Le foot algérien peut se résumer à une date et un événement : Algérie-RFA, le 16 juin 1982 en coupe du monde en Espagne. Première qualification en phase finale des fennecs (un hérisson ou un marsupilami auraient été moins ridicules comme mascotte), la presse ne donnait pas cher de la sélection algérienne face à une Allemagne invaincue depuis quatre ans. Les vieux de la vieille se souviendront d’une caricature un brin piquante d’un journal tunisien la veille du match, où un joueur algérien chevauchant une mobylette essaye tant bien que mal de rattraper un attaquant teuton.

Mais le foot, c’est parfois comme dans les mangas, avec cette magie qui permit à Seya et ses amis de vaincre les douze chevaliers d’or. L’Algérie au terme d’un match épique s’impose 2-1 contre la fine fleur du football mondial. Historique pour l’Algérie mais pour la FIFA aussi. Le dernier match de poule RFA-Autriche, dont dépendait l’accession des fennecs au second tour, a donné lieu un non match retentissant en vue de qualifier les Autrichiens au dépend des bledards (désolé, à cours de synonyme). La FIFA décidera qu’à l’avenir, les deux derniers matchs de chaque groupe auront lieu en même temps.

N’importe quel Algérien qui a plus de 5 ans pourra vous raconter cet événement avec émotion, tel un souvenir glorieux, mais passé, transmis de père en fils. Parce que pour nous autres, amateurs du foot DZ, depuis 1982, c’est la déche le désert, la guigne, la désolation. Mis à part un sursaut en 1986, où on revoit l’Algérie en coupe du monde, l’équipe nationale semble morte, enterrée, incapable de relever les défis du football mondial. Elle qui a révélé au monde l’Afrique du ballon rond, magnifiquement porté aux nues par le Cameroun en 1990 ou par des équipes comme le Nigéria ou même le Maroc, rarement ridicule en coupe du monde.

Et pourtant le foot en Algérie, c’est presque sacré, il n’y a qu’a voir les émeutes à Oran qui ont suivi la relégation en deuxième division du MCO (Mouloudya Club d’Oran), cette année. La décennie noire et ces tueries sans nom, expliquent peut-être en partie cette chute en fond du trou : éviter de se faire égorger était sans doute plus important que de taper dans un ballon. Mais pas seulement. Citons Monsieur Sandjak, sélectionneur un temps de l’équipe d’Algérie, notamment à l’occasion de la coupe d’Afrique des nations en 1996: « Dix pompes, un tour de stade et ils sont crevés », montrant ainsi du doigt les faiblesses physiques de sa sélection. Camara, un international guinéen rencontré à Lausanne, confirme : « Vous êtes de très bons techniciens mais vous n’avez vraiment aucun physique. »

Dans les années 1990, le football algérien est en pleine descente aux enfers, mais se permet quand même de faire la fine bouche : Abdelhamid Kermani, le sélectionneur de l’équipe d’Algérie en 1994, refuse de sélectionner un joueur qu’il ne trouve « pas assez rapide » : Zinedine Zidane…

En 2008, pour la quatorzième fois, la JSK (Jeunesse sportive kabyle) gagne le championnat algérien. Citons une nouvelle fois son entraîneur, Moussa Saib, ancien de l’AJ Auxerre : « Je pense que nous n’avons pas les moyens de jouer cette coupe de la CAF et d’en faire un objectif. » Aveu d’impuissance d’autant plus étonnant que la JSK a gagné six coupes d’Afrique, dont deux durant les années noires.

Malgré tout, les Algériens restent fidèles au football socialiste démocratique et populaire. Dans l’espoir un peu fou de revoir l’Algérie en coupe du monde, ou de refaire un autre match contre la France qui se terminerait au bout de 90 minutes, cette fois.

Idir Hocini

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