autre aspect qui me semble crucial, c’est : quelle politique monétaire on mettrait en œuvre, une fois qu’on aurait cette monnaie ? Il ne faudrait pas demander à la monnaie plus que ce qu’elle pourrait offrir ! Dans les pays qui sont allés dans ce sens, modèle confédéral ou fédéral, il y a toujours la politique budgétaire qui a un volet fédéral. Aux États-Unis, il n’y a rien de commun entre l’Arkansas, la Floride ou la Californie. Mais c’est par le système de transfert que celui qui paie des impôts en Californie aide l’habitant de l’Arkansas à avoir quasiment le même niveau de vie que lui. La monnaie, toute seule, ne peut pas régler le problème. Il faut des politiques budgétaires capables d’assumer le transfert de ressources. Et c’est là où on rentre dans le cœur du problème. C’est que, pour accepter des transferts de ressources, il faut pouvoir expliquer pourquoi on devrait transférer des ressources. La solidarité budgétaire ne peut pas simplement être imposée. Il faudrait qu’on puisse l’endogénéiser. Et c’est là où le politique est au cœur de ce que nous parlons. C’est par le politique qu’on peut assumer une communauté de destin. Et que l’Américain du Nord sait qu’il doit cette solidarité à l’Américain du Midwest. Toute la question, après, ça va être au niveau de l’UEMOA, de la CÉDÉAO, de l’Union africaine : « quels sont les éléments tangibles qui peuvent assoir cette solidarité ? » Et c’est là, toute la question qui n’est pas forcément posée explicitement à l’heure actuelle.

Bondy Blog : Que doit proposer la France en matière de politique francophone sans tomber dans le néocolonialisme ?

Kako Nubukpo : Le premier constat est d’assumer le fait que le développement de l’Afrique, c’est aussi la sécurité de la France. Parce que les deux rives de la Méditerranée ne sont pas étanches. Si on ne le fait pas par principe, il faut qu’on le fasse par intérêt bien compris. C’est quelque chose qui me parait important pour que les flux d’aides publiques au développement atteignent enfin les 0,7% du PNB qui sont promis mais qu’on arrive difficilement à atteindre. Au-delà de ça, un des anciens directeurs de la Banque Mondiale, James Wolfensohn, avait l’habitude de dire : « Il faut mettre l’Afrique à la place du conducteur », c’est-à-dire, travailler au renforcement des capacités des Africains, pourqu’ils puissent eux-mêmes assumer les politiques publiques qu’ils veulent pour leurs nations. À court terme, il faut continuer l’aide publique au développement, parce que c’est crucial, et quelques fois même urgent. Mais à moyen terme, être plus sur le renforcement de capacités. En matière de formation, peut-être beaucoup plus de formations professionnelles que l’on a fait jusqu’à présent, mais toujours dans un optique de co-construction. Quand les choses ne sont pas co-construites, on peut avoir l’impression qu’on est resté dans des schémas de greffe artificielle, où on apporte à la population des solutions toutes faites, mais qui ne sont pas forcément contextualisées. Ce qui va faire la différence entre la coopération française, que nous appelons de nos vœux, et ce qui se fait à l’heure actuelle, c’est l’accent mis sur le renforcement de capacités. Ça ne suffira certainement pas, mais au moins, ce sera une bonne chose de faite.

Bondy Blog : Certains disent que la Françafrique n’existe plus, ce dont on a du mal à y croire. Quels sont les faits qui montrent encore sa présence ?

Kako Nubukpo : Il y a deux éléments fondamentaux. Le premier élément, c’est que le Franc CFA n’est pas une question économique pour la France. C’est une question politique. Quand vous prenez les cinq premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique, vous avez le Nigéria, l’Angola, l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Éthiopie. La Côte d’Ivoire arrive en sixième position. Or, aucun de ces cinq pays n’utilise pas le Franc CFA. Et ils ne parlent même pas français ! Ça veut dire qu’économiquement, l’Afrique utile pour la France n’est pas l’Afrique francophone. Et seuls 20% des investissements directs étrangers de la France en Afrique vont dans les 14 pays de la zone Franc. Les 80% restants vont dans l’autre Afrique. Ce que je dis n’est pas nouveau. Même dans les années 1960, c’était déjà le cas. C’est pour ça que je suis persuadé que la question monétaire n’est pas une question économique pour la France. C’est plus la logique du « pré carré » et la logique symbolique de dire que, finalement, cette partie du monde est sous l’emprise symbolique française. Et c’est pour ça que le Franc CFA déchaine les passions parce que ça n’est pas une question économique. C’est une question qui renvoie à l’identité et à ce qu’on pourrait qualifier de modalité de l’indépendance. Et ça interroge à la fois la diaspora africaine en France mais aussi les Africains restés sur le continent. Je ne suis pas surpris qu’il y ait beaucoup de passion autour du CFA.

La deuxième partie de ma réponse, c’est qu’on a eu une tendance naturelle, ces 50 dernières années, au retrait de l’État et à l’arrivée massive du secteur privé, dans tous les domaines. En zone CFA, on a le même processus. Aujourd’hui, vous allez avoir plus le groupe Bolloré, plus le groupe Orange, plus Air France, que l’État français lui-même comme opérateur. Et c’est vrai que ces groupes vont avoir tendance à rapatrier leurs bénéfices parce que le Franc CFA, du fait de sa parité fixe avec l’euro, de la totale garantie de convertibilité avec l’euro, de la totale liberté de circulation des capitaux, incite à rapatrier de façon tout à fait légale les bénéfices vers la zone euro. Et donc à reprendre chaque fois le cycle productif. Pour moi, cette Françafrique aujourd’hui, c’est plus le secteur privé que l’État français, parce qu’on est dans un système de libéralisation et de privatisation depuis les ajustements structurels, même en Europe. Il faut sortir des fantasmes qu’entretiennent beaucoup de jeunes, notamment de la diaspora, dans les réseaux sociaux, d’un complot de l’État français contre l’Afrique. Je n’y crois pas ! Mais nous sommes dans un paradigme qui a laissé de côté l’État, au Nord comme au Sud, et qui donne la main au marché. Avec toutes les dérives. Et donc peut-être qu’en Afrique, ça semble beaucoup plus marqué parce qu’il n’y a pas de classe moyenne dans les pays africains. Vous avez une petite classe dirigeante qui est restée rentière et prédatrice et vous avez 70% de la population africaine qui est rurale et qui vit dans la pauvreté et la misère. Ce qui fait que l’impact de ce déplacement de l’État vers le marché est beaucoup plus marqué en Afrique parce que ce qui fonde naturellement l’État, c’est-à-dire le fait d’assumer un minimum de fonctions régaliennes, n’existe pas en Afrique. Ce transfert a eu lieu à un moment où il aurait fallu en Afrique, paradoxalement, plus d’État, pour construire les bases du vivre-ensemble. À mon avis, on est un peu victime de cette situation qui met plus l’emphase sur la grande misère générée par le système CFA et le système même des institutions Bretton Woods, qui nous ont demandé d’aller dans la libéralisation la plus sauvage.

Propos recueillis par Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Frédéric BERGEAU

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