« Maintenant que tu sais où j’habite, tu vas me tuer », nous lâche Rosa Schröder, 76 ans, sourire en coin. Ambiance sympa près du petit stand bleu et blanc de l’AfD, en plein centre-ville de Dresde. L’Alternative pour l’Allemagne, parti populiste d’extrême-droite, a le vent en poupe à la veille du scrutin régional qui se tient en Saxe ce dimanche. Près de Rosa, son mari est assis sur une chaise roulante. Elle lui caresse la joue. Il est atteint de plusieurs cancers. « Je suis obligée de m’occuper de lui au quotidien », explique-t-elle.

Rosa a toujours voté à gauche, pour le parti social-démocrate (SPD). Mais cette fois-ci, elle est décidée. Ce sera l’AfD. Quand on l’interroge sur ses raisons, celle-ci affirme habiter dans un immeuble du centre-ville où plus aucun Allemand ne vit. Sans sourciller, elle ajoute : « Dans mon immeuble ne vivent que des Arabes et une fois, ils ont même essayé de voler la chaise roulante de mon mari ! » CQFD.

La Saxe est le Land où l’on craint la plus grosse percée de l’extrême-droite et pourtant, Dresde, sa capitale, ville située à l’extrême est de l’Allemagne, près des frontières tchèques et polonaises, est l’une des moins touchées par l’immigration. Un paradoxe. Mais pour Fabien, militant de 24 ans, il s’agit de prévenir le mal.  Vêtu d’un tee-shirt aux couleurs du jeune parti populiste, des tracts à la main, Fabien est engagé à l’AFD depuis 2016. Cet étudiant en sciences politiques, travaille en parallèle dans un laboratoire clinique. Il s’exprime d’un ton clair, ponctue ses phrases d’un sourire de gendre idéal. Pourtant, en cette matinée de veille de scrutin, il a du mal à se contenir. « Je suis excité depuis deux semaines car la campagne fut très intense, s’enflamme-t-il. Nous avons obtenu des signes très positifs ». Ses motivations de militant d’extrême-droite : plus de sécurité, moins d’immigration et un retour à la monnaie nationale.

L’AfD a cristallisé les peurs

Dans la rue, toutes les personnes rencontrées alertent sur les dangers de l’AfD au pouvoir et la nécessité pour eux de contrer la vague bleue annoncée dans les urnes. C’est notamment le cas d’Abdul, 50 ans, rencontré sur un banc d’une rue piétonne assez fréquentée à quelques mètres du stand de l’AfD : « Prenez ma place pour m’interroger », dit-il. « Je ne voudrais pas que vous vous fatiguiez davantage alors que vous semblez déjà mal en point ». Il faut dire que le soleil tape fort sur Dresde.

« Cette campagne électorale a été placée sous le signe de la peur et de la tension, regrette Abdul. L’AfD a imposé l’immigration comme thème de campagne et cristallisé les peurs alors que les enjeux sociaux et éducatifs sont beaucoup plus importants en Saxe ». Et le jeune quinqua d’ajouter : « La principale raison qui me pousse à aller voter demain est de contrer l’AfD ! Nous ne pouvons laisser un tel parti s’installer durablement et dicter nos vies. Ce serait une catastrophe ».

L’omniprésence de l’AfD et de ses thèmes de prédilection sur la scène publique a rendu la campagne difficile pour les autres partis qui ont peiné à s’imposer. Hai Bui, militant de la première heure au FPD, le parti libéral-démocrate, en témoigne. « Malheureusement, nous n’avons pas pu imposer nos thèmes durant la campagne, souffle-t-il. L’immigration a pris une place disproportionnée dans les débats au détriment d’enjeux majeurs comme l’économie ou l’éducation ». Hai se désole du climat délétère qui a précédé l’élection de ce dimanche : « La campagne de haine sans discontinuer de l’AfD a rendu cette élection exécrable et bien plus difficile à appréhender que lors des dernières élections en 2014. »

En 2014, le parti d’extrême droite a atteint 9,7% aux élections régionales, puis près de 24,2% en 2016 aux élections fédérales. Dresde, capitale du Land, a vu émerger en 2014, Pegida, mouvement anti-immigration et anti-islam. Pour Joachim Keller, tête de liste AfD dans la ville et présent ce jour là sur le stand de son parti : « Pegida n’est pas xénophobe, ils savent faire la différence entre islam et islam politique ! ».  Bien qu’il soit un parti jeune, l’argumentaire de l’AfD est le même que celui que l’on peut retrouver dans d’autres partis d’extrême-droite européens. Pour le même succès ? L’AfD est crédité de 25% dans les derniers sondages.

Mohamed ERRAMI et Amine HABERT

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