Partir étudier à l’étranger, bien sûr, mais quand le choix est balisé, Erasmus perd de sa magie. Tom s’est interrogé sur les inégalités dans les destinations proposées aux étudiants. 

Qui n’a pas rêvé de partir un an à l’étranger, que ce soit pour travailler, faire ses études, voire pour un congé sabbatique ? Mais voilà, généralement quand on est jeune on a du mal à trouver les fonds pour financer un tel projet. Et puis un jour, on voit L’auberge espagnole et pour les plus chanceux, on est en plus à la fac. C’est dit, le projet ce sera Erasmus : les frais d’inscription sont ceux de la fac de départ, le programme Erasmus fournit une bourse pour aider à la vie sur place. Que demande le peuple ?

Vient alors le moment de constituer le fastidieux dossier d’inscription, qui commence par le choix de l’université d’accueil. On se voit déjà en cours en Espagne, réviser dans un café à Rome et pourquoi pas dans un pub avec les étudiants d’une fac à Londres ? Seulement voilà, si vous êtes en licence d’histoire à Paris 1, un petit coup d’œil sur la carte des mobilités que propose votre fac et on se rend compte qu’il y a treize universités d’accueil en Allemagne et une seule en Angleterre, située dans le Yorkshire, donc pas de choix pour une université à Londres.

Ulysse, actuellement en équivalence Licence 2 avec Paris 1 et en khâgne au lycée Henri IV compte intégrer l’Ecole normale supérieure ou une école de commerce. La culture anglo-saxonne l’intéresse, et étudier à l’étranger est sans aucun doute un plus tant pour son Cv que pour affûter son niveau d’anglais. Ulysse regrette que l’université ne propose pas plus de choix pour le Royaume-Uni. Pourquoi un tel déséquilibre dans les choix d’universités d’accueil, et pourquoi une destination aussi demandée que l’Angleterre ne compte qu’une seule fac d’accueil ? D’autant plus que les places sont limitées, or le Royaume-Uni est la deuxième destination Erasmus, après l’Espagne, par les français, avec 5 327 étudiants envoyés en 2011 toutes universités, catégories et niveaux d’études confondus, selon le site Statistics for All.

On réfléchit, on pense que ce doit être à cause de la crise, on a entendu quelque part que le programme Erasmus ne se portait pas très bien ces dernières années, lu autre part que l’Angleterre ferme un peu plus ses frontières aux étudiants. Et on parle avec un ami de Paris 4, lui aussi étudiant en licence d’histoire et qui est aussi en train de monter un dossier Erasmus. Il nous dit finalement qu’il dispose de 8 choix différents au Royaume-Uni pour la même licence.

Alors, comment se fait-il que les choix de destinations soient aussi différents d’une université à une autre ? Mme Annick Foucrier est la déléguée aux Relations internationales de l’UFR d’histoire à Paris 1. C’est elle qui doit valider les dossiers des étudiants. Elle est aussi professeure d’histoire de l’Amérique du Nord à l’université de Paris 1 et directrice du Centre de recherches d’histoire nord-américaine. Elle revient sur cette inégalité.

D’abord, le programme Erasmus fonctionne à partir de conventions signées entre universités européennes sur la base de la réciprocité. Ainsi il faut établir un contact avec les autres universités d’Europe, afin de signer un partenariat. Les conventions déterminent les conditions d’échange d’étudiants : la durée du séjour, le niveau d’étude ainsi que le nombre de semestres disponibles d’après des besoins évalués sur plusieurs années. Des ajustements peuvent être réalisés si besoin.

Mme Foucrier souligne aussi que le programme d’échange s’appuie sur une demande des enseignants qui conseillent leurs étudiants en fonction de leurs contacts scientifiques. Les partenariats sont propres à chaque université, à chaque UFR (départements), en partie en fonction des contacts des enseignants.

Un autre point qui reste décisif dans les accords passés lors des conventions, tient dans « l’offre », ce que l’on peut appeler les atouts de l’université, ses points forts.

Ce sont les départements de chaque université qui individuellement organisent les conventions d’échanges Erasmus et non l’université elle même. Par exemple le département d’histoire de l’art d’une université française établit ses partenariats avec le département d’histoire de l’art d’une université anglaise ou espagnole.

C’est ici que les atouts de l’université entrent en jeu. Mr. Ludovic Maillard, le responsable des relations internationales de Paris 8, explique que l’université de Saint-Denis, dont le département d’Arts plastiques est important et jouit d’une bonne renommée, aura plus de facilité à signer des accords avec les départements d’Arts plastiques des autres universités européennes, que le département d’histoire par exemple. Le choix des destinations à Paris 8 sera donc plus varié pour le département d’Arts plastiques plutôt que pour un autre département.

D’autre part, il faut que les étudiants des deux universités qui établissent un échange puissent suivre des cours équivalents. Par exemple Paris 4 dispose d’une UFR de langues, ce qui permet aux étudiants anglophones venant étudier en France de suivre plus facilement des cours. Ce n’est pas le cas à Paris 1 et plusieurs universités anglaises ont refusé de signer des conventions, car elles ne pouvaient pas envoyer suffisamment d’étudiants. Il est ainsi plus facile de comprendre pourquoi Paris 4, par exemple, dispose d’un choix de destinations plus large au Royaume-Uni.

Tom Chazelas

 

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