Do you speak Ingles ? No, Portuguese

Faisant partie intégrante de notre époque, je m’envolais vers le Brésil avec l’idée bien arrêtée que l’anglais est une langue internationale permettant de communiquer par tous les horizons. Oui, très bien ! Mais pas au Brésil.  M. Tout-le-Monde n’y maîtrise absolument pas la langue de Shakespeare y compris dans les hôtels où la première réceptionniste rencontrée à Foz de Iguaçu se retrouvait dans l’incapacité de répondre à mes ‘’Hello’’ éberlués. A partir de là s’enchaîna une succession de situations ubuesques où toute l’assemblée se trouvait toujours à la recherche éperdue d’un traducteur. Le premier grand conseil que je puis vous donner est donc de réviser votre portugais. De toute urgence. Cette réalité inattendue met en lumière les problèmes récurrents liés à l’éducation dans ce pays où les langues étrangères sont encore trop peu enseignées étant souvent assimilées à des options. A deux ans de la Coupe du Monde de football, voilà un autre chantier (et non des moindres) auquel devra s’atteler le Brésil : se mettre à l’heure anglaise.

Le culte du sport est le culte du corps

Autre conseil importantissime avant de parader dans les rues de Rio : cumuler la gonflette et la bronzette. En effet, le Brésil est une terre gorgée de soleil et bercée par les flots incessants de l’Atlantique. Par conséquent, la plage notamment celles mythiques de Copacabana et d’Ipanema devient un véritable lieu social de rencontres et de ‘’paraître’’. Les 25°C en moyenne toute l’année réussissent à combler toutes les attentes en matière de bronzage, véritable sport national sur les plages brésiliennes et pratiqué par tous. Inutile donc de chercher une quelconque salle de cabines UV comme dans notre chère contrée. Tout le contraire des salles de musculation qui, en revanche, poussent comme des champignons. La densité des salles de musculation est exponentielle : quelquefois plusieurs dans le même immeuble.

Celles-ci sont constamment remplies : à la pause déjeuner, il n’est pas rare d’apercevoir des employé(e)s se précipiter vers la salle de sport la plus proche. Même les autorités s’y mettent puisque la mairie de Rio a installé le long des plages des bancs de musculation et d’étirements tous les 100m. Inutile de vous préciser qu’ils ne font pas pareils en ce qui concerne les poubelles.

Il ne faut pas oublier l’obsession du jogging sur la plage mais aussi sur la piste réservée aux coureurs de tous bords toujours le long de la côte qui est pratiquée à toute heure (le matin, le soir…). Bien entendu, les résultats sont ‘’visibles’’ avec la vision régulière de montagnes de muscles aussi bien chez les hommes que les femmes. De quoi nourrir de multiples complexes jusqu’à la fin de sa vie ! En tous les cas, ce culte du corps poussé à l’extrême a aussi ses effets pervers telle l’utilisation de la chirurgie esthétique disponible par petites annonces.

Goool !

Le Brésil a deux religions : le christianisme et le ballon rond. Comme on peut s’y attendre, le football tient une place prépondérante dans le quotidien de la population brésilienne. Les échoppes dégoulinent de maillots contrefaits de tous bords et n’importe quelle plage débute par ses terrains de football avec d’authentiques buts plantés dans le sable.

Après Ronaldo, Rivaldo ou encore Ronaldhino voire Pelé ou Zico pour les plus anciens, le nouveau roi se nomme Neymar. Celui-ci est un roi moderne en particulier par son omniprésence médiatique. Je suis resté deux semaines au Brésil soit juste le temps de l’apercevoir dans cinq publicités pour cinq marques différentes. Neymar peut certainement être assimilé au Brésil contemporain avide de consumérisme et de reconnaissance.

Le football est également omniprésent à la télévision par les retransmissions. L’offre est impressionnante : on peut en effet suivre les championnats brésiliens, le championnat de futsal (football en salle) très médiatisé et très spectaculaire, la Liga espagnole, le Calcio italien , la Bundesliga allemande, la Premier League anglaise mais aussi les championnats russe, portugais et notre chère Ligue 1 avec Lyon-Troyes et PSG-Bordeaux. De quoi faire rougir les offres de Canal Plus et de Bein Sport.

Utilisez les transports en commun

Voilà un autre conseil d’importance au Brésil !En effet, les transports en commun y sont d’une rare efficacité. Pas de retards, de ralentissements ou de suppressions. Certains feraient mieux de s’en inspirer. Pour être juste, il faut cependant nuancer en indiquant que le métro à Rio de Janeiro ne contient que deux lignes. Les bus sont néanmoins très fréquents et très rapides roulant à toute allure même en plein centre-ville. La population est d’ailleurs bien prévenue : personne n’ose traverser avant que ce soit son tour soit pendant à peine trente secondes avant que les véhicules ne reprennent la priorité. Même aux heures de pointe, les bus et métro demeurent spacieux avec de nombreuses places assises. Tout cela pour un prix relativement modique avec des tickets compris entre un  et trois reals (0,50 et 1,50 euros).

Retirez. Retirez. Retirez !

Autant vous le dire tout de suite : les transports en commun constituent une véritable exception. Le coût de la vie est très élevé au pays de la samba. Les prix semblent se conformer aux normes européennes. Ainsi, la valeur du real (monnaie locale) équivaut à l’opération un real = deux euros. Mais cela ne semble pas suffire : les prix s’adaptent et s’envolent.

Quelques exemples : un bon repas avec la sainte trinité entrée-plat-dessert (sans boisson) n’est pas très éloigné de vingt euros et la cannette de soda reste proche des deux euros. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Terminons par le principal : les activités touristiques. Celles-ci dépouillent rapidement votre portefeuille : l’entrée au parc national d’Iguaçu (sans aucune autre activité) est de quarante euros et  la montée en train au Corcovado est de cinquante euros ! Il ne faut pas oublier l’entrée en boîte de nuit qui appartient à des normes’’brésiliennes’’ puisqu’elle est comprise entre 45 et 75 euros par personne sans consommation. Il faut la mériter, la samba.

Rio, une ville de bobos

Des vélos en libre-service, des joggeurs absolument partout, des rues piétonnes, des sportifs omniprésents et j’en passe. Rio possède toutes les caractéristiques de la ville boboisée. En s’immergeant dans Rio, la sensation qu’on peut ressentir est que tout le monde passe son temps à bronzer, courir, se muscler et à flâner. Ceci est bien entendu une impression trompeuse car la ségrégation spatiale y est très forte comme partout au Brésil.  Les quartiers concernés sont avant tout Copacabana et Ipanema, quartiers relativement privilégiés où le spectre des favelas semble bien éloigné. D’autant plus que les bus et métros n’y passent absolument pas.

La miroir des deux Brésil

Indiquer qu’il y a deux Brésil ne semble constituer qu’un doux euphémisme tant ces deux entités sont irrémédiablement exclues l’une de l’autre. Ceci m’a paru particulièrement visible lors de ma sortie dans la boîte de nuit la plus huppée de Rio dans le quartier chic d’Ipanema : le Miroir. Dès l’arrivée en taxi, des vendeurs ambulants adolescents de toutes sortes viennent vous proposer tout ce qu’ils ont pu trouver à vous vendre : des chewing-gum, des bonbons… Ils auraient l’âge de s’amuser eux aussi au Miroir mais ils viennent des favelas à pied espérant trouver une nouvelle clientèle fortunée. Mais l’autre Brésil demeure fortement indifférent avec aucun achat que j’aurais pu répertorier. Ce qui m’a le plus interpellé est l’amplitude de cette violence sociale. En France, quoi qu’on en dise, on peut habiter dans une cité et aller en discothèque. Je l’ai moi-même fait à de nombreuses reprises. Au Brésil, cela semble absolument impossible. Les tarifs exceptionnellement élevés des discothèques en sont d’ailleurs la preuve puisque ceux-ci sont pratiqués pour dissuader ‘’tout individu des favelas de pouvoir venir chez nous, ici, on reste entre gens bien.’’ dixit la manager du Miroir.

Pas de négociations avec les vendeurs ambulants

Vous rencontrerez avant tout les vendeurs ambulants sur les plages, lieu de prédilection des touristes. A l’instar d’autres pays, on peut y vendre boissons gazeuses, sandwiches, tee-shirts ou paréos souvenirs voire des hamacs ou des brochettes de crevettes pour les produits les plus atypiques.

Ici, pas de marchandage possible avec le vendeur : celui-ci fixe un prix et refuse toute négociation. Attention également à ne pas forcer justement toute transaction commerciale : le vendeur ne veut et ne peut de toute façon pas baisser les prix. En effet, ils ne travaillent aucunement de façon indépendante. Ils sont souvent employés privés voire de la mairie de Rio de Janeiro. Vous pouvez donc continuer à marchander dans le vide.

Ooo Maracana !

Je ne pouvais concevoir une visite de ce pays sans une visite du temple du football nommé le Maracana. Ce stade légendaire a pendant longtemps été le stade possédant la capacité d’affluence la plus importante au monde et a été l’antre de la finale de la Coupe du Monde de football en 1950. Comme je m’y attendais, le stade est actuellement en travaux pour pouvoir accueillir dignement la Coupe du Monde de 2014. Seul le musée du stade est ouvert à la visite laissant présager l’infrastructure spacieuse et ultra moderne de la future enceinte.

Mais la gloire éternelle du football brésilien se conjugue avec ce futur. Ainsi, on peut y admirer le maillot de Pelé (le plus grand footballeur de tous les temps étant le seul à avoir remporté trois Coupes du Monde) lors de son 1000e but avec Santos ou encore les empreintes de pas de nombreuses légendes du football national ou international : Ronaldo, Zico, Rivaldo, Romario, Garrincha, Bebeto , Jairzinho et bien sûr le roi Pelé comme on le surnomme dans les travées du Maracana. Pur moment de magie et de plaisir pour tout amoureux de football do Brazil.

« Tu n’es pas mort mon fils ?! »

Voici la première réaction de ma mère lorsque je l’ai appelée à mon retour du Brésil. Sûrement l’émotion, elle ne s’était pas rendue compte qu’entendant ma voix au téléphone, j’étais donc bien vivant. En effet, le Brésil cultive une image d’extrême violence liée à une paupérisation généralisée et au phénomène des gangs lié à celui des favelas. De mon point-de-vue, cela dépend bien entendu de son lieu de résidence. Ainsi, j’étais tout de même surpris de constater que dans le métro voire les rues de Rio, les cariocas se baladent avec leur iPhone dernier cri dans leurs mains voire leur ordinateur portable comme dans nos chères métropoles européennes. Ecoutant les conseils de ma mère, je laissais, quant à moi, mon iPhone au fin fond de ma valise. Le risque semble donc réduit mais certaines zones restent à éviter à tout prix. Souhaitant me rendre à la Cité de la Samba vers le nord de la ville (Gamboa), quelle ne fut pas ma surprise lorsque la réceptionniste me suppliait presque de ne pas m’y rendre craignant pour ma sécurité même en taxi.

Autre scène cocasse : à Foz de Iguaçu, je demandais mon chemin à une jeune adolescente pour aller au lac d’Itaipu. Celle-ci m’indiqua très clairement que si j’y allais à pied par une certaine route (la seule possible), je risquais de me faire racketter de tout ce que j’avais en ma possession (montres, bracelets…) et que les femmes qui m’accompagnaient risquaient de connaître le viol en groupe. Je vous avoue que j’ai remis à plus tard la visite au lac d’Itaipu !

Le phénomène de violence n’est donc finalement jamais très loin au Brésil. Il est juste davantage écarté de nos regards lorsqu’on est un touriste étranger. Je profite donc de ce texte pour clairement indiquer à toutes les personnes me connaissant que je suis donc parti au Brésil, que j’ai toujours tous mes membres, que je n’ai pas été violé ni dépouillé de mes biens.

Martin Boglie

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